mercredi 24 mars 2021

Lutte de classe : nouvelles de luttes dans les entreprises

 

Schaeffler – Calais - Un coup de semonce salutaire

Les salariés de Schaeffler se sont mis en grève le jeudi 18 mars à l’appel de la CGT. La coupe était pleine. Harcelés sans cesse par les hauts responsables, les ouvriers sont obligés de sortir la production sans avoir l’outillage, les cadres des services indirects sont envoyés en production pour faire des emballages. Tout ça pour faire craquer les salariés.

         Pendant les deux jours de grève, toutes les catégories se sont retrouvées ensemble contre une direction qui, prise de court, a miraculeusement retrouvé des outils et a promis 14 embauches.

 

Saint-Marcellin (Isère) :  Le courant ne passe plus chez Legrand

 


Jeudi 18 mars, les 188 employés de l’entreprise LEGRAND à Saint Marcellin ont été appelés par la CGT à deux heures de débrayages par équipe pour protester contre les propositions de la direction dans le cadre des Négociations Annuelles Obligatoires (NAO). Plus de 80% des ouvriers se sont retrouvés devant la porte pour affirmer que le compte n’y est pas.

         La direction propose 0,5 % d’augmentation générale. Les travailleurs ont fait sauter la virgule et demandent 5 %, ainsi qu’une prime exceptionnelle de 400 euros, sans oublier la prime dite Macron 2021. Les actionnaires du groupe Legrand, spécialiste des installations électriques, n’ont, eux, pas subi les effets de la crise : leurs dividendes ont augmenté de 6 % en 2020 ! Les salariés se sentent donc largement grugés, et ils n’oublient pas les congés annuels et les RTT qu’ils ont perdus pendant le confinement.

         Un débrayage réussi…et de bonnes raisons de se sentir renforcés et capables de se faire respecter.

Birmanie : travailleurs contre la dictature, et pour les trusts, les profits d’abord

 Birmanie : les travailleurs contre la dictature

17 Mars 2021

Le coup d’État du 1er février, qui a envoyé en prison Aung San Suu Kyi, au pouvoir depuis 2016, a déclenché une forte réaction de la population birmane. La répression croissante a déjà fait au moins 183 morts parmi les manifestants et entraîné des milliers d’arrestations, sans parvenir à enrayer le mouvement d’opposition.

Rien que dans la journée du 14 mars, on dénombrait au moins 50 tués dans la zone industrielle de HlaingTharyar, investie par l’armée, qui incendiait les barricades et tirait à vue. La loi martiale y a été décrétée, ainsi que dans d’autres cantons ouvriers. La répression touche en effet particulièrement les concentrations ouvrières car les travailleurs, en particulier les jeunes ouvrières du textile, jouent un rôle important dans cette mobilisation.

La Birmanie ou Myanmar, ancienne colonie britannique, est parmi les pays les plus pauvres du globe. Mais son industrie a connu une croissance spectaculaire dans la dernière décennie. Outre l’exploitation ancienne des ressources naturelles, de nombreux capitaux se sont investis dans l’industrie légère à partir de la fin des années 2000, attirés par des bas salaires, de quelque trois dollars par jour.

Presque toutes les grandes marques de prêt-à-porter, telles qu’Adidas, Benetton, C&A, Gap, H&M, Lidl, Primark…, s’y fournissent aujourd’hui via des sociétés basées en Chine ou à Singapour. Aujourd’hui, l’industrie textile et celle de transformation agroalimentaire regroupent au moins un million de travailleurs, souvent des femmes, dans un pays de 54 millions d’habitants.

La classe ouvrière birmane a donc connu une croissance très rapide dans la dernière décennie. En son sein, beaucoup de paysans chassés par les expropriations et les conséquences du cyclone Nargis de 2008. Ils sont qualifiés de « migrants de l’intérieur » et vivent dans des habitats de fortune à la périphérie des villes. Dans la dernière période, ils ont mené de nombreuses grèves, lutté et mis sur pied des syndicats. Avant même le coup d’État, de nombreuses usines ont profité de la crise sanitaire pour licencier en masse, en particulier des travailleurs syndiqués, et l’armée intervenait déjà pour interrompre les grèves et arrêter les organisateurs.

Selon les témoignages de militants, l’annonce du coup d’État a été vécue comme une menace directe pour les travailleurs. « Avec la prise de pouvoir par l’armée, ce sera comme avant, comme si nous avions perdu nos droits et les employeurs opprimeront les travailleurs et réduiront leurs salaires. C’est ce à quoi je m’attends », disait une ouvrière de la zone industrielle.

