mardi 1 janvier 2019

Pouvoir : pour le contester, les travailleurs doivent contrôler l’Etat et l’économie. Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière de cette semaine


Pour contester le pouvoir : les travailleurs doivent contrôler l’État et l’économie

La revendication du référendum d’initiative citoyenne connaît un certain succès parmi les gilets jaunes. Ils y voient un moyen de contrecarrer la politique d’un gouvernement qui méprise et écrase les classes populaires.
L’idée qu’il faut aller au-delà de la revendication d’avoir de quoi boucler les fins de mois est juste. Et il est légitime de se dire que les classes populaires doivent pouvoir diriger directement la société, afin qu’elle réponde aux besoins de la majorité. Les travailleurs, la population, devraient avoir le moyen de contrôler les élus et l’appareil d’État et de peser directement sur les décisions politiques et budgétaires.
Mais pour cela, il ne suffit pas d’institutions ou de modes de scrutin plus ou moins démocratiques. Dictatures féroces interdisant toute liberté d’expression, régimes autoritaires, démocraties : l’État et le gouvernement peuvent prendre des formes très diverses suivant les pays et les situations. À des degrés divers, des possibilités pour des groupes de citoyens de soumettre à référendum certaines questions de société ou des problèmes politiques existent dans plusieurs pays riches, comme en Suisse ou en Italie. Et aux États-Unis on élit même certains fonctionnaires, du shérif à l’équivalent du médecin légiste en passant par les juges des tribunaux d’État. L’appareil d’État est-il pour autant sous le contrôle de la population, voire simplement plus proche d’elle ?
Tant que c’est l’argent qui commande, même dans les riches pays démocratiques, c’est la grande bourgeoisie qui fait ou défait les carrières des responsables politiques, comme celles des hauts fonctionnaires de l’appareil d’État, qu’ils soient élus ou non. Les hommes – ou plus rarement les femmes – du pouvoir sont intimement liés à la grande bourgeoisie, dont ils représentent et servent fidèlement les intérêts. Ils fréquentent le même monde, sont issus des mêmes grandes écoles. Ils passent d’un poste de responsable de cabinet dans un ministère à celui de dirigeant d’une grande entreprise, ou inversement, et finissent parfois dans un fauteuil de ministre.
Derrière la diversité des régimes politiques et des appareils d’État, il y a une même réalité sociale. L’État, même lorsqu’il semble représenter également toutes les classes sociales, sert en réalité les intérêts des capitalistes. Car ce sont eux qui dominent la société du simple fait qu’ils monopolisent les richesses et les moyens de production.
Le sacro-saint droit de propriété nous est présenté comme relevant des droits et de la liberté individuels. Mais la possession des richesses, la propriété des banques et des grandes entreprises donnent aux capitalistes le droit de diriger la société, de licencier des travailleurs et d’en exploiter d’autres, de décider de ce qui se produit ou ne se produit pas, quitte à mettre en danger la planète.
La classe ouvrière et l’ensemble des classes populaires, si elles veulent pouvoir contrôler vraiment ce qui se passe dans la société, doivent remettre en cause la loi du profit que l’économie capitaliste fait régner dans tous les domaines de la vie sociale.
Il est légitime pour le monde du travail de contrôler les comptes des grandes entreprises, d’exiger de savoir où vont les milliards qui sont le produit de son exploitation. Aujourd’hui, c’est un crime puni par la loi pour un travailleur, pour un lanceur d’alerte, de dévoiler les projets néfastes de l’entreprise qui l’emploie ou les combines dont il a connaissance ! Il faut imposer la fin du secret qui protège les affaires et les opérations commerciales des grandes entreprises industrielles comme financières.
Les travailleurs sont à l’origine de toute la richesse de la société. Ils produisent, transportent, livrent et échangent les marchandises, comme ils transmettent et voient passer les opérations financières. Ils ont les moyens d’imposer leur contrôle sur l’économie et de contester la domination capitaliste sur celle-ci, jusqu’à débarrasser la société de la loi du profit en expropriant la grande bourgeoisie.
Il est urgent que le monde du travail revendique la direction de la société, contre les politiciens professionnels qui s’agitent sur le devant de la scène, mais surtout contre la classe capitaliste qui est leur donneur d’ordres.

