mercredi 10 août 2016

Impôts à la source ou pas, une eau pas bonne pour les travailleurs. Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière


Impôt à la source : pour les travailleurs, toujours du racket

En confirmant cet été le lancement du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, le gouvernement semble déterminé à imposer sa réforme.
 


Comme elle ne devrait être appliquée qu’en 2018, soit après les élections de l’an prochain, il ne prend pas beaucoup de risques quant au mécontentement qu’elle pourrait susciter, car les effets réels du prélèvement à la source n’apparaîtront que plus tard.

Pour répondre à ceux qui disaient que l’employeur saurait tout des revenus de ses salariés, le gouvernement prévoit un dispositif permettant de cacher son taux réel d’imposition derrière un taux standard, quitte à régulariser plus tard avec le fisc. Qu’en sera-t-il réellement ?

Le patronat râle déjà contre le travail supplémentaire que, selon lui, cela donnera au service de comptabilité des entreprises. Il sait se plaindre et obtenir pour le moindre motif une compensation sonnante et trébuchante. Et il se garde bien de rappeler qu’il collecte déjà depuis de très nombreuses années les cotisations finançant différentes branches de la Sécurité sociale, ainsi que l’assurance chômage. Or la Cour des comptes estime que 25 milliards d’euros par an ne sont pas versés aux organismes sociaux. Il en va de même pour la TVA. Selon la Commission européenne, 25 autres milliards payés par les consommateurs n’atterrissent jamais dans les caisses de l’État. Ces impôts indirects, comme la TVA ou les taxes sur les carburants, rapportent d’ailleurs cinq fois plus que l’impôt sur les bénéfices des entreprises et 30 fois plus que l’impôt sur la fortune, et personne dans la population travailleuse ne peut y échapper.

Mais surtout, ce que tout ce débat sur le prélèvement de l’impôt à la source escamote, c’est que les travailleurs ne devraient pas avoir à payer d’impôts. Ils sont à l’origine de toutes les richesses sociales, et leur travail volé finance déjà les profits de la bourgeoisie.

L’État, qui fonctionne avant tout au service des plus riches, est ainsi financé par ceux qu’ils exploitent. C’est là que se situe le vrai scandale.

                                         Lucien Détroit (Lutte ouvrière n°2505)

mardi 9 août 2016

El Khomri, Air France, Valls et compagnie : tout bons pour les patrons


En gros ou en détail, les amis du patronat à l’action

 
La ministre du Travail M. El Khomri vient de valider lundi le licenciement d'un délégué CGT accusé d'avoir participé à l'épisode de la « chemise arrachée » en octobre dernier, à l’occasion de la mobilisation contre un plan de suppression d’emplois chez Air France. Elle vient de prendre cette décision alors même que l'Inspection générale du travail avait donné un avis négatif sur le sujet.

         Pour justifier le licenciement, cette dame ose rappeler le licenciement de quatre autres travailleurs dans cette affaire qui n’étaient pas délégués : « Cette décision est cohérente avec le licenciement des quatre autres salariés impliqués dans le même dossier, qui ne bénéficient d'aucun mandat syndical et dont le cas n'est donc pas soumis à l'autorisation de l'Inspection du travail ». Sans vergogne, elle décide le licenciement d’un cinquième travailleur par celui de quatre autres !

         Hypocrisie, mépris, haine anti-ouvrière, acharnement, mais rien de surprenant dans cette décision gouvernementale. Quand on s’attaque aux travailleurs d’une façon générale par la loi Travail, on s’en prend à eux aussi dans le détail.

         Contre le licenciement de travailleurs, de manifestants, de militants, la lutte continue. Contre la loi travail, et contre tous les mauvais coups contre le monde du travail, rendez-vous le 15 septembre ! 
 

La valeur de l'emploi et donc de la vie de cinq travailleurs ?

 

 


 
 

 

Retrait Loi travail : plus que jamais, dans la rue !


Le 15 septembre, manifestons notre colère

 

Le Conseil constitutionnel vient de valider la quasi-totalité de la loi travail, et Valls a assuré que les mesures d'application seront prises rapidement.

Mais même si elle est passée, une loi peut toujours être défaite. L'exemple du CPE (contrat première embauche) que Villepin avait fait passer comme loi, mais qu'il avait ensuite dû retirer devant les manifestations des jeunes, n'est pas si ancien.

Le 15 septembre, plusieurs organisations syndicales appellent à se mobiliser contre la loi El Khomri.

Pour les travailleurs, ce sera l'occasion de marquer qu'ils ne sont toujours pas prêts à accepter les retours en arrière que le patronat et le gouvernement veulent leur faire subir.
 


