Une grève des conducteurs a touché hier plusieurs
lignes du réseau Paris Saint-Lazare. La direction de la SNCF l’a déclarée « inopinée »,
comme si les problèmes en suspens n’étaient posés par les conducteurs depuis
des semaines. À preuve les deux jours de grève de la semaine passée dont l’article
de notre hebdomadaire Lutte ouvrière à paraître rend compte ci-dessous. DM
Paris
Saint-Lazare : à la traction, c’est la galère
29 Juin
2022
Les 23
et 24 juin, une grève des conducteurs de trains, des gestionnaires de moyens et
des contrôleurs du secteur de Paris-Saint-Lazare a fortement perturbé le trafic
du transilien, du RER A et des lignes normandes.
C’était
la suite d’un mouvement entamé le 13 juin par les conducteurs de la banlieue,
qui n’en peuvent plus de la dégradation de leurs conditions de travail.
Depuis
un peu plus de deux ans, les attaques s’enchaînent. Elles sont le fait d’une
politique globale de la direction de la SNCF, mais mises en œuvre par une
direction locale particulièrement arrogante, ne ratant pas une occasion
d’afficher son mépris. Depuis des mois, elle teste sur la banlieue Saint-Lazare
un nouveau logiciel, Orion, acheté plusieurs millions d’euros, qui doit servir
à supprimer des postes d’agents de commande (gestionnaires de moyens,
« GM »), mais aussi à gagner en productivité sur les journées de
service et à flexibiliser la commande. Couplé au volume très important de
travaux de modernisation du réseau sur la région, en vue du RER EOLE et des JO
2024, son utilisation entraîne des modifications de commandes en permanence,
des prises et fins de service qui ne cessent de bouger, parfois la veille pour
le lendemain.
En plus
de la galère pour organiser sa vie personnelle, ces modifications entraînent
souvent des baisses de rémunération. En effet, le salaire d’un conducteur de
train est constitué pour environ un tiers de primes en grande partie liées aux
kilomètres parcourus, et la perte peut être importante. La perte des heures de
nuit fait aussi diminuer sensiblement la paye.
La
direction locale ajoute à cela un projet qui voudrait, entre autres, pouvoir
imposer aux conducteurs de prendre leurs vacances d’été quand elle le souhaite
entre mai et fin octobre (contre fin mai/début juin à fin septembre
actuellement) : la coupe est pleine !
Le 13
juin, 80 grévistes s’étaient retrouvés en assemblée générale et avaient voté la
poursuite de la grève pour les 23 et 24 juin. Le mouvement n’a pas faibli et
c’est avec un nombre de grévistes toujours aussi important qu’il s’est
poursuivi ces jours-là. Jeudi 23, une quarantaine de grévistes ont envahi la
réunion du CSE pour exprimer leur colère et exposer leurs revendications à la
direction régionale. Celle-ci s’est montrée tantôt mielleuse, tantôt
méprisante, et n’est pas parvenue à convaincre les grévistes.
Le 24,
ceux-ci ont été rejoints dans le mouvement par les conducteurs et contrôleurs
de la Grande Ligne, et ont tenu une assemblée commune à une soixantaine de
conducteurs, contrôleurs et GM. Le même jour, la grève était également très
suivie sur Paris-Nord et Paris Sud-Est, pour des revendications similaires.
Farandou, le président de la SNCF, a même été obligé de s’exprimer sur le sujet
dans la presse.
Les
grévistes ont voté la reconduction du mouvement à partir du 6 juillet, jour
d’une grève nationale pour revendiquer des augmentations de salaires à la SNCF.
La direction locale devait faire des annonces dans la semaine. Pas sûr du tout
qu’elle parvienne à calmer le mouvement.
Correspondant LO (Lutte ouvrière n°2813)