L’Union
européenne et ses obus : un petit pas de plus vers une économie de guerre
10 Mai 2023
Mercredi 3 mai, le commissaire
européen Thierry Breton a présenté son plan pour produire un million de
munitions lourdes par an. Les industries d’armement européennes ne sont plus
adaptées au rythme de production nécessaire pour des guerres de « haute
intensité », ou même simplement telle que celle en Ukraine.
Alors que l’armée ukrainienne
tire 5 000 obus d’artillerie par jour de combat, la production annuelle du
fabricant français Nexter ne permettrait de tenir ce rythme... que huit jours.
Thierry Breton a annoncé une enveloppe de 500 millions d’euros pour stimuler
dans ce sens les industriels de l’Union européenne. Elle fait partie d’un plan
de deux milliards d’euros annoncé fin mars pour fournir des obus à l’armée de
Kiev, sous prétexte « d’aider » l’Ukraine. Il s’agit d’abord de
puiser dans les stocks nationaux, puis de passer des commandes, et enfin de
remplir les caisses des industriels pour qu’ils produisent plus vite.
Les sommes déployées par l’UE
sont très marginales par rapport aux dépenses faites par chaque puissance
impérialiste pour financer son propre armement et enrichir ses capitalistes de
l’armement. Ainsi, la programmation militaire française a augmenté de 100
milliards d’euros, tandis que le gouvernement allemand promet, lui, 100 milliards
pour moderniser son armée.
L’annonce européenne vise sans
doute surtout à afficher à l’échelle du continent, donc aux yeux d’un
demi-milliard d’Européens, que l’on va vers une économie de guerre et qu’il
faut s’y adapter dès maintenant. Dans ce qu’a déclaré Thierry Breton, il y a
aussi l’idée de s’attaquer à tous les goulots d’étranglement qui bloquent cette
marche vers une économie de guerre. Il prévoit des dérogations aux règles
européennes, déjà peu contraignantes, sur le temps de travail, c’est-à-dire de
donner carte blanche aux patrons pour allonger la journée de travail dans les
usines concernées. Le flot d’argent public dépensé en armement, que ce soit au
niveau des États ou de l’Union européenne, sera pris sur la population d’une
façon ou une autre. Chaque milliard en plus pour les obus signifiera un hôpital
en moins demain.
Charles Legoda (Lutte ouvrière
n°2858)