Gauche :
éclatée façon puzzle
À peine les urnes rangées, le
petit monde politique et médiatique s’est relayé pour expliquer que les accords
conclus entre des listes de gauche et LFI avaient conduit à l’échec et même
repoussé un électorat hostile au « radicalisme » de La France insoumise.
Publié le 25/03/2026
Depuis des mois, la droite au
sens large, du gouvernement à Retailleau en passant bien évidemment par le RN,
fait campagne pour mettre à l’index LFI, accusée d’encourager la violence
politique et d’être antisémite. Cela lui a permis de réintégrer le RN dans la «
grande famille des droites » et de diviser la gauche, bien sûr dans le sens de
ses intérêts électoraux.
Les dirigeants du PS ne se sont
pas fait prier pour emboîter le pas à la droite et stigmatiser LFI, même si
l’entre-deux-tours a contraint Olivier Faure à quelques contorsions, refusant
tout accord national mais acceptant en fait des accords locaux et des fusions «
techniques » avec un parti qu’il qualifie d’antisémite. Retailleau a pu alors
dénoncer des « accords de la honte » et Bardella s’est payé le luxe
d’appeler, depuis « l’arc républicain », à faire « barrage à la
gauche, alliée de l’extrême gauche ».
Au lendemain du deuxième tour,
qui a vu de grandes métropoles rester aux mains de la gauche mais plusieurs
villes importantes, comme Brest ou Clermont- Ferrand, basculer à droite, la
cacophonie règne chez les dirigeants de gauche. Boris Vallaud, président du
groupe PS à l’Assemblée nationale, a affirmé : « La France insoumise nous a
fait perdre », tandis que le secrétaire du PS, Olivier Faure, accusait LFI
d’être le « boulet de la gauche ». Quelques voix timides s’élèvent pour
faire remarquer que, s’il faut avoir la peau de LFI, il faudrait quand même
réussir à attirer ses électeurs en vue de la présidentielle de 2027. Or LFI a
effectivement attiré des électeurs dans les quartiers populaires et séduit une
partie de la jeunesse touchée par les injustices et la montée du racisme et
révoltée par le sort des Palestiniens.
Mélenchon n’est pourtant pas un
révolutionnaire et son parti se défend d’être d’extrême gauche. Il vient
d’ailleurs de saluer en Jospin « l’homme de l’alliance rouge, rose, vert ».
Le fait que la droite parvienne à faire de LFI, qui revendique son réformisme,
un épouvantail révolutionnaire que les notables du PS considèrent avec effroi,
marque l’évolution droitière de tout un personnel politique au service du
patronat grand et petit. Ce dernier, par la voix de représentants locaux du
Medef, a d’ailleurs pris position, à Toulouse, Poitiers ou Limoges, contre les
listes de gauche fusionnées avec LFI, expliquant qu’il craignait la mise en
place de « laboratoires de décroissance » et une « explosion de la
fiscalité ».
Pour le patronat, il n’est pas
question de laisser, même un mitterrandien revendiqué comme Mélenchon, dire
qu’une miette d’argent public pourrait être consacrée à autre chose qu’aux «
projets structurants », c’est-à-dire aux dépenses pouvant lui profiter. Il
y a là de quoi déboussoler un Parti socialiste fort attentif à son image de
parti de gouvernement soucieux de bien servir la bourgeoisie, y compris en y
sacrifiant ses intérêts électoraux.
Nadia Cantale (Lutte ouvrière
n°3008)