Iran : Trump et Khamenei, ennemis et complices
Après avoir promis aux Iraniens
une aide s’ils manifestaient, puis détourné le regard pendant que les pasdarans
massacraient les manifestants, Trump a déployé une armada pour obliger le
régime à négocier un accord sur le nucléaire.
Publié le 04/02/2026
Après un concours de propos
belliqueux, Trump menaçant de bombarder l’Iran, l’ayatollah Khamenei promettant
de riposter par une guerre régionale, le président iranien Pezechkian a
autorisé l’ouverture de négociations, qui pourraient démarrer en Turquie. Le
cynisme de Trump, représentant en chef des puissances impérialistes, est sans
limite.
Ce qui le gêne n’est pas le fait
que les dirigeants de la république islamique ont provoqué un bain de sang pour
mater une révolte populaire qui menaçait leur pouvoir, et continuent de traquer
tous ceux, en particulier les médecins, qui ont aidé les blessés à échapper à
leurs bourreaux. Ce n’est pas non plus que ce régime est une féroce dictature,
anti-ouvrière et réactionnaire, qui permet aux familles bourgeoises iraniennes
de s’enrichir en vendant les ressources pétrolières du pays, en plaçant leur
fortune à l’étranger, en exploitant les travailleurs et en laissant les classes
populaires dans le dénuement.
Ce que Trump reproche à ce
régime, c’est de vendre son pétrole à la Chine et d’entretenir des relations
avec la Russie malgré l’embargo décrété par les États-Unis. C’est d’armer le
Hezbollah libanais ou les Houthis du Yémen, de développer un arsenal militaire
et de vouloir se doter de l’arme nucléaire en refusant de se soumettre aux
États-Unis. Au Moyen-Orient comme en Amérique latine, en Iran comme au
Venezuela, les dirigeants américains veulent des régimes à genoux devant leurs
exigences.
Il faut rappeler que c’est Trump
lui-même, lors de son premier mandat, qui a déchiré l’accord signé en 2015
entre l’Iran, les États-Unis et l’Union européenne, qui imposait un contrôle
international sur les installations nucléaires en échange d’une levée de
l’embargo. Trump avait estimé que cet accord n’était pas assez contraignant. Et
les dirigeants européens lui ont emboîté le pas, réactivant eux-aussi les
sanctions économiques qui étranglent la population.
Aujourd’hui le régime est
affaibli : il l’est à l’extérieur, suite aux coups portés au Hezbollah et au
Hamas par l’armée israélienne, à la chute de Bachar al-Assad en Syrie, aux
bombardements israélo-américains, sur Téhéran et les sites nucléaires en juin ;
il l’est aussi à l’intérieur, avec la grave crise économique qui a été le déclencheur
de la dernière révolte et la haine profonde que suscitent des dirigeants qui
dégoulinent du sang de leur propre population. Si Trump accentue la pression,
ce n’est pas pour venir au secours de celle-ci, mais pour obtenir la soumission
des dirigeants iraniens. Cette pression ira-t-elle jusqu’à provoquer une crise
du régime, voire son effondrement ? Quelle que soit la réponse, pour le peuple
iranien, toute intervention militaire américaine ajoutera des morts aux morts
et toute « solution » apportée par l’impérialisme ne pourrait aboutir qu’à
remplacer une dictature par une autre.
Xavier Lachau (Lutte ouvrière
n°3001)