Hôpitaux
en crise : embaucher, une urgence vitale
24 Mai 2022
« Assurer l’accès aux soins pour
tous » serait la priorité de la nouvelle ministre de la Santé,
Brigitte Bourguignon, qui a aussitôt refroidi les naïfs en ajoutant : « Ma
feuille de route est claire, c’est celle du président. »
Son prédécesseur, Olivier Véran,
est fier de son bilan. Il n’y a pourtant pas de quoi : la santé est
gravement en crise, l’hôpital est au bord de la rupture, ne tenant que grâce à
des bouts de sparadrap et à l’esprit de responsabilité de ceux qui le font
tourner. Les services d’urgence sont en pleine rupture. Les Ehpad et maisons de
retraite maltraitent ceux qui y vivent et épuisent ceux qui y travaillent. La
médecine de proximité devient inaccessible dans bien des régions.
Pourtant « il y a des
postes, il y a des budgets, il y a de l’argent, il y a des salaires qui ont été
augmentés pour recruter des soignants », prétendait Véran avec aplomb
il y a peu. Si la crise de l’hôpital s’est approfondie, « je ne crois
pas que ce soit un problème de salaire », a-t-il avancé, mais « un
problème d’organisation, de bureaucratie, de charge administrative […]
ainsi qu’un problème de fatigue » après le Covid. Il y a là de quoi
faire grincer bien des dents parmi les travailleurs hospitaliers épuisés.
Car le bilan de Véran, additionné
à celui de ses homologues dans les gouvernements précédents, de droite comme du
PS, est confondant. Au moins 120 services d’urgence, un sur cinq, sont dans
l’incapacité de fonctionner normalement et d’accueillir les patients 24 heures
sur 24. L’été dernier, plus de la moitié d’entre eux ont dû fermer, parfois la
nuit, parfois le week-end, et la situation pour l’été prochain s’annonce
sombre, si rien n’est fait. Certains services fonctionnent en mode dégradé,
avec une partie seulement de leurs capacités d’accueil, faute de place, faute
de personnel urgentiste, faute de lits dans les autres services. Près de la
moitié des grands hôpitaux, CHU et CHR, sont touchés par cette crise. Le CHU de
Bordeaux a même mis en place devant la porte un tri assuré par des bénévoles
secouristes, ou un poste téléphonique pour joindre le Samu.
Les chiffres sont là :
75 000 lits ont été fermés en dix-huit ans, sous les présidences de
Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron, qui en a supprimé plus de 5 700
pendant la seule année 2020. L’orientation croissante vers la chirurgie ambulatoire
découle de ce souci d’économies et de rentabilité de l’hôpital. L’absence
d’embauches et les salaires indécents sont à l’origine de l’état d’épuisement
et du découragement de bien des travailleurs de l’hôpital. Les horaires
intenables, les heures supplémentaires de dernière minute ou auto-imposées, les
congés impossibles à prendre, en conduisent certains à partir. Enfin le déficit
de médecins de ville et la disparition des petits dispensaires de quartier font
de plus en plus reposer la santé sur l’hôpital, dont les travailleuses et les
travailleurs craquent.
Présent lors de la prise de
fonction de la nouvelle ministre, le 21 mai, le médecin urgentiste Patrick
Pelloux commentait : « Ils nous ont écoutés, ça faisait un peu
réunion de crise et psychothérapie de groupe mais on n’en a pas besoin. »
En effet, quand il manque une infirmière sur dix dans les hôpitaux de Paris,
quand un des services d’hématologie de l’hôpital Saint-Louis est mis en péril,
ce qu’il manque, ce sont les milliers d’embauches, avec des salaires corrects
qu’une faible part des 160 milliards de profits réalisés par les capitalistes
du CAC 40 en 2021 rendrait à elle seule possible.
Viviane LAFONT (Lutte ouvrière n°2808)