Chine :
le nouvel ennemi héréditaire
03 Novembre 2021
Les faiseurs d’opinion et les
marchands d’idées toutes faites ont, depuis quelque temps, trouvé un nouveau
responsable aux maux qui accablent l’humanité : la Chine, partie à la conquête
du monde.
Ce pays serait le principal
pollueur puisque le premier producteur de gaz à effet de serre. De plus, comble
d’ignominie, au moment où l’Occident vertueux s’apprête à renoncer au charbon,
le perfide Empire rouvre ses mines et importe des millions de tonnes de
houille. C’est oublier un peu vite que l’Europe et les États-Unis ont la
primauté, et de très loin, en ce qui concerne la pollution industrielle. C’est
masquer que l’industrie chinoise, dont une part est détenue par des capitaux
occidentaux, travaille pour les marchés européen et américain, pour les
multinationales occidentales, pour les banques des pays impérialistes. C’est
aussi ignorer la plus élémentaire honnêteté statistique :
proportionnellement au nombre d’habitants, la Chine n’est que le 35e pays
producteur de gaz à effet de serre.
De la même façon, la presse à
prétentions démocratiques tartine à longueur de colonnes sur la liberté de
Taïwan, séparée de la Chine continentale depuis 1949, la prise du pouvoir par
Mao et l’exil du gouvernement nationaliste dans cette île, sous protection
américaine. À ses yeux, une éventuelle réunification de la Chine serait donc un
scandale, alors que, par exemple, la présence de la France aux Antilles ou en
Nouvelle-Calédonie est un fait de nature.
L’industrie chinoise serait aussi
responsable du chômage en Europe et aux États-Unis, alors que ce sont les
capitalistes occidentaux qui déplacent ou arrêtent leur production pour
accroître leurs profits. Tout soubresaut de l’économie mondiale est mis au
compte de la Chine, de ses manœuvres, de sa volonté expansionniste. De la part
de responsables français ou britanniques, avec leurs cinq siècles de pillages
coloniaux derrière eux, c’est fort de café, de sucre, d’opium, de thé, de
caoutchouc et de tant d’autres choses.
Enfin l’armée chinoise serait une
menace pour la paix mondiale, comme le prouverait la croissance de son budget
militaire. Mais c’est encore, et de loin, les États-Unis qui dépensent le plus
pour leurs forces armées. Ce sont les navires occidentaux, et en particulier
américains, qui croisent sans cesse aux limites des eaux territoriales
chinoises. C’est un sous-marin américain qui a été surpris en mer de Chine au
mois d’octobre, contraint de faire surface après une avarie. Le sous-marin
avait heurté un relief non cartographié et c’est tout juste si la marine
américaine n’a pas accusé la Chine de duplicité, pour avoir mis une montagne
sous-marine là où passent ses navires espions.
Cette propagande n’est pas
seulement un lamentable tissu de mensonges. C’est aussi une façon de préparer
les travailleurs et la population à marcher au pas, derrière leurs capitalistes
aujourd’hui, derrière leurs généraux demain, s’il le faut.
Paul GALOIS (Lutte ouvrière n°2779)