Réforme
des lycées professionnels : du clé en main pour le patronat
10 Mai 2023
Jeudi 4 mai, dans un lycée de
Saintes en Charente-Maritime, Emmanuel Macron a présenté son projet de réforme
des lycées professionnels. Ce n’est une surprise pour personne, cette nouvelle
réforme, sous prétexte de lutter contre le chômage, vise à offrir sur un
plateau de la main-d’œuvre jeune et bon marché au patronat.
Toutes les filières seront
orientées pour satisfaire les besoins locaux du patronat. Pour le gouvernement,
ces jeunes sont juste de la chair à exploiter et il n’est pas question que cela
coûte un centime aux patrons. Ainsi, c’est l’État qui va indemniser les jeunes
stagiaires en entreprise, à raison de 50 euros par semaine pour les élèves de
seconde, 75 euros pour ceux de première et 100 pour ceux de terminale. Pour les
élèves, c’est dérisoire. Cumulées, ces indemnités devraient atteindre un
milliard, un milliard qui manquera donc ailleurs dans les services publics.
Vendredi 5 mai, le ministre de
l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, a confirmé cette orientation et, prenant
tout le monde de court, a annoncé la fermeture dès la rentrée prochaine de 80
filières, principalement dans le tertiaire, et l’ouverture de 150 autres, entre
autres dans les filières industrielles. Rien n’a été vraiment anticipé et cela
présage d’une vraie pagaille à la rentrée prochaine puisque les enseignants
professionnels n’ont même pas été recrutés.
Dans ce fatras d’annonces, les
grands oubliés sont les élèves. Il n’est en effet aucunement question de tenir
compte de leurs désirs et de leur offrir un vaste choix d’enseignements
différents. Pire, ceux qui cette année ont déjà choisi leur filière vont
peut-être apprendre dans quelques jours qu’elle est tout simplement fermée. Aux
élèves et à leurs parents de se débrouiller pour émettre d’autres choix.
Combien parmi eux risquent de se retrouver sans aucune place à la rentrée
prochaine ?
Le gouvernement justifie cette
réforme précipitée en prétendant que le lycée professionnel est en échec parce
que seule la moitié des élèves trouve un emploi un an après l’obtention de leur
diplôme et que seuls 53 % de ceux qui poursuivent leurs études obtiennent
un BTS. Donc nombre d’élèves se retrouvent au chômage et finissent au mieux par
trouver un emploi dans des domaines qui n’ont rien à voir avec leur formation.
Mais qui porte la responsabilité
de cette situation ? En premier lieu le patronat, qui licencie plus qu’il
n’embauche dans l’industrie, dans les services et dans la grande distribution
depuis des années. De surcroît, depuis quatorze ans, les ministres de
l’Éducation nationale successifs n’ont eu de cesse de diminuer le volume
d’enseignement pour les élèves de lycée professionnel. La réforme du bac pro en
trois ans en 2009 les a privés d’une année d’études, puis le nombre d’heures
d’enseignement général n’a fait que diminuer. Économiser des heures et donc de
l’argent aux dépens des élèves de milieu populaire a été une constante.
Quant aux enseignants titulaires
des filières fermées, ils sont priés de se reconvertir pour la rentrée
prochaine et trouveront peut-être des places dans des collèges ou dans des
écoles primaires. Les contractuels, qui constituent souvent la moitié des
équipes, risquent, eux, d’être licenciés.
Il n’est pas dit que cette
attaque passe comme une lettre à la poste. Parents, élèves et enseignants ont
tout intérêt à s’unir pour parer ces nouveaux mauvais coups du gouvernement.
Aline
URBAIN (Lutte ouvrière n°2858)