Le 6 février, après les appels à la grève et à la désobéissance civile, s’est déroulée une des premières manifestations ouvertes contre la dictature. Ce sont des travailleurs qui l’ont initiée, comme l’indique une militante syndicale : « Nous avons organisé une réunion pour tous les travailleurs et avons commencé à parler des droits du travail, droits que nous perdons sous la dictature. Le 5 février, les ouvriers ont décidé de marcher. » Selon une autre militante : « À Hlaing Tharyar, il y a environ trois cents usines. Presque toutes ont participé. Quand un syndicat existait à l’intérieur, il a organisé la grève et tous les travailleurs y ont adhéré. Dans les usines sans syndicat, les travailleurs ont individuellement obtenu leur congé et ont également participé à la manifestation. Donc, la foule était énorme. » Le China Labor Bulletin, bulletin syndical chinois, cite un cadre n’ayant jamais fait grève : « Dans les premiers jours qui ont suivi le coup d’État, nous attendions quelqu’un qui pourrait nous conduire et dénoncer les militaires… C’était inspirant de voir que les ouvriers du vêtement sont descendus dans la rue, potentiellement face à des balles et des matraques. Cela nous a donné le courage de faire de même. »

Il est bien sûr difficile de mesurer, à travers le peu d’informations qui parviennent, le degré de mobilisation et le niveau de conscience de la classe ouvrière birmane. En tout cas, il est clair qu’une partie d’entre elle a vu dans le coup d’État la menace directe d’une aggravation de l’exploitation qu’elle subit et a décidé d’y réagir par ses propres moyens. Un ouvrier de Bogard Lingerie dit de même : « Pour nous, la première priorité devait être d’abattre le dictateur. Sous le régime militaire, il n’y aura aucun droit pour nous travailleurs. »

                                          Christian BERNAC (Lutte ouvrière n°2746)

 

Profits de sang

 


Il a fallu attendre que la contestation contre le coup d'État en Birmanie ait fait 230 morts et des centaines de disparus pour qu'EDF annonce « suspendre » le développement d'un projet de barrage hydroélectrique. Mais cette armée birmane intervient depuis des années pour évacuer les villages là où ce barrage doit se construire. Quant au pétrolier Total, il continue à exploiter sans scrupule le gaz en Birmanie, avant comme après le coup d'État.

         Pour ces groupes français en Birmanie, seuls les profits comptent, même éclaboussés de sang.

mardi 23 mars 2021

Éditorial des bulletins Lutte ouvrière d’entreprise du lundi 22 mars 2021

 De la Commune de 1871 À aujourd'hui : la même guerre de classes, le même besoin d’émancipation des travailleurs

22/03/2021

 

Il y a 150 ans, le 18 mars 1871, le petit peuple parisien s’insurgeait et proclamait la Commune. Pour ceux qui ne se résignent pas à la domination de la bourgeoisie, c’est, encore aujourd'hui, un fait extraordinaire et enthousiasmant.

La Commune de Paris a été, en France, le premier et le seul pouvoir ouvrier. Du 18 mars au 28 mai 1871, pendant 72 jours, le peuple ouvrier, artisan et boutiquier de Paris - on dirait aujourd'hui le monde du travail - s’est gouverné lui-même.

La bourgeoisie prétend toujours être la seule classe capable de diriger. La Commune a prouvé que les classes laborieuses, les petites gens n’avaient pas besoin de rois, de politiciens, de chefs ou de patrons pour organiser la vie sociale. Elle a fait ce qu’aucun gouvernement bourgeois n’a jamais fait et ne fera jamais : elle a dirigé la société pour qu’elle réponde aux besoins du plus grand nombre. 

En septembre 1870, le pays connut une formidable ébullition politique suite à la défaite contre l’armée prussienne, à la chute de Napoléon III et à la proclamation de la République. Les assemblées et les clubs s’étaient multipliés un peu partout. Et surtout, à Paris, le peuple ouvrier s’était armé et organisé au sein des bataillons de la garde nationale pour se défendre.

Pour le gouvernement républicain bourgeois, c’était la menace d’une révolution ouvrière qu’il fallait tuer dans l’œuf. Lorsqu’il tenta de le faire, le 18 mars 1871, en enlevant les canons gardés dans les quartiers populaires, il déclencha l’insurrection.

Le peuple de Paris organisa alors son propre gouvernement : la Commune. Il choisit des responsables issus de ses rangs, des ouvriers et des militants connus pour leur dévouement aux travailleurs. Aux finances, un ouvrier relieur, Eugène Varlin ; à la commission du travail, Léo Frankel, un ouvrier bijoutier hongrois…

C’en était fini des privilèges, des sinécures et des passe-droits ! Membres de la Commune, chefs de bataillons, fonctionnaires municipaux… tous les responsables étaient élus. Ils trouvaient tout naturel d’être rétribués comme les ouvriers qualifiés, naturel aussi de rendre des comptes. Ils ne s’enfermaient pas dans les palais dorés de la République comme cela se fait aujourd'hui, ils vivaient parmi la population et ils étaient ainsi contrôlés et révocables à tout moment.