                                      Nadia CANTALE (Lutte ouvrière n°2630)

SNCF : répression scandaleuse, radiation d’un cheminot


Non a la radiation des cadres de Jean-Michel Dieudonné !

 
 
Manifestation contre la répression à la Sncf Metz 8 novembre 2018

En Lorraine, il n’y a pas eu de radiation des cadres de la Sncf depuis... les années 1950 ! Cette sanction lourde n’est prévue qu’en cas de délit grave (crime, atteinte à la sûreté de l’Etat...) et signifie un licenciement sans indemnité et avec perte des droits à la retraite cheminote.
Jean Michel Dieudonné, cheminot sur Champigneulles, n’a pas tué, volé, injurié, frappé, détruit quoi que ce soit... mais il vient d’être radié des cadres de la Sncf qui veut faire un exemple et adopte une posture de revanche après le conflit de cette année.
Il se serait simplement emporté, se serait adressé "vivement" à des collègues (sans les injurier, sans "toucher" qui que ce soit et quoi que ce soit). Il est même à souligner que dans cette même affaire, ils étaient deux cheminots impliqués et que l'un n'a eu que quelques jours de mise à pied. Allez comprendre !
La Sncf doit annuler la sanction, il faut amplifier la protestation. Un comité de soutien s'est créé : Comité de soutien Jean-Michel Dieudonné / 6 rue du Clos du lac / 54 250 Champigneulles Mail  : soutienjeanmichel@laposte.net

Argenteuil : Sempérit, licenciements, nous n’oublions pas


Une pensée pour eux

 


A partir d’aujourd’hui, les anciens salariés de Sempérit-Argenteuil qui n’ont pas à ce jour retrouvés de travail sont officiellement considérés comme chômeurs. Ils doivent pour se faire s’être fait inscrire à Pôle emploi.
         Les groupes industriels décident de se localiser où ils veulent, et de se délocaliser de la même façon quand ça leur chante. Tant pis pour les conséquences humaines pour les travailleurs concernés qui en paient eux-seuls le prix. Tant pis pour les conséquences sociales qui sont payées par les territoires et la société.
         Les actionnaires ont décidé, tout comme de l’enveloppe financière pour faire face. Une vague structure de reclassement est mise en place. Les travailleurs partent avec une indemnité plus ou moins importante, et vogue la galère pour… les travailleurs.
         Combien de travailleurs sont à compter d’aujourd’hui « chômeurs » ? En tout cas, salut à eux, et salut à tous. En ce jour, nous voulions marquer que nous n’avons pas oublié la fermeture de Sempérit.

lundi 31 décembre 2018

« Gilets jaunes » : des condamnations inacceptables contre des manifestants


Une volonté de faire peur à ceux qui relèvent la tête

 


Après avoir été arrêtés lors d'une manifestation des Gilets jaunes le 8 décembre à Valence, quatre  personnes viennent d'être très lourdement condamnées par la justice : 18 mois de prison dont 12 fermes pour l'un, 9 mois dont 6 fermes pour une militante du PCF ; et 3 ans d’interdiction de manifester pour tous.  Ils sont accusés de violence contre des policiers, alors que selon tous les témoignages de manifestants, ils sont intervenus pour défendre des Gilets jaunes attaqués par des policiers sans brassards.
Les peines totalement exorbitantes révèlent une volonté de faire peur à ceux qui relèvent la tête, pour briser la contestation. Ce n'est pas cela qui va empêcher la colère de continuer à s'exprimer.

« Gilets jaunes », malgré les fêtes, un mouvement bien vivant. Un exemple parmi d’autres


Nouvelle manifestation à Besançon

 

Début de la manifestation

Avant-hier samedi 29 décembre, 900 personnes d'après L'Est républicain ont manifesté à l'appel des gilets jaunes. Le matin, une cinquantaine d'entre eux s'était rassemblé au rond-point de la zone commerciale de Chalezeule. 
Bien des manifestants mettaient en avant le referendum d'initiative citoyenne, ce qui donnait lieu à des discussions sur ce qu'on pouvait en attendre ou pas. Beaucoup de petites pancartes réclamaient la suppression totale de la CSG sur les retraites. Les difficultés du pouvoir d'achat restent dans toutes les têtes car le gouvernement n'a lâché que des miettes. 
Les organisateurs ont donné la parole à ceux qui le voulaient. Tout le monde a envie de continuer à se mobiliser car seules les luttes peuvent contraindre le gouvernement et les capitalistes à reculer. Un rendez-vous a été pris pour tous les samedis à 14 h place de la révolution à Besançon.

