lundi 24 novembre 2025

Argenteuil, handicap : aider à vivre la différence certes, mais avant tout le combat pour les moyens matériels et humains nécessaires

 

La question centrale des AESH

 

 

Une « quinzaine » sur le Handicap a lieu actuellement jusqu’au 3 décembre. Ma Ville consacre son dossier central sur ce sujet. Ce dernier commence par un constat : « 12 millions de Français vivent avec un handicap, dont 80% sont invisibles : troubles cognitifs, mentaux, psychiques, sensoriels » qui inaugure le premier article. » « Sensibiliser, comprendre, inclure : autant d’étapes pour construire une ville où la différence se vit naturellement » en est la conclusion.

         Que la municipalité et les services dédiés de la Ville fassent, ou pas, le maximum des possibilités à ce niveau, sera une question d’appréciation personnelle. Mais ne comptons pas sur la municipalité pour ouvrir le débat sur le sujet.

         Le problème est que la question dépasse totalement celle des choix et des moyens mis à sa disposition. Elle est une des questions sociales fondamentales qui relève de ce que la société est prête à mettre comme moyens pour qu’au-delà de l’aide pour faire « Vivre la différence » et « pour porter un autre regard sur le handicap », les personnes subissant ces handicaps puissent vivre réellement une vie humaine sur tous les plans.

         Aux côtés de la santé, de l’éducation, du soutien aux anciens, le handicap devrait être une priorité sociale absolue. Cela exige qu’une part notable des moyens humains et des moyens matériels nécessaires lui soient consacrée. Ce n’est pas le cas aujourd’hui dans la réalité d’une société riche, mais où une part notable de cette richesse est accaparée et gâchée par une minorité pour des dépenses fastueuses et une spéculation sans frein.

         Pour en revenir à Ma Ville, il y manque vraiment un article sur la situation de l’intégration des enfants et adolescents subissant un handicap dans les établissements scolaires comme la loi l’exige. Pourtant l’évocation de la présence d’AESH revient à plusieurs reprises dans le dossier.

         Chacun sait que cette situation est aujourd’hui calamiteuse malgré le dévouement d’AESH sous-payées et surexploitées.

         Une municipalité soucieuse du Handicap, du sort des personnes et des familles, à défaut de donner une solution à un problème général, dénoncerait au moins la situation faite aux AESH. À défaut, Ma Ville aurait pu au moins consacrer un véritable article à ce sujet. DM

dimanche 23 novembre 2025

États-Unis : Protectionnisme et inflation font bon ménage

Protectionnisme et inflation font bon ménage

La Maison Blanche a annoncé qu’elle voulait baisser les droits de douane frappant certaines denrées alimentaires, après les avoir augmentés quelques jours auparavant.

Publié le 19/11/2025

En augmentant les droits de douane, Trump prétendait qu’il voulait protéger les emplois des travailleurs américains et favoriser le développement des industries sur le territoire des États-Unis, ce qu’il a résumé par son slogan « Rendre sa grandeur à l’Amérique », MAGA selon l’acronyme anglais. Mais cette politique protectionniste a eu pour effet de relancer l’inflation. Sur un an, le prix des bananes a augmenté de 6,9 %, celui du bœuf de 14,7 % et celui du café de 18,9 %. Les salaires n’augmentent certainement pas à ce rythme.

Ces augmentations frappent de plein fouet les 42 millions de personnes, dont bon nombre travaillent, qui survivent avec des bons alimentaires. De plus, le mois et demi de blocage budgétaire a entravé le versement de cette aide alimentaire fédérale. Dans des comtés où la population pauvre est concentrée, on peut voir s’allonger des files d’attente de familles dans le besoin là où les autorités locales organisent la distribution de nourriture. C’est cela « l’âge d’or de l’Amérique » dont se vante le président.

Tout comme Biden avant lui, Trump oscille entre le déni de la réalité de l’augmentation des prix et l’annonce de mesures censées l’atténuer. Récemment, il s’est vanté d’avoir « normalisé » l’inflation et que « les prix baissent », contre toute évidence.

En même temps, il promet des aides pour compenser la hausse des prix, comme un chèque de 2 000 dollars à chaque Américain, à part les plus riches, financé par l’argent des droits de douane. Autrement dit, les familles populaires se paieraient elles-mêmes ce chèque en faisant leurs courses puisque le prix des marchandises inclut les droits de douane.

Le protectionnisme et les tarifs douaniers ne protègent en rien les travailleurs, qui s’appauvrissent mois après mois avec des salaires de plus en plus insuffisants face aux prix en hausse.

Dans un pays où le prix du hamburger est un symbole, Trump a ordonné à son ministère de la Justice d’enquêter sur une entente entre les grandes entreprises de l’agro-alimentaire pour pousser le prix du bœuf à la hausse. Ces capitalistes n’ont rien à craindre d’une posture destinée à berner un électorat populaire républicain qui commence à douter des bienfaits de la politique économique du président. Le ministre de l’Économie de Trump se livre à une démagogie xénophobe, à la fois classique et grotesque, en prétendant que les migrants qui passent clandestinement la frontière font entrer aux États-Unis des vaches malades qui infectent les troupeaux américains ; ce qui ferait augmenter le prix du bœuf !

