Pauvreté, mais dignité et volonté de rester debout
Il y a 20 ans et un mois,
le 25 octobre 2005, le futur délinquant et emprisonné de 20 jours Nicolas
Sarkozy organisait une opération d’autopromotion démagogique sur l’esplanade du
quartier du Val-Nord d’Argenteuil. 20 ans plus tard, un jeune d'alors, aujourd’hui en
particulier journaliste, qui y a grandi à la Haie normande, y est revenu et
réalisé le documentaire « On n’est pas des racailles ».
Ce terme de racailles a marqué de nombreux jeunes du
quartier de l’époque qui « ont eu l’impression
de se faire insulter », que Sarkozy « mettait tout le monde dans le même sac ».
Il y aurait beaucoup de choses à dire sur et autour de ce
documentaire. Bien sûr le mieux est de le voir et de le revoir, et d’aller
faire un tour sur l’esplanade, acheter une viennoiserie à la boulangère qui est
une mémoire du lieu, et boire un café non loin chez le bureau de tabac-journaux-café-et
correspondant pour les nombreux colis dont il est l’intermédiaire.
Plusieurs choses m’ont frappé dans le reportage. C’est d’abord
l’engagement d’animateurs-médiateurs, agents communaux, agissant dans le
quartier. C’est celui des encadrants du club de boxe éducative qui se tient au
Studio. Mais c’est aussi la coupure qui transparaît entre cette esplanade et le
quartier des Musiciens du Val. Mais le réalisateur évoque l’école Anatole France qu'il a fréquentée qui n’était pas celle des Musiciens (en l’occurrence pour ce dernier, le groupe
scolaire Romain Rolland où j’ai enseigné une année).
Justement, puisque j’évoque l’École, la coupure entre cette
dernière et le quartier me semble, en tout cas aujourd’hui, très importante,
alors que la liaison entre l’intérieur scolaire et l’extérieur devrait être
essentielle.
Il y a l’évocation des familles monoparentales qui sont très
nombreuses dans le quartier, avec cette rencontre très émouvante entre le
réalisateur et une de ses anciennes camarades de classe, mère de deux enfants.
Celle-ci exprime ses difficultés, le dilemme heures supplémentaires ou maintien des allocations, mais aussi sa volonté de rester debout, ce résultat auquel
elle parvient avec détermination et courage.
Et puis ces femmes, restées anonymes dans le documentaire,
membres ou pas du Comité de quartier, évoquant la solidarité des voisins, leurs
actions collectives auprès du bailleur pour éviter les expulsions de locataires,
pour qu’il n’y ait personne qui n’ait rien à manger.
En tout cas, face à la montée de l'individualisme, que de belles résistances.
Toute cette dignité et volonté donne du courage, et vraiment
beaucoup d’espoir pour ceux qui comme nous espèrent et militent pour la
renaissance aussi des réseaux politiques de l’union ouvrière si nécessaire dans
un quartier qui comme le dit un des intervenants est un quartier de la « classe
ouvrière ». DM
https://www.france.tv/documentaires/documentaires-societe/7711878-on-n-est-pas-des-racailles.html