Plan
grand froid : une société qui tue
Le plan grand froid a été activé
à Paris et en Île-de-France, plusieurs jours après son déclenchement dans une
trentaine de départements.
Publié le 31/12/2025
Jusqu’au dimanche 28 décembre, la préfecture
d’Île-de-France refusait de lancer le plan, malgré les interpellations
d’associations et d’élus parisiens. L’urgence de mettre à l’abri des hommes,
femmes et enfants qui vivent à la rue était pourtant criante. Mais le préfet
justifiait sa décision en expliquant que l’Île-de-France n’avait pas encore été
placée en vigilance jaune grand froid par Météo France. En effet, pour que le
dispositif soit déclenché, il faut que les températures ressenties atteignent
-5 degrés la nuit et qu’elles soient négatives le jour pendant trois jours
consécutifs.
Finalement déclenché, le plan
grand froid permet une extension des horaires d’ouverture des accueils de jour,
un renforcement des maraudes et la réquisition de lieux pouvant offrir des
places d’hébergement. Mais ce dispositif d’urgence, s’il peut aider une
centaine de personnes, ne répondra pas aux besoins des 4 300 qui vivent dans
les rues de Paris et dans les trente villes autour, ni des 4 000 vivant dans
des bidonvilles, selon les estimations de la Fondation pour le logement des
défavorisés. De plus, ce plan grand froid est provisoire : quelques degrés en
plus suffiront à le stopper après une dizaine de jours.
Si le froid augmente le danger de
vivre à la rue, en réalité, c’est toute l’année que la précarité tue. Le
collectif Les Morts de la rue recense 735 personnes sans domicile fixe
décédées en 2023, 912 en 2024. Ces décès surviennent à 47,7 ans en
moyenne, soit un écart d’espérance de vie de 32 ans avec la population
générale.
En même temps, à Paris, 137
000 logements sont vacants, selon le recensement de l’Insee de 2022. Ce
sont la pauvreté et, surtout, le sacro-saint droit des propriétaires, les
loyers chers, qui empêchent d’accéder à ces logements et de pouvoir les
chauffer. Alors, si le froid est un danger, c’est parce que dans cette société,
le logement est une marchandise qui ne se vend et ne s’achète que quand on en a
les moyens.
Joséphine
Sina (Lutte ouvrière n°2996)