Étant tout à fait impuissants face aux maîtres de l’économie et des prix que sont les capitalistes, et ne voulant en rien les contraindre, les dirigeants américains ne peuvent qu’observer avec inquiétu dela hausse de l’inflation et la baisse de leur popularité. Leurs gesticulations n’y changent rien.

                                                      Lucien Détroit (Lutte ouvrière n°2990)

 

Les prochaines permanences et rendez-vous prévus à Argenteuil et la région :

-Aujourd’hui dimanche 23 novembre, de 10 h.25 à 10 h.55 devant Intermarché,

Et de 11 h. à midi au marché Héloïse ;

-lundi 24 novembre, de 18 h. à 19 heures, centre commercial, cité des

Raguenets, St-Gratien.

 

Chili : l’extrême droite vers le pouvoir ?

Chili : l’extrême droite vers le pouvoir ?

À l’issue du premier tour de l’élection présidentielle du 16 novembre au Chili, la défaite de la gauche, actuellement au pouvoir, semble se dessiner pour le second tour, prévu dans un mois.

Publié le 19/11/2025


Jeannette Jara, membre du Parti communiste, mais candidate de la coalition Unité pour le Chili regroupant neuf partis et classée au centre gauche, est arrivée en tête. Avec 26,7 % des voix, elle dépasse le candidat d’extrême droite, José Antonio Kast, qui a en recueilli 24,1 %. Mais ce dernier est largement favori pour le deuxième tour, le total des voix des candidats de droite et d’extrême droite atteignant 70 %.

C’est la troisième candidature de Kast, ce rejeton d’un nazi réfugié au Chili après la guerre, qui s’est longtemps réclamé ouvertement de la dictature de Pinochet. Il avait cette fois mis un peu d’eau dans son vin, ce qui a permis à un autre candidat d’extrême droite, le « libertarien » Johannes Kaiser, de le doubler dans le radicalisme, allant jusqu’à promettre l’interdiction du Parti communiste. Les deux se sont rencontrés au soir du premier tour.

Avec l’aide des grands médias privés, toute la campagne a tourné autour de l’insécurité et de l’immigration, vénézuélienne en particulier, accusée de tous les maux. Tous les partis, y compris la gauche, sont allés dans le même sens. Il y a un mois, les médias retransmettaient les images de l’actuel président de gauche, Gabriel Boric, survolant fièrement le désert d’Atacama vers la frontière nord dans un hélicoptère de l’armée, pour aller inspecter le système de surveillance par drones qui vise à empêcher le passage des migrants.

Après l’explosion sociale de 2019, qui avait effrayé la bourgeoisie chilienne et fait en partie reculer le président de droite de l’époque, l’ensemble des partis de gauche avait entrepris de détourner les aspirations sociales vers un processus complexe d’élaboration d’une nouvelle Constitution censée changer le sort de la population. Gabriel Boric, ancien syndicaliste étudiant, avait été largement élu en 2021. Mais le processus illusoire de réforme constitutionnelle s’est ensuite dégonflé lamentablement, et le gouvernement Boric a déçu ceux qui en attendaient quelque chose. Retraites de misère, précarité du travail, salaires qui ne suivent pas l’inflation, tout a continué à empirer. La presse évoque les très maigres réformes favorables à la population, mais toutes ont été faites de façon que le patronat y trouve son compte. Ainsi, la baisse de la durée légale du travail hebdomadaire de 45 à 40 heures a été négociée en échange de plus de flexibilité, laissant aux patrons la possibilité d’aller quand ils le souhaitent jusqu’à 52 heures.

Le salaire minimum a été réévalué, passant de 325 euros à 492 mais, dans le même temps, les prix des produits alimentaires ont fortement augmenté, de 80 à 100 % pour les œufs, l’huile, le riz, et de près de 200 % pour la pomme de terre. La baisse de l’inflation en 2025 n’a pas permis aux plus pauvres de retrouver du pouvoir d’achat.

La candidate de la gauche, la communiste Jeannette Jara, était ministre du Travail et de la Protection sociale du gouvernement Boric. Seule responsable politique à venir de milieux réellement populaires, elle a suscité un temps un certain enthousiasme. Cela lui a encore permis de remporter, en juin, les primaires organisées par la gauche en vue de l’élection présidentielle, mais ne suffisait pas à compenser la déception causée par l’ensemble de la politique du gouvernement. Élue dans ses primaires avec un langage « de gauche », elle a passé ensuite tous ses temps d’antenne à démentir les illusions qu’elle avait semées.

Cherchant surtout le soutien des courants les plus droitiers de la coalition Unité pour le Chili, Jeannette Jara a pris ses distances vis-à-vis de son propre parti et s’est placée, comme les autres candidats, sur le terrain démagogique de la sécurité et de la fermeture des frontières. Elle pourra se présenter au deuxième tour comme la défenseure de la démocratie face à une extrême droite admiratrice du président argentin Milei et héritière de Pinochet. Ce duel rappelle celui de 2021, lors duquel Boric, qui affrontait déjà Kast, l’avait emporté. Mais, depuis, les conditions de vie des pauvres et des travailleurs n’ont fait qu’empirer, l’extrême droite s’est considérablement renforcée et la gauche actuellement au pouvoir pourrait payer le prix des désillusions dont elle est responsable.

                                                           Antoine Ferrer (Lutte ouvrière n°2990)