Agenda : le 30 septembre, Nathalie Arthaud, candidate communiste en meeting


Vendredi 30 septembre

à 20h30

Réunion publique de Nathalie Arthaud

au Cirque d'Hiver Bouglione

110, rue Amelot

Paris 11e

Métros Filles-du-Calvaire ou Oberkampf

Entrée gratuite
 
 

lundi 8 août 2016

Editorial des bulletins Lutte ouvrière d'entreprise de ce lundi 8 août 2016


Jeux Olympiques : spectacle, paillettes et réalité sociale

 
Plus de trois milliards de téléspectateurs auraient assisté à la cérémonie d’ouverture des JO à Rio : paillettes, samba, feu d’artifice, défilé de vedettes. Peu importe aux organisateurs de ce grand cirque médiatique que le Brésil sombre dans une grave crise économique, doublée d’une crise politique. Peu leur importe qu’une majorité de Brésiliens s’oppose aux Jeux et que la torche olympique ait été, par endroit, sifflée dans les rues de Rio. Peu leur importe que des milliers de pauvres des favélas aient été jetés à la rue sans être relogés pour faire place aux stades, aux routes pour les desservir, aux parkings. Peu leur importe que l’État de Rio, déjà en faillite, soit incapable de payer la facture qui sera inévitablement présentée à la population, déjà frappée par la crise économique. Peu leur importe que les policiers et les militaires déployés dans les rues le soient moins pour protéger la population contre un éventuel acte terroriste que pour protéger le cirque médiatique contre la population. Peu leur importe tout cela : que le spectacle continue ! Que les téléspectateurs soient arrosés d’images de ce formidable support de publicité qu’est l’évènement sportif le plus regardé au monde !

Lorsqu’il a été désigné pays organisateur de ces jeux, le Brésil était présenté comme un « pays émergent », un de ces grands pays pauvres qui étaient en croissance et dont on prétendait qu’ils étaient susceptibles de tirer l’économie capitaliste en crise vers la reprise. Mais, depuis, la crise a frappé le Brésil, avec d’autant plus de violence que les taux de croissance spectaculaires n’ont profité qu’à la bourgeoisie locale et surtout aux grandes entreprises multinationales. La croissance n’a que très peu amélioré le sort des classes exploitées, mais l’effondrement les atteint de plein fouet.

Malgré le clinquant de la classe privilégiée, le Brésil reste un pays sous-développé, marqué par les inégalités, miné par la corruption. La vitrine que sont censés être les JO ne montre pas seulement les performances sportives ou des images de carte postale des plages de Copacabana. Elle montre des hébergements insalubres même dans le village olympique, les détritus flottant dans la baie où doivent se dérouler les épreuves nautiques. Combien d’argent détourné par de petits margoulins de la bourgeoisie, combien pour arroser les responsables politiques à différents niveaux ? Et surtout, combien d’encaissé par les entreprises du BTP qui ont construit les stades, le village olympique, le métro et les autoroutes ? Et combien par les banques, les compagnies d’assurance, qui sont derrière ?

C’est le sport et ses performances qui font vendre, mais ce sont des milliers de bourgeois grands et petits qui encaissent. Et la majorité pauvre de la population du Brésil qui payera.

Les discours sur les idéaux qu’incarne le sport olympique ne sont que des discours. Derrière les performances sportives, il y a le tintement des tiroirs-caisses. Les dirigeants politiques se servent depuis longtemps des sports comme terrain de rivalité entre États, pour faire brandir des drapeaux, résonner les hymnes nationaux, pousser au chauvinisme pour obtenir autour d’eux cette unité nationale qu’ils ont si souvent du mal à obtenir autrement. Ce n’est certes pas par amour du sport que Hollande est allé à Rio faire du lobbying avec l’objectif de décrocher pour la France les JO de 2024. Il y va de son intérêt politique et plus encore de l’intérêt bien matériel de ses mandants, les Bouygues, Vivendi, les grands patrons du BTP et des chaînes de télévision.

Les JO, dans ce monde dominé par le capitalisme, sont avant tout de gigantesques foires commerciales. Malgré leurs efforts pour arriver au sommet, malgré leurs rêves, les athlètes qui les animent n’en sont que les petits figurants, indispensables pour faire le spectacle, mais figurants quand même. Dont la valeur aux yeux des sponsors ne s’établit pas en fonction de leurs seules performances mais aussi de leur image comme support publicitaire. À côté d’un Rinner ou d’un Manaudou, combien d’autres, usés dans l’anonymat et broyés par la machinerie commerciale ?

« Rio 2016 : des Jeux pour oublier les crises », titrait un quotidien. Ils n’ont pas ce pouvoir, ni au Brésil, ni ailleurs, dans ce vaste monde qui est abreuvé d’images d’épreuves sportives, y compris là où sévit la crise, s’élargit la pauvreté, monte la barbarie des guerres. Mais il ajoute au capitalisme un aspect odieux de plus, car le sport, ça pourrait être une belle chose, indispensable à l’épanouissement de chaque individu, s’il n’était pourri, comme toutes les activités humaines, par une organisation sociale où l’argent est roi.

Bezons, Argenteuil, le même mauvais film


Vrai pour les cinémas comme pour le reste

 

Suite à notre brève d’hier sur l’avenir de l’espace Jean Vilar, un de nos lecteurs nous a transmis un article de La Gazette de juillet dernier indiquant que le projet d’un multiplex de huit salles dans la zone de la nouvelle mairie de Bezons avait été recalé par une commission départementale dédiée à ce genre de chose. L’argument avancé est que ce multiplex s’il voyait le jour mettrait en péril le cinéma de l’espace culturel Paul Eluard.

