mercredi 20 mars 2019

Argenteuil. Enquête publique environnementale « Cap Héloïse ». Ma contribution


Supprimera-t-on ou pas ce site remarquable ? Telle est la question fondamentale.

La liste est longue des aspects négatifs du projet « Cap Héloïse » sur tous les plans de l’environnement, c’est-à-dire de la vie sociale. Commerce, vie quotidienne de quartier, culture, circulation, protection civile, et bien d’autres domaines sont concernés en soi par cette implantation dans un lieu particulier tellement connoté. Mais ce projet présente un enjeu bien plus fondamental sur un point que je voudrais aborder dans cette présente contribution à l’enquête publique qui a lui actuellement. L’enjeu de la fin ou pas de toute une histoire spatiale, le début de l’éradication d’un site, et d’un site tout à fait original, rarissime dans la géographie urbaine de la région parisienne, celui d’une ville séparée du fleuve par une large bande d’espace non urbanisé, une sorte d’avant-scène.

         Le bourg d’Argenteuil s’est établi historiquement au bord du fleuve à la limite d’une grande cuvette cultivée, en bas de collines, qui délimita son terroir. Face directement à sa rive urbanisée de rive droite de la Seine, il y eut longtemps une île (il faudrait réfléchir aux avantages que cette localisation procura). Ce n’est pas banal.
         Le bras de Seine séparant la rive de l’île fut comblé dans la première partie du XIXème siècle. Cela offrit comme une avancée verte à ce bourg de bord de fleuve, qui ne fut pas lotie. Autre originalité.
         Fondamentalement, cet espace est resté le même deux siècles plus tard, de la sous-préfecture au « pont de l’usine à eau ». Certes, quelques installations de faible emprise verticale furent successivement établies : D311 et carrefours afférents entre berge et ville, installations sportives du stade Henri Barbusse à la salle Mimoun et au terrain de football, salle des fêtes Jean Vilar et son parking, marché couvert, Parc des berges. Mais fondamentalement, et même avec la D311, ces aménagements n’ont pas détruit jusqu’à ce jour le site. La commune d’Argenteuil conserve toujours son avancée « naturée » qui nécessiterait bien des transformations, mais qui demeure encore.
         Et c’est ce site géographique remarquable dont le projet « cap Héloïse », s’il aboutissait, engagerait la destruction. On peut améliorer demain l’impact de toutes les installations actuelles. On pourrait facilement transformer la quatre-voies en une deux voies de circulation douce, ce qui permettrait de retrouver des berges et de les relier à l’hinterland. Mais on ne pourra effacer la masse prévue par « Cap Héloïse » qui pourra n’être plus alors que la première étape de la fin du massacre. Il n’y a que le premier pas qui coûte.
         Dans cette question où se joue la suppression de l’« avant-scène » communale de « L’île vers les berges du fleuve », il y a donc un enjeu environnement fondamental : veut-on mettre fin à une organisation spatiale historique qui présente de si nombreuses ressources, ou passer à une deuxième phase de « bétonisation » malheureuse du centre-ville, après celle des années 1960 qui eut bien d’autres justifications ?    Telle est la question qui, par ailleurs, de cette façon ou d’une autre, n’a jamais été posée à la population que l’on a mise, bien au contraire, devant le fait accompli.

Ce n’est pas un hasard si ce site d’« avant-Seine » a été peint par de grands maîtres de l’Impressionnisme. Monet et Sisley ne furent pas seulement attirés par la proximité d’un site entre berge et bourg qu’ils pouvaient également retrouver à Bougival ou Louveciennes. Ils n’avaient pas seulement la proximité de Paris. Mais ils avaient un site tout à fait original, marquée par la Ville et la nature, en l’occurrence par le bourg et une avant-scène, L’île, entre bourg et fleuve.
Et le boulevard Héloïse d’aujourd’hui, comme élément de liaison entre ce site et le bourg.
                                               Dominique MARIETTE


Claude Monet

Sisley



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