lundi 15 décembre 2025

Sarkozy : un détenu réinséré par Bolloré

Sarkozy : un détenu réinséré par Bolloré

Les écrits de Sarkozy sur sa courte détention, parus le 10 décembre, ont fait l’objet d’une vaste campagne de presse les jours précédents.

Publié le 10/12/2025

 

On passera sur les ridicules considérations d’un prisonnier de luxe à propos de la dureté des conditions de détention. Des dizaines de milliers d’autres, détenus et surveillants, les subissent réellement chaque jour et Sarkozy a lui-même contribué à les dégrader. On passera encore plus vite sur l’illumination religieuse qui aurait poussé le martyr à s’agenouiller et à prier « pour avoir la force de porter la croix de cette injustice ». Manquent l’éponge de vinaigre, la couronne d’épines et les clous, mais on attend la prochaine condamnation suivie d’une nouvelle incarcération et, qui sait, d’un nouvel opus.

L’illumination politique, en revanche, a été prise au sérieux par les commentateurs. Sarkozy, touché par les manifestations de sympathie de Le Pen et de ses séides, refusera dorénavant les alliances électorales dites de front républicain, destinées à faire barrage aux candidats du Rassemblement national. Cette déclaration, mise en exergue par l’extrême droite et ses médias, pudiquement commentée par ses amis de LR, a suscité les hauts cris des porte-parole et des éditorialistes de gauche.

Cette indignation est quelque peu surjouée. D’abord les autres ténors de droite, comme Retailleau et Wauquiez, ont déjà fait plusieurs pas dans cette direction, pour ne pas parler de Ciotti qui avait, lui, carrément devancé l’appel en rejoignant Le Pen. Ensuite le prétendu cordon sanitaire entre la droite et l’extrême droite n’a jamais été très solide sur le plan électoral et n’a jamais vraiment existé politiquement ni, surtout, socialement. C’est l’histoire d’une querelle de famille dans laquelle les transfuges, dans un sens ou dans l’autre, sont nombreux et les pardons fréquents. Enfin, la perspective de l’union des droites, aujourd’hui plus que tangible, illustre combien l’appel cent fois répété de la gauche à soutenir la droite contre le danger d’extrême droite, autrement dit Chirac, Sarkozy ou Retailleau contre Le Pen, repose sur un mensonge.

Pour Sarkozy l’illumination, en plus d’être logique, est rentable. L’ex-président est un ami de longue date du milliardaire d’extrême droite Bolloré, qui lui prêta son yacht en 2007 pour fêter sa victoire électorale. Il est aussi en affaires avec lui comme membre du conseil d’administration du groupe Lagardère, propriété de Bolloré. Son livre, édité par Fayard, également du groupe Bolloré, a été recensé et même encensé avant publication par tous les organes de la pieuvre, CNews, le Journal du Dimanche, Europe 1 etc. Sarkozy épouse donc désormais les idées du patron, c’est-à-dire l’union de la droite et de l’extrême droite pour assurer un État fort, un gouvernement ferme régnant sur des travailleurs qu’ils souhaitent soumis, et en tous cas pressurés et divisés de toutes les façons possibles, et des profits rebondis.

Et, qui sait si, faute d’une Marine Le Pen empêchée judiciairement et devant un Bardella encore un peu léger aux yeux du grand patronat, Sarkozy ne rêve pas d’assurer lui-même, à nouveau, le premier rôle ?

                                                  Paul Galois (Lutte ouvrière n°2993)

 

Serviteur, maîtres, dans les effluves d'eau bénite. Argenteuil, mai 2025

« Anciens », « Aînés », et serviteurs de la bourgeoisie : Édouard Philippe toujours sur les rangs, et sans complexe

Un blagueur

 

Même la tour de la mairie se tord de rire

Mercredi 19 novembre, à l’occasion de la cérémonie de remise des prix des « Villes Amies des Ainés », la ville du Havre a décroché le « niveau platine », la plus haute distinction du label. 

         Edouard Philippe, spécialiste du « bien vieillir » ?…

         … Sans doute en se crevant au boulot jusqu’à 67 ans comme il le clame et réclame ?

 

Argenteuil, une Canopée à 20 millions, encore heureux que cela se discute

 

Quelques réflexions sur la « Canopée » d’une lectrice avisée

 

Pas laid, mais rien de plus prioritaire ?
 

