mercredi 10 mai 2023

Main-d’œuvre dans la viticulture : des combines pour faire du fric

 

Les raisins de la misère

 

 

Mardi 2 mai, des patrons de sociétés de main-d’œuvre viticole dans le Grand Libournais ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Libourne, l’un pour « traite d’êtres humains », l’autre pour avoir logé les salariés dans un logement indigne.

         Ils faisaient venir des travailleurs marocains en leur promettant trois ans de contrat avec salaire de 1 500 euros par mois. Mais, sur place, la réalité était tout autre. Les bulletins de salaire ne correspondaient pas aux travaux effectués. Ils vivaient à huit dans un T2, sans véritables meubles ou literies. De plus, un patron leur extorquait un « droit de passage » en France de 1 200 euros.

         Ces patrons ont été condamnés, parce que les travailleurs ont su s’organiser et se défendre malgré les intimidations. Mais combien de sociétés prestataires continuent à vendre leur main d’œuvre aux grands domaines, en imposant des bas salaires et des conditions de travail difficiles ?

         De plus, ceux qui ont été condamnés sont des hommes de main. Mais les donneurs d’ordres, les propriétaires des châteaux du Libournais et de Saint-Emilion, continuent en toute légalité, celle du profit, à profiter d’une main d’œuvre bon marché, à la source de leurs fortunes. C’est cette exploitation qui permet à Bernard Farges, vice-président du CIVB (Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux) de déclarer : « Les grands crus sont comme l’industrie du luxe, ils ne souffrent pas ».

         S'organiser et se défendre collectivement : dans les châteaux comme partout, c'est la seule voie pour les travailleurs.

Argenteuil, la Seine, les berges, pour quand « la reconquête » ?

Il n’y a pas que l’Apollinaire du Pont Mirabeau qui aime la Seine

 

Argenteuil.fr

La fête du « Parc des berges » du 1er mai a été un succès populaire. Ce qui a particulièrement été une réussite fut la petite croisière organisée qui menait les participants du Parc au pont de Bezons. Il y aurait eu près de 3500 personnes à bord durant la journée. Un beau succès.

         Mais qu’est-ce que cela traduit ?

         Ce n’est pas une découverte, mais c’est le lien entre les habitants et le fleuve de la ville qu’ils habitent. Avec la Seine à Argenteuil, excusons-nous du peu, ce que les peintres Impressionnistes ont immortalisé par ailleurs.

         Quand les habitants retrouveront-ils pleinement ce lien avec le fleuve, cette eau qui coule et qui nous relie au monde ?

         La municipalité a promis que fin 2023, les habitants commenceraient à retrouver un accès véritable à leurs berges. On en est où pour les travaux nécessaires ? DM

 

Toussaint Louverture : Macron trafique l’histoire

Toussaint Louverture : Macron trafique l’histoire

03 Mai 2023

Le 27 avril, Macron s’est rendu au fort de Joux, dans le Jura, pour un discours prétendant rendre hommage à Toussaint Louverture, héros de la lutte contre l’esclavage et pour l’indépendance d’Haïti. C’est dans cette prison glacée qu’il avait été enfermé sans jugement par Bonaparte, et laissé sans soins jusqu’à sa mort le 7 avril 1803.

Le préfet avait interdit toute manifestation sur le lieu du discours, avant d’annuler son arrêté à la dernière minute. Cela n’a pas empêché un escadron de gendarmerie de retenir plus de 200 manifestants à un kilomètre de là. Ainsi carapacé, Macron a pu entonner un hommage à Toussaint Louverture, « combattant inlassable de la lutte pour la liberté », ce qui ne manque pas de sel. Car la filiation d’un Macron, c’est plutôt du côté de l’État français qu’il faut la chercher, le bourreau de Toussaint.

En Haïti, la libération de l’esclavage avait été conquise en août 1793 de haute lutte, par les esclaves eux-mêmes, sous la direction de ­Toussaint, ancien esclave affranchi. Il devint gouverneur de la colonie, et le premier général noir de la République.

Mais bientôt la France voulut rétablir l’ordre. En 1802, Bonaparte réussit à rétablir l’esclavage dans les colonies… sauf à Haïti. Ce fut grâce au soulèvement de tout le peuple, malgré les horreurs et les déchaînements racistes des colons blancs et du corps expéditionnaire envoyé de la métropole.

Au cours de cette lutte, Toussaint Louverture fut fait prisonnier par traîtrise et expédié en prison en France, au fort de Joux. Mais son élimination ne permit pas au corps expéditionnaire de triompher. Son chef, le général Leclerc, écrivit à Bonaparte : « Ce n’est pas tout d’avoir enlevé Toussaint, il y a ici 2 000 chefs à faire enlever. » Un corps expéditionnaire de la plus puissante armée d’Europe, fort de 22 000 hommes et 86 vaisseaux, se heurtait à une population qui avait appris à se battre. Le 18 novembre 1803, la bataille de Vertières, dans le Nord d’Haïti, obligea les troupes envoyées par Bonaparte à capituler et cette première guerre coloniale perdue par la France déboucha sur l’indépendance d’Haïti.

Macron ne sera jamais qu’un valet de la bourgeoisie parmi d’autres, tandis que le nom de Toussaint Louverture continuera d’évoquer un moment glorieux dans le long combat des opprimés pour leur émancipation.

                                                 Jean SANDAY (Lutte ouvrière n°2857)