Ukraine :
l’après-guerre aussi peut rapporter gros
Le 1er décembre,
après des discussions en Floride où la partie américaine avait tenté d’imposer
à ses interlocuteurs ukrainiens le plan dit de paix de Trump, le président
Zelensky s’est précipité à Paris pour rencontrer un Macron qui se veut son plus
ardent défenseur face à la Russie.
Publié le 03/12/2025
Zelensky en est à espérer que les
dirigeants européens fassent tant soit peu contrepoids au forcing de Trump, qui
veut qu’il signe son plan. Car, même légèrement remanié, ce plan prend acte du
rapport de force défavorable à l’Ukraine sur le front, ainsi que de
l’affaiblissement de Zelensky à la tête du pays, empêtré qu’il est dans des
affaires de corruption. Surtout, ce plan entérine le fait qu’après avoir œuvré
à provoquer un conflit qui affaiblisse Moscou dans l’espace ex-soviétique,
Washington estime avoir atteint son objectif. Place donc à l’étape suivante :
l’exploitation des richesses ukrainiennes sur lesquelles des trusts américains
ont pu mettre la main, mais aussi à l’éventuelle ouverture du marché russe.
En effet, des milieux d’affaires
américains entrevoient la possibilité de nouer une collaboration prometteuse
avec les géants russes de l’économie. S’il se confirme que, pour cela, la
Maison-Blanche doive acter la victoire de Poutine en Ukraine, ils voient la
perspective de gros contrats, notamment dans le secteur du gaz, du pétrole ou
des terres rares. Sans oublier le nucléaire car, sanctions antirusses ou pas,
les États-Unis restent tributaires de Rosatom pour approvisionner leurs
réacteurs en uranium enrichi.
Ces relations sont telles que le Wall
Street Journal leur a consacré un long article le 30 novembre,
précisant que l’administration
Trump « voit bien la Russie non pas comme une menace, mais comme un pays aux
innombrables opportunités ».
Nul besoin donc, tels les médias
qui mènent une propagande guerrière intéressée, de chercher la main de Moscou
dans la rédaction du plan de Trump. Ceux qui ont tenu la plume, on les trouve
parmi les hommes d’affaires qui forment les délégations américaines. Ainsi, à
Moscou, mardi 2 décembre,
le promoteur immobilier et envoyé spécial
de Trump Steve Witkoff, un habitué, conduisait les discussions avec Poutine, ce
dernier étant flanqué de son envoyé spécial, Kirill Dmitriev, un banquier
d’affaires formé à Harvard, devenu PDG du Fonds d’investissement direct de
Russie, son fonds souverain, doté d’au moins 10 milliards
de dollars.
Bien sûr, face à de pareils
appétits et moyens financiers, la cause de ce que les gouvernants et médias
occidentaux décrivaient comme la courageuse petite sentinelle ukrainienne de la
démocratie sur le flanc oriental de l’Europe, ne fait pas le poids. Et les
États impérialistes de second rang, dont la France, ne pèsent guère plus pour
faire valoir leurs intérêts dans un après-guerre qui se dessine en grande
partie sans eux.
Alors, tout en jurant de leur
volonté de paix, les Macron et consorts poussent l’Ukraine à continuer la
guerre. Le 13 novembre, Zelensky a d’ailleurs reconnu, dans une interview
à l’agence Bloomberg, que ses « amis » européens exigeaient qu’il recrute plus
de soldats. Et la Rada, le Parlement, s’exécute, qui débat d’un projet de
conscription des femmes.
La population ukrainienne a beau
en avoir assez, les Macron va-t-en guerre avec la peau des autres veulent
toujours plus de chair à canon. Et pour une bonne raison : tant que l’armée
ukrainienne a des troupes, il lui faut des armes, dont elle peut passer
commande aux industriels… français de préférence. Pour justifier cela aux yeux
de l’opinion, tout en la conditionnant au prochain conflit généralisé qu’ils
préparent, les Macron et leurs états-majors inventent la menace de l’ogre
russe. Que celui-ci piétine à 400 kilomètres de Kiev depuis bientôt quatre
ans, qu’importe : ces menteurs de profession martèlent qu’il sera bientôt à
Paris et à Berlin. Non pas parce que c’est la réalité, mais parce que leurs
industriels et leurs généraux ont intérêt à faire avaler cet énorme bobard !
Pierre Laffitte (Lutte ouvrière
n°2992)