« Le pavage est un choix très discutable dans ce secteur. Il y a de nombreux dénivelés car même avec " la meilleure entreprise de France ",il y a le terrain qui est loin d'être plat et stable. Et le passage des camions va rapidement fragiliser le pavage qui n'est pas adapté pour le supporter. Quant aux racines des arbres - s'ils ne meurent pas avant - on verra si elles sont arrêtées par les cercles en fer (de très mauvais goût) ou si elles passent en- dessous ! La nature est rebelle et suit son cours.

Les places de parking sont petites et certains bancs mal agencés touchent aux cercles des arbres.

Les passages piétons / vélos sont très mal définis et source d'accidents.

La petite place entre le boulanger et l'opticien est très mal aménagée, le résultat est décevant.

Ce n'est pas une canopée mais un alignement d'arbres de qualité médiocre mal choisis car ils ne cohabiteront pas bien avec les platanes déjà existants.

Quand je me promène dans Argenteuil je vois des aménagements paysagers mieux réussis et mis en valeur par l'entretien régulier du personnel, avenue du Général Leclerc ou le long du parc des cerisiers par exemple...

Alors pourquoi avoir fait cet aménagement si coûteux, sans véritable réflexion à long terme et à cet endroit ? La réponse au printemps ?

« Il fallait dégager la vue et voir la mairie depuis le pont d'Argenteuil » parait-il ! A part déplacer le pont ou remettre la mairie à son ancien emplacement, je ne vois toujours pas. » Martine

 

Merci à la correspondante. En tout cas, une contribution sur un sujet à discuter. DM

dimanche 14 décembre 2025

Gaza : Israël utilise les gangs

 Gaza : Israël utilise les gangs

D’un côté de la « ligne jaune » qui coupe Gaza en deux, quelque deux millions de Gazaouis tentent de survivre. De l’autre, l’armée israélienne rase les bâtiments encore debout, protège et arme des gangs criminels palestiniens.

Publié le 10/12/2025

 

Yasser Abou Shebab, assassiné le 4 décembre au cours d’un règlement de comptes, était le chef de gang le plus haï de Gaza. Enrichi par la contrebande dans les tunnels sous la frontière de Rafah et par le trafic de drogue dans les années précédant le 7 octobre 2023, condamné et emprisonné par le Hamas, Abou Shebab s’était placé depuis deux ans sous la protection de l’armée israélienne.

Équipé des armes neuves que celle-ci lui a fournies, son gang attaquait les convois humanitaires des ONG, déjà visés par les tirs israéliens. Abou Shebab revendait ensuite sur le marché noir, à prix d’or, les marchandises vitales. Après les attaques contre les convois humanitaires, Israël a chassé les ONG avant de les remplacer, entre mai et octobre 2025, par la Fondation humanitaire de Gaza. L’incompétence patente et la brutalité de cette organisation américano-israélienne, créée pour l’occasion, ont provoqué la mort d’au moins 1 400 Palestiniens au moment des distributions.

Depuis le début de la paix de Trump, le 10 octobre, plusieurs bandes du même type se sont installées dans la « zone jaune », sous occupation israélienne, où elles peuvent contrôler les rares routes d’accès à l’autre moitié de Gaza. Ainsi, le gang de Hussam al-Astal, condamné à mort par le Hamas pour avoir assassiné un de ses agents, libéré par l’offensive israélienne de 2023, quadrille les ruines de Khan Younès. Celui de Rami Hillis, un mafieux autrefois proche du Fatah, sévit vers Gaza-ville.

La « zone jaune » – 54 % de la bande de Gaza – est aujourd’hui un no man’s land où l’armée israélienne détruit méthodiquement tout ce qui demeure debout pour empêcher le retour des Gazaouis. Dans les pourparlers sur l’avenir de Gaza, certains dirigeants israéliens et américains, dont le gendre de Trump, Jared Kushner, envisagent de construire dans cette zone ce qu’ils appellent des « communautés sécurisées alternatives », c’est-à-dire des villages palestiniens hors de contrôle du Hamas. Selon un informateur américain du journal Le Monde, les chefs de gang protégés par Israël proposeraient de former « un conseil militaire commun » et un « gouvernement civil de transition » pour administrer cette zone jaune.

