Mayotte :
quelle rentrée scolaire ?
Publié le 22/01/2025
Les autorités affirment que la
rentrée scolaire des 117 000 élèves de Mayotte aura bien lieu lundi
27 janvier. Il s’agit d’un effet d’annonce car près de 39 écoles et cinq
lycées et collèges sont complètement hors d’usage à la suite du cyclone Chido,
auxquels s’ajoutent tous les autres bâtiments endommagés.
Alors qu’il est incapable de
gérer la crise, le recteur a appelé les enseignants qui reprenaient le travail
lundi 20 janvier à « s’adapter et être créatifs »… De son côté, le
rectorat est plus que créatif en matière de mesures qui ne servent à rien. Il a
ainsi annoncé des rotations de classe dans les bâtiments encore debout, ce
qui consiste à utiliser la même classe pour faire cours à certains le matin, et
à d’autres l’après-midi. Mais ce système est déjà largement utilisé à Mayotte,
où il manquait environ 1 200 salles de classe avant Chido. Cela va donc
diminuer encore le temps d’enseignement. Ainsi, dans la banlieue de Mamoudzou,
trois écoles vont devoir se partager le même bâtiment, chacune ne pouvant disposer
que de trois heures par jour pour ses élèves.
Le recteur a aussi évoqué de
faire école sous des tentes. Cela risque vite d’être invivable alors que les
températures dépassent fréquemment 30 degrés et que la saison de la
mousson a débuté, avec ses pluies torrentielles. Dernièrement, le rectorat a
aussi parlé de « cours à distance », via des émissions diffusées sur la chaîne
de télévision locale, inaccessible aux familles des bidonvilles qui n’ont
toujours pas l’électricité.
La seule mesure annoncée qui sera
réellement appliquée sera de faire « au cas par cas ». Et on sait que cela
signifie une discrimination sociale. Ainsi deux écoles privées qui accueillent
les enfants des familles aisées ont déjà rouvert leurs portes. Par contre, les
écoles des quartiers les plus pauvres, qui étaient déjà laissées à l’abandon
avant Chido risquent bien de ne rouvrir qu’en dernier, si elles rouvrent un
jour.
Face à cette situation
catastrophique, les politiciens locaux continuent de faire de la surenchère
anti-immigrés. Ainsi, lors de l’examen du projet de loi de reconstruction de
Mayotte, les 14 et 15 janvier, la députée Estelle Youssouffa a affirmé
qu’avec d’autres élus locaux elle s’opposerait à la construction de nouvelles
écoles à Mayotte, sous prétexte que cela créerait un « appel d’air » pour
l’immigration. Elle révèle ainsi son mépris contre toutes les classes
populaires de l’île, françaises ou non, avec ou sans papiers. Car pendant que
les enfants de riches pourront bénéficier de bonnes conditions d’études, voire
seront envoyés à La Réunion ou dans l’hexagone, ce sont les enfants de
travailleurs qui se retrouveront dans des classes surchargées ou avec des cours
intermittents ou limités faute de bâtiments pour les accueillir.
Ces propos xénophobes trouvent
des relais parmi les militants des Collectifs citoyens qui s’illustrent depuis
longtemps par leurs actions anti-immigrés. Dernièrement, ils ont manifesté
devant le lycée Bamana de Mamoudzou pour exiger le départ des réfugiés
africains qui s’y abritaient depuis Chido, au prétexte qu’ils empêchaient la
rentrée d’avoir lieu. Vendredi 17 janvier, les collectifs s’en sont pris
directement à eux, jetant leurs affaires sur le trottoir. Puis le
20 janvier, c’est finalement la police qui a expulsé ces hommes, femmes et
enfants. Certains se sont retrouvés à la rue. Plusieurs centaines ont été
regroupés dans le gymnase d’un collège de l’île.
Laisser ces réfugiés et les
immigrés devenir les boucs émissaires des problèmes de la rentrée scolaire
arrange bien l’État, qui est incapable de répondre aux besoins de la
population, aussi bien pour l’eau, la nourriture ou la reprise de l’école.
Refuser ce piège de la division est un enjeu vital pour les travailleurs de
l’île.
Tania Lemel (Lutte ouvrière n°2947)