D’une COP
à l’autre : trente années de bavardage
La COP 30, trentième édition de
la Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques, se tiendra à
Belém, au Brésil à partir du 10 novembre. Ce sera un événement médiatique
mondial sans doute, mais dont plus grand monde n’attend quoi que ce soit.
Pourtant la planète brûle.
Publié le 29/10/2025
L’an dernier, sur la base des
prévisions d’émissions de carbone données par chaque État, la Conférence avait
estimé que le réchauffement climatique atteindrait 2,8°C en 2100. Mais cette
année, seuls 64 pays ont donné leurs prévisions, empêchant tout calcul
fiable. Ce réchauffement menace l’avenir de bien des peuples, mais le combattre
est passé de mode : les gouvernements, qui ferment les frontières, augmentent
les budgets militaires, organisent le repli protectionniste, ne font même plus
semblant d’avoir des préoccupations écologiques.
Pour limiter le réchauffement
climatique à 1,5°C, comme les participants s’y étaient engagés en 2015 lors de
l’Accord de Paris, il aurait fallu que les rejets carbonés mondiaux baissent de
60 % entre 2019 et 2035. On est loin du compte. Selon un rapport de
l’Organisation météorologique mondiale daté du 15 octobre, la
concentration moyenne des gaz responsables du réchauffement a même atteint des
niveaux record en 2024, enregistrant la plus forte hausse depuis le début des
mesures modernes, en 1957. Et ce n’est pas fini. L’Agence internationale de
l’énergie (AIE) avait pourtant averti que, à partir de 2021, il ne resterait
plus de place pour de nouveaux projets d’extraction fossile si on voulait
limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Depuis 2021 il y en a eu 2 300 de
plus ! Comme un symbole, le 20 octobre, trois semaines avant l’ouverture
de la Conférence à Belém, la compagnie publique brésilienne Petrobras a reçu l’autorisation
de forer un puits d’exploration pétrolière à 500 kilomètres de
l’embouchure de l’Amazone. Si cette exploration tient ses promesses, le Brésil
deviendra le 4e producteur mondial, après les États-Unis,
l’Arabie saoudite et la Russie, une manne des plus opportunes pour un pays
pauvre mais qui profitera pour l’essentiel aux trusts qui se partageront les
30 milliards de barils que contiendrait l’ensemble de la zone.
De son côté, au Mozambique,
TotalEnergies vient d’annoncer la reprise de son gigantesque projet à
20 milliards de dollars d’investissement, gelé en 2021 après une attaque
terroriste ayant fait 1 200 victimes. Total n’attend plus que
l’autorisation du gouvernement local, qui, on n’en doute pas, se mettra en
quatre pour accéder à ses désirs. Ce projet, qui a bousculé bien des
populations autochtones et attiré tant de convoitises, va émettre entre 3,3 et
4,5 milliards de tonnes d’équivalent CO2 selon Les Amis de la
Terre, soit davantage que les émissions annuelles de l’Union européenne. Dans
le sillage de Total, ExxonMobil et l’italien Eni ont déjà fait savoir au
gouvernement du Mozambique qu’ils étaient prêts chacun à lancer des projets
similaires.
Cette course aux investissements
est celle de l’ensemble d’une économie capitaliste droguée au pétrole. Derrière
les compagnies, les banques, malgré leurs discours, continuent d’investir dans
le secteur, et les banques françaises sont au premier rang. Ainsi la Société
Générale a fourni 23 milliards de dollars de crédits à 56 entreprises
dont TotalEnergies, Eni, et Saudi Aramco, le groupe Banque Populaire Caisse
d’Épargne 18 milliards de dollars à 33 entreprises…
Alors que la lutte contre le
réchauffement climatique nécessiterait de toute urgence un plan d’ensemble,
planétaire, pour répartir les ressources, développer les énergies les moins
polluantes le plus rationnellement possible, les trusts se battent pour mettre
la main sur toutes les ressources afin de produire tant que cela rapporte. Pas
étonnant que les COP ne laissent derrière elles que des discours jamais suivis
de faits. Ce cirque diplomatique masque une réalité implacable : le capitalisme
fait brûler la planète.
Serge Benham (Lutte ouvrière
n°2987)