Crise
politique : au-delà du personnage de Macron, le parlementarisme bourgeois en
désarroi
22 Juin 2022
Avec le désaveu électoral infligé
au clan de Macron aux élections législatives, la crise de la démocratie
bourgeoise en France a franchi une nouvelle étape.
Tous les éléments d’une crise
politique sont en route. Le système d’alternance parlementaire gauche-droite
sombre depuis plusieurs années. Les grands partis qui l’ont structuré depuis la
mise en place de la Ve République se sont déconsidérés au fil du temps.
L’inexorable montée de l’abstention en donne la mesure.
L’arrivée au pouvoir de Macron en
2017 avec son « ni gauche ni droite » avait alors constitué
une solution provisoire. Mais, de solution, Macron est devenu un problème en
focalisant sur sa personne le rejet des classes populaires. La rustine du
macronisme n’a duré que le temps de faire émerger une nouvelle génération de
jeunes politiciens, dont les législatives des 12 et 19 juin ont signifié le
naufrage.
Dès le soir du deuxième tour de
ces élections qui ont acté sa déroute, les porte-voix du clan macroniste, à
commencer par Le Maire, le ministre de l’Économie, et Borne, la Première
ministre, ont axé leur intervention sur un appel à la responsabilité. Ils ont
sonné l’alarme sur la menace d’une instabilité du pouvoir exécutif. Au-delà des
bavardages politiciens à l’Assemblée, sans enjeu pour la bourgeoisie, une
paralysie de l’exécutif le rendrait incapable de prendre les décisions qu’il
faut au moment où il faut, là où les intérêts des sommets de celle-ci sont en
jeu.
La déstabilisation de l'exécutif
La Ve République et le présidentialisme
ont été conçus pour assurer la stabilité de l’exécutif par-delà les jeux
politiciens des partis, destinés à faire croire au bon peuple que c’est lui qui
décide. La Ve République avait surgi de la nécessité de mettre fin à une IVe
République paralysée par les débats interminables entre les partis, au point de
la rendre incapable de prendre la décision de solder la guerre d’Algérie, que
les forces militaires de l’impérialisme français s’étaient révélées incapables
de gagner. Cette décision était exigée par la grande bourgeoisie française dont
l’intérêt dictait de se dégager du bourbier algérien, trop coûteux pour ce
qu’il rapportait.
Mais voilà que la Ve République,
après avoir servi à résoudre le problème algérien puis à assurer le
fonctionnement d’un régime parlementaire à une sauce bonapartiste, est en voie
de reproduire quelques-unes des tares de la IVe République.
Aujourd’hui, la bourgeoisie
française n’est pas lestée par un problème similaire à celui de la guerre
d’Algérie. Elle l’est cependant par bien d’autres choses et, au fond, bien plus
graves. Elle est confrontée avant tout à la crise, une crise économique
accélérée par la crise sanitaire, à une aggravation de la concurrence entre
groupes et nations capitalistes. Elle est confrontée aux conséquences
contradictoires de sa propre économie : perturbation des chaînes de
production mondialisées, envolée des hausses de prix, accumulation de la dette
publique, montée générale du militarisme et des dépenses qu’il exige, illustrée
par la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
Face à cette situation, le
capital financier, c’est-à-dire « la partie la plus forte et la plus
solide des exploiteurs » (Trotsky), pousse dans le sens d’un pouvoir
stable et fort, capable d’imposer à la population, et en particulier aux
salariés, des mesures brutales, nécessaires pour lui assurer les dividendes
élevés qu’elle a encaissés malgré la crise sanitaire, malgré les guerres, et
qu’elle espère bien continuer à percevoir.
Il se peut que la caste politique
trouve les moyens de répondre favorablement à l’appel à la responsabilité du
clan macroniste qui, en tant que principal regroupement politique au service de
la bourgeoisie, souhaite que l’unité nationale se réalise autour de lui. Toutes
les voix qui se font entendre depuis les législatives autour de la « culture
du compromis », habituelle en Allemagne mais moins en France, vont
dans ce sens.
Sur le terrain de la politique
politicienne, il est certes tout à fait possible que Macron parvienne à
capitaliser à son profit l’attirance pour le pouvoir et à répondre par la même
occasion aux desiderata du capital financier. Il l’a fait dès le début de son
premier quinquennat avec Le Maire, Darmanin et quelques autres. La seule
différence entre cette première génération de droite ou de gauche (Le Drian,
ministre des Affaires étrangères, Borne…) et ceux qui comme Woerth ou Abad
viennent de le rejoindre, ou d’autres qui le rejoindront demain, sera la date
de leur ralliement. Au fond, il y a très peu de différences entre tous ceux-là,
même dans les options politiques et politiciennes qu’ils incarnent.
Un Copé reprend déjà à son compte
l’idée que la droite dite républicaine a intérêt à se solidariser avec Macron.
Alliot, un des personnages tutélaires du RN (ex-Front national), a évoqué comme
souhaitable la constitution d’un gouvernement d’Union nationale. Si Mélenchon
ne reprend pas à son compte cette idée telle quelle, sa déclaration de la
soirée du deuxième tour ne contient rien qui pourrait l’empêcher : ce sont
beaucoup d’effets de manches pour continuer de faire croire à un
« surgissement » de gauche, alors qu’il n’y a pas de dynamique, même
électorale, pour les partis de gauche. Si dynamique il y a du côté des
électeurs populaires, elle bénéficie à Le Pen.