         (A propos du referendum d’initiative populaire, demain sur le blog un article de notre hebdomadaire)

SNCF, pompe à finances


Du « cash » aiguillé d’une façon ou d’une autre aux banquiers et autres grands groupes capitalistes

 


La branche « Mobilité » de la SNCF a annoncé un bénéfice net de 895 millions d’euros. Alors qu’au printemps dernier, direction, gouvernement et médias s’en sont donnés à cœur joie pour dire que la grève allait ruiner l’entreprise, on voit que les sacrifices imposés depuis des années aux cheminots génèrent « du cash ». 60% de cet argent va être versé sous forme de dividendes à SNCF Réseau, qui gère les infrastructures ferroviaires.
Mais ces dividendes ne serviront pas à rénover les voies, qui sont en bien mauvais état. Ils vont être déduits de la subvention que l’État verse à la SNCF. Conclusion : les travailleurs sont sacrifiés, la SNCF fait ainsi des économies qu’elle reverse à l’État qui, lui, les reverse aux banquiers et autres grands groupes capitalistes. La boucle est bouclée.

Les révolutionnaires et le mouvement des Gilets jaunes. Un article de notre revue Lutte de Classe n°196 – décembre- janvier2019 (troisième et dernière partie)



 
Notre politique vis-à-vis des Gilets jaunes

Notre conviction de marxistes est qu’il ne peut pas y avoir d’issue positive pour le monde du travail si la classe ouvrière n’intervient pas sur la base de ses intérêts de classe et surtout sur la base de ses perspectives de classe. Le prolétariat organisé dans les grandes entreprises est le seul à même de porter le combat contre la bourgeoisie et l’ordre capitaliste, à porter les perspectives révolutionnaires pour toute la société. Le paradoxe, c’est que les travailleurs qui peuvent le plus se battre sont, en ce moment, ceux qui le veulent le moins. Mais les choses ne sont pas figées. Quand cela commence à bouger, bien des perspectives s’ouvrent non seulement pour ceux qui sont dans l’action mais aussi pour ceux qui regardent. Alors il nous faut tout à la fois nous adresser aux travailleurs des entreprises où nous militons et à ceux qui participent au mouvement des gilets jaunes.
Les gilets jaunes constituent un mouvement disparate par sa composition sociale, qui réunit le monde du travail de la France rurale ou périurbaine, comme on dit, c’est-à-dire des salariés, des retraités, des chômeurs et beaucoup d’artisans, d’autoentrepreneurs, d’indépendants, parfois des agriculteurs, sans compter cette catégorie qui a fait masse dans de nombreuses villes, les motards, qu’il est bien difficile de classer. Cette composition fluctue selon les régions, selon les villes et même selon les différents points de blocage près d’une même ville.
Quant au prolétariat présent, c’est un prolétariat de petites entreprises, dispersé, bien souvent non syndiqué, et très lié au monde artisan et commerçant: les uns et les autres appartiennent aux mêmes familles, se côtoient en permanence dans les associations diverses et variées et partagent souvent le même niveau de vie. Des coiffeuses, des fleuristes, des artisans du bâtiment, ne vivent parfois pas mieux que les salariés au smic; et bien des autoentrepreneurs vivent encore plus difficilement.
Alors tous combattent ensemble. Mais nous, c’est à la partie prolétarienne de ce mouvement que nous voulons d’abord nous adresser et proposer une politique, pas au mouvement dans son ensemble. Car il serait vain et erroné de vouloir repeindre les gilets jaunes en… gilets rouges.