         C’est le moins que l’on puisse dire.

         Ce qui est vrai à Bezons le serait tout autant à Argenteuil à l’encontre des salles de cinéma du Figuier blanc si un multiplex s’installait du côté de l’espace occupé actuellement par le complexe Jean Vilar.

         La décision sur le multiplex de Bezons peut ou pas être confirmée par une commission nationale.

         Mais dans ces affaires de multiplex, l’intérêt de la culture, du cinéma d’art et d’essai, de l’utilisation des structures existantes, des finances publiques, ne sont pas les déterminants qui ont du poids. En revanche, la loi du profit joue les premiers rôles : où rentabiliser les capitaux, et quel que soit le résultat social… Et les financeurs, les investisseurs savent ensuite trouver les lieux qui leur conviennent, qu’ils savent disponibles aujourd’hui ou à terme, et trouver les oreilles compatissantes pour leurs scénarios très-très intéressés.

 

Argenteuil, parc public magnifique demande que l'on s'intéresse à lui


Lieu magnifique et gâchis de diverses sortes

 

Un article du Parisien-95 vient de souligner les problèmes occasionnés pour les riverains par le parc des Châtaigniers qui n’est ni clos, ni surveillé, ni véritablement entretenu. Ce parc est ouvert de jour comme de nuit.

         Inauguré il y a trois ans, le parc des Châtaigniers est un magnifique lieu offrant une vue exceptionnelle sur Paris et la banlieue. Il a été installé par le comblement d’anciennes carrières exploitées naguère aux flans de cette colline entre Argenteuil et Sannois.

         Ce n’est pas le fait que cet espace soit ni clos ni fermé la nuit qui pose véritablement problème. C’est qu’il n’est ni surveillé ni une préoccupation véritable de la part des édiles. Une surveillance équestre devait être mise en place. C’était intéressant à divers titres, mais on l’attend toujours. Quant à la préoccupation des notables, la réaction de Xavier Péricat, premier adjoint au maire d'Argenteuil, interrogé sur le sujet, rapportée par Le Parisien est éloquente : « le parc est géré par l’Agence régionale des espaces verts, donc cela n’est pas de notre ressort » !

         Mais le désintérêt des édiles ne s’arrête pas à ce renvoi dans les cordes. Ce lieu magnifique pourrait être utilisé pour bien des initiatives au bénéfice des habitants, de Sannois, d’Argenteuil et d’ailleurs ! jusqu'à présent, il n'en a jamais été question.

Santé dentaire, cariée par le profit. L'affaire Dentexia. Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière


La santé de la dentition est un énorme problème de santé publique, en particulier pour les milieux populaires. On le voit bien à Argenteuil. Diminution du nombre de dentistes dans les quartiers, multiplication parallèle des moyens discutables de la contrer, et face à cela l’importance des centres de santé municipaux ou mutualistes. C’est dans ce contexte que des officines veulent croquer des profits faciles…

         Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière de cette semaine.

 

Dentexia : les arracheurs de dents

 Dentexia, la chaîne de soins dentaires à prix cassés, a fait au moins 2 200 victimes. Selon le collectif Les Sans-dents qui s’est mis en place pour obtenir réparation, des gens se sont retrouvés avec trop de dents arrachées ou des implants défectueux. Le gouvernement a annoncé qu’il allait agir, mais ce sera toujours au service du privé.
 
 

 Dentexia a profité de l’absence de contrôle, qui fait partie de la politique de privatisation du système de santé, pour concurrencer les hôpitaux publics. La loi de 2009 dite Hôpital, patients, santé et territoire ne demande en effet qu’une déclaration auprès de l’Agence régionale de santé pour ouvrir un centre de soins.

Les centres de soins à bas prix se sont multipliés ces dernières années, promettant des prix plus intéressants en s’appuyant sur le nombre de patients traités, et parfois sur des escroqueries comme pour Dentexia.

Face à cette situation, les agences régionales de santé avaient déjà dû ordonner la fermeture de plusieurs centres à Chalon-sur-Saône, Versailles, Paris et Lyon pour des raisons d’hygiène et de désinfection. Le gouvernement a aussi déclaré qu’il allait suivre le rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) lui conseillant d’indemniser les victimes. Cela représenterait de 3 à 10 millions d’euros. Ce rapport soutient par ailleurs l’idée qu’il faut plus de contraintes pour l’ouverture de centres de soins dentaires.

Mais si de tels centres trouvent très vite un public, c’est bien parce qu’avec la baisse du pouvoir d’achat et les faibles remboursements des soins dentaires, beaucoup n’arrivent pas à se faire soigner chez des dentistes libéraux. Le système de santé dentaire public manque incroyablement de moyens. Et comme l’ensemble du système de santé, il est malade du profit.

                                           Hervé BOIDET (Lutte ouvrière n°2505)