Le peuple faisait confiance à ses élus, mais surtout, les élus faisaient confiance au peuple et s’appuyaient sur son action. Associations de quartier, syndicats, coopératives… mille et une initiatives étaient prises pour régler les problèmes des classes laborieuses, et nombre de femmes, comme l’institutrice Louise Michel ou l’ouvrière Victorine Brocher, y tinrent les premiers rôles. 

Il fallait nourrir de toute urgence la population ? Des cantines collectives furent mises sur pied. Il fallait donner un toit à des milliers de familles ? Les Communards décidèrent un moratoire sur les loyers et réquisitionnèrent les logements vacants. Il n’y avait plus de travail ? Ils chargèrent les associations ouvrières de faire tourner les ateliers abandonnés. Il fallait éduquer les enfants ? Les églises furent réquisitionnées et transformées en écoles, des volontaires sollicités…

Le petit peuple de Paris pouvait compter sur un gouvernement qui prenait fait et cause pour le locataire contre le propriétaire, pour l’ouvrier contre le capitaliste, pour le pauvre contre le riche.

Une telle démonstration était intolérable pour la bourgeoisie. Le gouvernement de Thiers écrasa la Commune, fusillant sans autre forme de procès quelque 20 000 Communards.

Aujourd'hui, la société fonctionne à l’inverse des principes de la Commune : le gouvernement dirige au service exclusif d’une minorité richissime, pour les profits et la propriété privée de cette poignée de parasites. C’est ce qui rend la société incapable de trouver les solutions aux maux dramatiques qu’elle génère : le chômage, les crises économiques ou la crise écologique.

C’est ce qui fait que, dans cette pandémie, aucun gouvernement ne veut transformer les vaccins en biens communs de l’humanité, ni réquisitionner les usines et les laboratoires pour les produire en masse. C’est ce qui rend les pouvoirs publics incapables de réquisitionner les logements vacants et, à plus forte raison, d’exproprier les capitalistes qui ferment des usines et transforment des régions entières en déserts industriels.

Non, la Commune n’appartient pas au passé. Elle nous rappelle qu’un autre monde est possible, que l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.

 

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Malgré mes paramètres, mes 5 articles du jour apparaissent sur deux pages voire sur trois pages. Pour lire les 5 articles, cliquez en bas de la première page sur « articles plus anciens). DM

Argenteuil, service de restauration municipale suspendu dans plusieurs écoles, mécontentement, et exigences justifiées des parents et des enfants maltraités (1)

Pour régler un problème, prendre le taureau par les cornes, et trouver les mesures idoines, il y en a !

 

 Le gymnase des Châtaigniers,à 300 mètres

Il y a de quoi être très en colère lorsque l’on est parents et que l’on vous annonce au débotté qu’il n’y aura pas de cantine pour vos enfants trois jours plus tard. C’est le cas pour sept écoles de la Ville sur les 55 qu’elle compte.

         Dans cette affaire, la municipalité donne une fois de plus la preuve pour le moins de sa légèreté.

         Nous ne reviendrons pas sur sa responsabilité dans la circulation du virus en milieu scolaire, via des conditions qui n’ont pas respecté les protocoles, dans les cantines en particulier. D’où l’absence en grand nombre des agents ATSEM et de restauration, les premières victimes, contaminés ou « cas-contact ».

         Ensuite quelles initiatives prises par la municipalité face à cette situation ? Aucune si ce n’est supprimer purement et simplement la cantine jusqu’à nouvel ordre.

         Pour ne prendre que le cas d’une des écoles victimes de cette fermeture, Georges Lapierre, au pied des cités Champagne et du Bordelais, il y a pourtant à proximité des locaux qui auraient pu permettre, et qui pourraient permettre, d’adapter cette restauration du midi, les locaux sportifs des Châtaigniers tout proches.

         Nous espérons que suite aux protestations des parents et de leurs associations, les membres de la municipalité vont se réveiller. C’est urgent. Les enfants de toutes les écoles d’Argenteuil doivent tous pouvoir continuer à être restaurer par la Ville sur le temps du midi. DM

 


Demi-mesure pénalisante

En supprimant la cantine dans sept écoles, la municipalité a pris une demi-mesure. Demi-mesure, car elle met dans le pétrin les parents qui travaillent. La mesure complète de la fermeture de ces écoles aurait eu l’avantage pour ces parents de pouvoir leur permettre d’être considérés en chômage technique, puisqu’ils étaient alors obligés de garder leurs enfants.

         Demain, c’est la mesure que les autorités seront peut-être contraintes de prendre. Aujourd’hui, des tests salivaires auront ainsi lieu à l’école Carnot du centre. À combien de tests positifs l’école sera-t-elle fermée ? En toute transparence ? DM