Aide
alimentaire : la faillite d’une société
06 Septembre 2023
En annonçant, le 3 septembre sur
TF1, que les Restos du cœur étaient au bord de la faillite, leur président,
Patrice Douret, a jeté un pavé dans la mare et déclenché des réactions
hypocrites du côté des ministres, de la grande distribution ou du milliardaire
Bernard Arnault.

« L’inflation est une
violence inouïe », a dénoncé Patrice Douret. Elle empêche des
hommes et des femmes en nombre croissant d’acheter leur nourriture quotidienne,
les obligeant à pousser la porte des Restos du cœur, de la Croix-Rouge, du
Secours populaire ou des autres associations caritatives. L’inflation renchérit
tous les frais de ces associations, coût du stockage ou du transport, coût des
achats de la nourriture et des produits de base qu’elles distribuent. Ce budget
a doublé en un an. Le bénévolat de ceux qui organisent la distribution et la
générosité des donateurs individuels ne suffisent pas à faire face aux
demandes. Les Restos du cœur et les autres, qui tentent de suppléer aux ravages
d’une société qui produit la misère, ne peuvent vivre sans les subventions
publiques ou les donations d’entreprises, en particulier la grande
distribution. Ces aides n’étant pas à la hauteur des besoins, 150 000
bénéficiaires pourraient être radiés avant l’hiver.
L’appel à l’aide des Restos
« aux forces économiques », suivi de celui de la Croix-Rouge, met en
lumière l’extension de la pauvreté. Sur les huit premiers mois de cette année,
les Restos du cœur ont inscrit plus de bénéficiaires, 1,3 million, que durant
toute l’année 2022 ! Ces personnes font partie des dix millions obligées
de survivre avec moins de 1 100 euros par mois, le seuil de pauvreté en
France. Derrière ces chiffres froids, il y a des retraités dont les pensions,
après une vie de travail, ne permettent pas de manger en plus de se loger, des
travailleurs précaires ou à temps partiel mais aussi souvent en CDI, des
chômeurs en attente de leur indemnité, des étudiants sans ressource et sans
revenu, des femmes qui élèvent seules leurs enfants, autant de personnes qui
contribuent ou ont contribué au fonctionnement de la société.
Cela rend particulièrement
cynique la réaction des « forces économiques », c’est-à-dire des
entreprises qui sous-payent leurs salariés pour mieux gaver leurs actionnaires.
Ainsi la famille de Bernard Arnault, roi du luxe et première fortune mondiale,
a annoncé un don de 10 millions d’euros. Ramenée à la fortune familiale, cette
somme équivaut à un don de 50 centimes pour quelqu’un qui aurait économisé
10 000 euros sur son livret A… Aurore Bergé, ministre des Solidarités,
s’est pourtant empressée de remercier le milliardaire, avant de promettre 15
millions d’euros aux Restos du cœur. Du côté des enseignes de la grande
distribution, Carrefour et Intermarché annoncent un doublement des jours de
collectes et des dons supplémentaires de produits. À tous égards, cette annonce
est plus un coup publicitaire qu’un élan de générosité. Depuis une loi de 2016,
les magasins alimentaires sont obligés de donner leurs invendus à des
associations caritatives.
Mais, surtout, ce sont ces géants
de la grande distribution, en rivalité avec les industriels, qui fabriquent
l’inflation en augmentant leurs prix et qui rackettent la population. « Voler
en grand et restituer en petit, voilà la philanthropie » : cette
formule du socialiste Paul Lafargue n’a pas pris une ride.
Xavier LACHAU (Lutte ouvrière
n°2875)