Nous ne sommes pas de la chair à produire
Lundi matin 16 mars, dans les
ateliers de l’usine Renault Sovab de Batilly qui produit des fourgons Master,
il n’était pas question d’arrêter la production pour lutter contre la
propagation du coronavirus.
La veille, dimanche, la direction
avait appelé des volontaires de l’équipe de nuit pour venir travailler une
partie de la matinée et des nouveaux intérimaires ont débarqués pour remplacer
les ouvriers restés chez eux pour garder leurs enfants.
Par une réunion de 5 minutes dans
chaque secteur, les chefs expliquaient que tout était sous contrôle, qu’il suffisait
de se laver les mains et que chaque salarié qui se sentait mal devait se
signaler.
La plupart d’entre nous étaient
estomaqués de la légèreté avec laquelle la direction répondait aux inquiétudes
de centaine de travailleurs. Nous nous côtoyons de près sur les chaînes, dans
les vestiaires et au self. Nous nous échangeons les outils, les visseuses, les
claviers, les téléphones…
En fait, en guise de mesures de
protection, il n’y avait rien de mis en place, à part la recommandation de ne
pas se serrer la main. Et en ce qui concerne le nettoyage de l’usine, les
prestations ont largement diminué ces dernières années ce qui est pire en
période d’épidémie.
Ce n’est que l’après-midi à 15 h
que la direction a soudainement annoncé la fermeture du site jusqu’au moins la
fin de la semaine.
Mais deux jours après, Pénicaud,
la ministre du travail, exhortait les entreprises à reprendre le travail, la
Sovab annonce déjà une reprise dans un premier temps partielle, en se moquant
complétement du délai de confinement nécessaire pour enrayer la propagation du
virus.
Elle projette de faire travailler
50 salariés pour sortir le millier de Masters en attente de retouche, en disant
que « l’État n’a jamais interdit l’activité industrielle. Sovab n’est pas
hors la loi, et nous sommes en lien avec la préfecture ».
Les retoucheurs et ceux qui
valident les véhicules qui sortent des chaînes sont fortement sollicités pour
travailler les jours fériés, pendant les périodes de vacances, pour faire des
heures supplémentaires les samedis et les dimanches soir. C’est à cause du
manque de personnel chronique sur les lignes de montage et de l’interdiction
formelle d’arrêter la chaîne que le parc des retouches est un tonneau des
danaïdes ! Cette fois, la direction dépasse les bornes en mettant en cause
leur santé.
Les 6 syndicats de l’usine sont
unanimement contre la reprise. Ils estiment que les conditions de travail ne
permettent pas de protéger les salariés, mais la direction n’en a cure.
Elle veut passer en force, contre
l’avis des salariés de plus en plus inquiets par la contamination qui prend
chaque jour de l’ampleur. Cela se mesure par le nombre impressionnant de
messages de soutien que s’échangent les travailleurs de l’usine. C’est un début
de résistance. Pour garantir notre santé, on ne pourra compter que sur
nous-mêmes.

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