Nous militons pour que les travailleurs en gilets jaunes aient conscience de leurs intérêts de classe, pour qu’ils se rendent compte qu’ils ont leurs revendications propres, que leur salaire est leur seule richesse et qu’il faut se battre pour lui. Nous militons pour qu’ils soient conscients du fait que, s’ils se cantonnent à la fiscalité, ils risquent de donner un coup d’épée dans l’eau. La plupart des gilets jaunes qui sont des travailleurs salariés ne se voient pas du tout se battre contre leur patron. Nombre d’entre eux estiment que leurs intérêts vont de pair et que le combat est à mener, non pas contre le grand capital, mais contre Macron et l’État. De fait, ils sont très éloignés des idées de lutte de classe, voire les rejettent.
Si l’augmentation du smic est une revendication qui est un peu reprise par les gilets jaunes, c’est aussi parce que, dans l’esprit du plus grand nombre, elle s’adresse au gouvernement et à Macron bien plus qu’aux patrons. Et comme l’a déclaré le dirigeant du Medef, il n’est pas contre une augmentation du smic, à condition que ce soit l’État qui la paye! Et c’est un peu ça qu’il y a dans pas mal de têtes.
Autrement dit, nous n’appelons pas, comme le NPA, à «fédérer les colères», nous visons à les séparer. Nous visons à séparer les dynamiques de classe représentées d’un côté par les travailleurs exploités, et de l’autre par les petits patrons. Nous cherchons aussi à opposer notre politique à celle que le RN peut proposer, et qui consiste surtout à ne jamais parler des responsabilités des capitalistes, ni à dire qu’il faut prendre sur les profits pour augmenter les salaires et embaucher. Voilà pourquoi nous ne sommes pas des gilets jaunes. Mais nous en sommes solidaires. Nous souhaitons que leur mouvement fasse vraiment reculer Macron et que cela soit ressenti comme une victoire pour tous les travailleurs.
S’adresser sur le terrain de la lutte de classe aux gilets jaunes qui sont des travailleurs n’est pas facile. Il faut trouver les mots, faire réfléchir, prendre le temps de s’expliquer. Les camarades qui le font depuis un mois en font l’expérience. Mais ce qui est aussi notable, c’est qu’ils ne sont pas rejetés. Nous discutons d’ailleurs aussi avec des artisans et des petits commerçants, y compris pour leur démontrer qu’augmenter les salaires n’est pas contraire à leurs intérêts, ce que certains sont tout à fait capables d’entendre. Malgré les difficultés et toutes les limites qu’il y a, nous tentons de faire dans ce mouvement ce que nous faisons en permanence: élever la conscience de classe des travailleurs.
Ce n’est évidemment pas nous qui pouvons orienter politiquement ce mouvement. Et, encore une fois, ce n’est pas du tout notre but. Notre but est de nous adresser politiquement au monde du travail de ces villes moyennes et d’essayer de faire progresser leur conscience politique.
Des dizaines de milliers de personnes, appartenant en majorité aux classes populaires, bougent parfois pour la première fois de leur vie. Elles découvrent la solidarité de ceux qui luttent ensemble. Certains en sont complètement bouleversés. Ils apprennent à s’organiser, ils s’expriment, discutent, s’engueulent, que ce soit sur les revendications ou sur la façon d’agir. Ils découvrent les violences policières et la répression. Tout en expliquant que leur mouvement est apolitique, ils n’ont jamais fait autant de politique de leur vie. Ils font leur apprentissage. À commencer par le fait qu’on peut se lancer dans le combat, y compris sans les organisations syndicales, et que les travailleurs n’ont pas besoin d’avocats pour porter leurs revendications.