En revanche, Mélenchon n’a rien
dit pour rappeler les promesses de sa campagne électorale, qu’il pourrait
pourtant continuer à défendre en tant que « principal parti
d’opposition », par exemple le salaire minimum à 1500 euros. Rien en
somme dont les salariés pourraient s’emparer et qui serait susceptible de
compromettre une éventuelle unité nationale.
La pression de la crise
Si les parlementaires de la
bourgeoisie ne comprennent pas les appels à la responsabilité qui leur sont
lancés, il s’en trouvera d’autres pour exécuter la volonté du capital financier
de disposer d’une gouvernance stable et capable de réagir au quart de tour face
aux turbulences des crises qui se conjuguent.
Aussi décisives que soient les
exigences du capital financier, ce n’est pas lui qui fabrique les majorités et
il n’a pas la capacité d’établir n’importe quel gouvernement, n’importe quand.
Mais il a les moyens de se faire comprendre de l’appareil d’État lui-même, à
commencer par l’armée, et de peser sur la décision. Malgré la paralysie de la
IVe République, la grande bourgeoisie française avait bien trouvé à l’époque,
par deux fois, les moyens d’imposer sa volonté pour mettre fin à la guerre
perdue d’Indochine puis pour se dégager du bourbier algérien. La première fois,
ce fut par le bonapartisme de Mendès France appuyé par le Parlement. La seconde
fois, ce fut en se passant de la « légalité » ou de la
constitutionnalité.
La gauche institutionnelle est
trop contente d’avoir trouvé un unificateur des appareils des différents partis
qui la composent en la personne de Mélenchon. Les dilettantes politiques
d’extrême gauche se glorifient d’avoir contribué à « battre Macron »,
même s’ils ajoutent, pour la forme, qu’il faut le battre aussi par la lutte, et
pas seulement dans les urnes. La crise politique s’exprime aujourd’hui à
travers une Assemblée dont on ne sait pas, pour le moment, dans quelle mesure
elle est gouvernable. Macron en est à marchander avec les chefs des partis.
C’est un signe de faiblesse.
Mais l’instabilité politique que
cela risque d’entraîner n’écarte certainement pas les menaces qui pèsent sur la
classe ouvrière. Que le grand capital choisisse d’en passer par une voie légale
et sans violence, s’il en a les moyens et la possibilité, ou qu’il choisisse
d’en passer par la violence, ce sera nécessairement contre la classe ouvrière
et contre ses intérêts.
La classe ouvrière face aux
menaces
Si la crise économique continue
et s’aggrave, le « quoi qu’il en coûte » cher à Macron, y
compris pour ce qui est de jeter quelques pièces aux classes exploitées, sera
remplacé par des prélèvements sur celles-ci. Pour ne prendre que deux
exemples : qui paiera les dépenses supplémentaires en armements
qu’implique la militarisation croissante des pays de l’Union européenne ?
Et si, pour le moment, les marchés financiers sont assez cléments avec les
États impérialistes pour qu’ils puissent financer leurs dettes passées par des
dettes présentes et futures, qu’est-ce qu’il se passera si les prêteurs
présentent l’addition ? Les conditions draconiennes que la finance des
pays impérialistes a imposées à la Grèce et à son peuple serviront de
précédents pour bien d’autres pays, même plus puissants.
Alors, la seule politique valable
pour la classe ouvrière n’est certainement pas de se réjouir des soubresauts de
la crise politique de la bourgeoisie. Comme l’a formulé si bien le Programme
de transition, lors d’une des précédentes crises profondes du capitalisme, « deux
maux économiques fondamentaux dans lesquels se résume l’absurdité croissante du
système capitaliste, à savoir le chômage et la cherté de la vie, exigent des
mots d’ordre et des méthodes de lutte généralisée ». Cette politique
ne peut venir d’aucun des partis de la bourgeoisie, ni de leurs combinaisons,
fût-ce sous l’égide d’un tribun démagogue.
Aussi peu présentes que soient
ces idées dans la classe ouvrière, aussi insuffisante que soit parmi les
travailleurs la conscience de classe politique, l’orientation pour des
communistes révolutionnaires n’est certainement pas d’user leurs forces à être
la cinquième roue du carrosse de quelque parti bourgeois que ce soit, mais de
défendre le programme de revendications indispensable pour assurer la survie de
la classe ouvrière. Celle-ci n’est pas en situation de reprendre à son compte
ce programme aujourd’hui ? Elle le sera demain, lorsqu’elle reprendra le
chemin de la lutte ! En étant consciente qu’un programme n’est qu’une
collection d’idées tant qu’il n’y a pas un parti pour les incarner, pour mettre
fin à cette « crise de direction du prolétariat » en laquelle
Trotsky voyait la « crise historique de l’humanité ».
Georges KALDY (Lutte ouvrière
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à midi au marché de la Colonie ;
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26 juin, de 10 h.15 à 10 h.55 devant l’Intermarché du centre,
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juin, de 11 h.30 à midi, devant la boulangerie cité Champagne ;
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19 heures, centre commercial des Raguenets à Saint-Gratien ;
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juin, de 18 h.30 à 19 h. devant Monoprix.