Si délirante que soit cette hypothèse, qui aboutirait à confier la gestion de cette portion de Gaza à des trafiquants de drogue et des gangsters, elle n’est pas invraisemblable tant elle est conforme aux méthodes des dirigeants impérialistes. Pendant des décennies, les dirigeants israéliens ont ainsi favorisé l’émergence du Hamas pour affaiblir le Fatah et l’OLP de Yasser Arafat. Quant à Trump, il vient de gracier l’ancien président du Honduras, condamné à 45 ans de prison aux États-Unis pour trafic de drogue à l’échelle internationale. De Washington à Jérusalem, les brigands et les mafieux sont au pouvoir.

                                                     Xavier Lachau (Lutte ouvrière n°2993)

Mayotte : recensement et mépris de la population

 Mayotte : recensement et mépris de la population

L’Insee a lancé à Mayotte une opération de recensement exhaustif d’une ampleur inédite. Du 27 novembre au 10 janvier, 700 agents doivent frapper à toutes les portes pour collecter les informations sur tous les habitants de l’île.

Publié le 10/12/2025

 

En janvier 2025, Manuel Valls et François Bayrou, ministre des Outre-Mer et Premier ministre du moment, ont mis en doute le décompte officiel, qui estimait la population de l’archipel à 320 000 habitants. Après le passage du cyclone Chido, qui l’a ravagé en décembre 2024, incapables de mettre des moyens suffisants face aux destructions, ils ont alimenté les discours fétides accusant les immigrés comoriens et africains de « submerger Mayotte ».

Un an plus tard, alors que les budgets se font toujours attendre pour des travaux urgents, le gouvernement a su débloquer 4 millions d’euros pour ce recensement, qui doit établir non seulement le nombre d’habitants mais aussi la proportion d’étrangers et le nombre de sans- papiers. Il promet ainsi de « clore le débat sur la taille de la population ». À l’inverse, ce recensement permettra d’alimenter la surenchère anti-immigrés. Avant même leur publication, les chiffres sont contestés par des élus locaux et les collectifs citoyens qui accusent l’État de minorer la réalité de l’immigration.

L’Insee tente d’obtenir l’adhésion des habitants avec le slogan : « Vos réponses aujourd’hui pour construire Mayotte demain. » Les agents recenseurs expliquent que l’on doit répondre « pour donner une école et un hôpital aux enfants » ! Mais les plus pauvres savent que ce sont là des mots en l’air. Comme l’a dit une habitante d’un bidonville : « Ils parlent de faire des aires de jeux pour les enfants, nous, on n’a même pas de route. » Ces habitants, qui ont dû reconstruire eux-mêmes leurs abris de fortune après Chido, qui voient que les travaux de l’école de leurs enfants n’avancent pas et que des baraques de chantier font office de salles d’attente à l’hôpital, n’attendent rien de l’État.

Ce n’est certes pas le recensement qui permettra de répondre aux besoins essentiels de la population. Si les dotations de l’État aux communes sont en théorie proportionnelles au nombre d’habitants recensés, un chiffre actualisé ne suffira pas à rattraper des décennies d’absence d’investissement. Dans certaines villes, il manque plus de mille places en école maternelle ! Pour les créer, il faudrait des bâtiments supplémentaires, des embauches massives d’enseignants, de personnel de ménage… Il en est de même pour les transports publics, quasi inexistants, pour le nombre de lits à la maternité, le développement du réseau d’eau.

Alors que l’État fait des coupes massives dans les dépenses publiques, les moyens ne seront pas à la hauteur des besoins d’une population qui grandit. La petite ressource supplémentaire, si elle arrive, ira sans doute alimenter la corruption et le clientélisme. Ces maux minent Mayotte, comme bien des pays pauvres, et l’État laisse faire, entretenant ainsi à peu de frais une petite couche de notables locaux acquis à sa cause.

Par contre, on peut prévoir que la révision, attendue à la hausse, du nombre d’habitants, avec une proportion importante d’étrangers, sera utilisée par le gouvernement pour durcir les attaques contre les immigrés. Les travailleurs sans papiers sont bien conscients que ce recensement va, d’une manière ou d’une autre, se retourner contre eux. Certains pensent que la cartographie établie à cette occasion va inspirer de prochaines destructions d’habitat précaire, les « décasages », et que leurs coordonnées pourront être transmises à la police en vue d’une expulsion. L’Insee assure que les informations resteront confidentielles mais, à Mayotte, tous savent que dans sa chasse à l’homme, l’État n’hésite pas à bafouer les règles.

À Mayotte, les moyens indispensables à une vie digne devront être imposés par la population travailleuse, de nationalité française ou non, face à un État qui la méprise et la maintient dans la misère.

                                                          Tania Lemel (Lutte ouvrière n°2993)