Militer vis-à-vis des travailleurs dans les entreprises

Ce mouvement peut évoluer et rebondir, tant par son nombre que par son caractère social. La contestation, surtout si elle paraît victorieuse, est contagieuse. Cette semaine, outre les lycéens, les ambulanciers et les entrepreneurs du bâtiment sont montés au créneau. Et vu la crise économique et ses conséquences sur toute la société, il se peut que nombre de catégories sociales non prolétariennes prennent le mors aux dents et se battent avec bien plus de détermination que les travailleurs contre la politique gouvernementale. Si c’est le cas, la classe ouvrière le paiera socialement et politiquement.
Toute notre politique consiste à faire en sorte que le centre de gravité de la combativité se déplace et que le prolétariat en devienne le centre. Mais dans l’état actuel des choses où le gros du prolétariat ne se sent pas vraiment impliqué, nous n’avons ni la taille ni le crédit pour influer dans ce sens. Mais notre priorité reste le prolétariat concentré dans les grandes entreprises. Ces ouvriers sont attirés par les gilets jaunes, à l’exception peut-être des travailleurs immigrés, qui ont le sentiment de ne pas avoir leur place dans un mouvement majoritairement blanc, et dont ils craignent qu’il soit en partie raciste.
On connaît dans bien des entreprises des ouvriers qui, après le boulot, foncent sur tel ou tel barrage, ne serait-ce que pour y passer un peu de temps. Autant ils se posent le problème de participer aux gilets jaunes, autant mener la bagarre dans leur entreprise, contre leur patron, leur semble encore impossible. Nous ne savons pas si le mouvement des gilets jaunes peut, comme la révolte étudiante de 1968, déboucher sur une grève générale, mais il faut en défendre la nécessité auprès des travailleurs, qui prennent justement 1968 comme référence.
Il ne s’agit pas de multiplier les appels à tel ou tel débrayage ou telle ou telle manifestation. Lorsque les travailleurs voudront réellement se mettre en grève, ils sauront le dire et le faire. Il faut surtout être là et discuter, faire de la politique, parler en communiste révolutionnaire. Même si nos camarades de travail ne veulent pas se battre, les discussions que nous avons aujourd’hui avec eux comptent double. Beaucoup se posent un tas de questions: que penser de ce mouvement? Quel rôle peut jouer la violence? Où peut-il aller? Et si Macron démissionnait, qu’est-ce que cela changerait?
Nous sommes dans une période propice à une politisation du monde ouvrier, plus propice que n’importe quelle campagne électorale. Parce qu’un tas de gens se posent le problème d’agir ou connaissent dans leur famille ou dans leur voisinage des gens qui se mobilisent. Alors il faut en profiter, faire de la politique, prendre le temps des discussions, proposer des réunions politiques, même s’ils sont peu nombreux.
Dans les entreprises, le mouvement des gilets jaunes permet d’avoir des discussions avec un milieu qui n’est pas politisé d’ordinaire. Dans beaucoup de sites, cette période se télescope avec les élections aux CSE. Il y a un tas de choses à faire sur le terrain syndical et nous ne pouvons y échapper. Mais nous devons faire de la politique.

La politique des organisations syndicales

Depuis que le mouvement a commencé, les discussions sont vives dans les syndicats, parce que les directions comme les militants de base se déchirent sur la question. Toutes les confédérations ont utilisé le fait que certaines initiatives émanaient de Debout la France et qu’elles étaient soutenues par le RN pour fustiger le mouvement, pour s’en démarquer et le discréditer. Le secrétaire de la CGT, Martinez, a déclaré: «Il est impossible d’imaginer la CGT défiler à côté du Front national.» La CFDT et Sud ont eu à peu près la même politique. Cela revenait à coller une étiquette sur des dizaines de milliers de femmes et d’hommes, alors même qu’ils la refusaient eux-mêmes et qu’ils exprimaient des revendications légitimes.
En réalité, les directions syndicales étaient hostiles dès le départ car ce n’était pas leur initiative, et parce que de façon générale elles sont méfiantes et méprisantes vis-à-vis des masses. Cela rappelle l’attitude de la CGT vis-à-vis du mouvement étudiant en Mai 68. Dans le texte sur la situation intérieure, il y a tout un développement sur les freins et les poids morts que représentent aujourd’hui les organisations syndicales. Ce qui se passe là en est une dramatique illustration.
Depuis, elles auraient eu largement le temps de rebondir sur la situation pour lancer une campagne sur les salaires dans toutes les entreprises, pour s’activer, faire connaître ce qui se passe ici ou là sur les salaires… Eh bien, non, elles n’ont rien fait du tout.
Que l’on soit bien d’accord. Il ne s’agit absolument pas pour nous de demander aux confédérations syndicales de prendre la tête de ce mouvement. Nous sommes pour que les grévistes s’organisent eux-mêmes et dirigent eux-mêmes leurs grèves. Et ce n’est pas contradictoire avec le fait que nos camarades d’entreprise, militants ou responsables syndicaux, se bagarrent contre l’attitude timorée des confédérations, en discutent et prennent des initiatives en tant que militants de la lutte de classe.
Dans l’apprentissage politique des gilets jaunes, des réflexes sains s’expriment, ne serait-ce par exemple que dans les réticences à désigner des porte-parole et à leur faire confiance. La demande d’un des porte-parole que la rencontre avec le Premier ministre soit filmée est peut-être aussi significative de cet état d’esprit. Derrière cela, il y a sans doute des combats partisans. Mais il y a aussi la volonté de gilets jaunes de contrôler, d’imposer la transparence pour que les choses ne se fassent pas dans leur dos. Et si le gouvernement appelle cela de l’anarchie ou de la désorganisation, ce n’est pas notre cas. Il faut dire qu’à la différence des responsables syndicaux, qui accourent dès le premier coup de sifflet de Matignon, les porte-parole des gilets jaunes ne se précipitent pas pour s’asseoir autour de la table de négociation. Ils ont même posé un lapin au Premier ministre.
* * *
Tout, dans la société, pousse les travailleurs à penser qu’ils doivent en passer par des avocats ou des négociateurs professionnels. L’intérêt de la classe ouvrière est à l’opposé. Si de nombreux travailleurs font l’expérience qu’ils peuvent s’organiser à la base et exercer une pression collective pour imposer leurs intérêts, s’ils font l’expérience qu’ils sont tout à fait capables de s’exprimer eux-mêmes, d’argumenter et de se battre, y compris sur les plateaux de télévision, contre des politiciens chevronnés, c’est déjà bien.
Et les gilets jaunes ont compris une chose, que les dirigeants syndicaux ont voulu faire oublier, c’est que l’essentiel est dans le rapport de force. Tout cela illustre ce que nous répétons souvent: les travailleurs ont des ressources extraordinaires, quand ils se mettent en branle, ils apprennent vite. Si le mouvement ouvrier organisé pouvait s’inspirer de tout cela, ce serait déjà bien!

Quai Branly et Argenteuil : mode d’emploi ?


Des informations pour l’instant quelque peu « nomades »

 


La municipalité se targue du partenariat entre le musée du Quai Branly des Arts premiers et la ville d’Argenteuil dans le cadre du projet « Nomade » du musée. Elle l’a mis en valeur pour les heureux élus de la cérémonie des vœux du maire. Elle s’est dotée d’un logo qui a fait causer dans les chaumières. Ce dernier est présent toujours dans les vœux de la municipalité sur le site de la Ville.
         Soit.
         Mais il est tout de même dommage que le commun des habitants ne sache pas comment chacun peut s’inscrire dans ce projet incontestablement intéressant. Ce qui est présenté sur le site de la Ville laisse les choses à ce niveau nettement dans le vague : « … En co-construction, avec les habitants, nous allons explorer les richesses du musée. Pas toutes bien sûr, mais suffisamment pour que des maisons de quartier, centres sociaux, associations, structures municipales, établissements scolaires, groupes de femmes, d’enfants, de seniors, clubs de sport... aient accès aux collections du Quai-Branly, qu’elles viennent à eux et/ou que les Argenteuillais viennent les voir sur site. Et que cela suscite aussi créations locales, restitutions, évènements, apprentissages de toute nature, ponctuels ou réguliers. »
         Qui peut participer ? Comment s’inscrire ? S’il faut passer par leur intermédiaire, quelles sont les associations locales qui ont pris langue avec le musée pour s’inscrire dans le partenariat ? La possibilité de visites gratuites et de la gratuité du transport par car ont été évoquées. Qu’en est-il dans la réalité ?
         Ce serait tellement dommage que les habitants intéressés passent à côté des possibilités culturelles gratuites offertes par ce partenariat.
         Le magazine de la Ville et son site internet devraient offrir toutes les informations nécessaires pour répondre aux interrogations des habitants intéressés, et ils sont nombreux.