La fin de la guerre du
Vietnam : une défaite cuisante pour l’impérialisme américain
Le 30 avril 1975, les soldats du Nord-Vietnam
prenaient Saïgon, la capitale du Sud. Les derniers Américains présents
s’enfuyaient en hélicoptère du toit de leur ambassade devant les caméras du
monde entier. La guerre du Vietnam était enfin finie.
Publié le 06/05/2025
Durant trente longues années, la population avait
dû lutter contre l’armée française puis celle des États-Unis, pour gagner son
indépendance au prix de millions de morts. Car l’Indochine coloniale –
regroupant les Vietnam, Laos et Cambodge actuels – avait été considérée comme
la perle de l’empire français tant l’exploitation des travailleurs y avait
enrichi des capitalistes comme Michelin et les actionnaires de la banque
d’Indochine. En 1945, à la fin de l’occupation japonaise, Hô Chi Minh avait
proclamé l’indépendance mais l’armée française mena une guerre de reconquête.
En 1954, à Diên Biên Phû, les troupes vietnamiennes lui infligèrent une sévère
défaite. La France dut reconnaître l’indépendance du Vietnam lors des accords
de Genève, en juillet 1954, mais elle imposa une partition du pays au niveau du
17e parallèle. Dans le Sud, une République du Vietnam, toujours
dominée par l’impérialisme, s’imposa par la terreur. La dictature de Ngô Dinh
Diêm emprisonnait ses opposants par milliers. Les riches propriétaires fonciers
purent reprendre les terres que les paysans pauvres s’étaient partagées et
avaient mises en valeur durant les années de guerre. Leur colère favorisa le
développement d’un mouvement nationaliste : le Front national de libération
(FNL), dont les combattants étaient soutenus par le Vietnam du Nord.
Les États-Unis dans la
guerre
Dès 1955, les États-Unis, prenant le relais de la
France, envoyèrent des « conseillers militaires » dont le nombre ne cessa de croître.
De fait, la guerre du Vietnam commençait. Les avions et hélicoptères américains
bombardèrent les campagnes du Sud, brûlant tout, y compris les villageois.
Malgré ces massacres, les combattants du FNL tinrent avec le soutien de la
majorité des paysans. Les troupes américaines aidèrent le gouvernement du Sud à
regrouper ces paysans dans des villages, véritables camps de concentration. Des
armes chimiques comme le napalm ou l’agent orange furent utilisées massivement.
Mais la rébellion continua de progresser.
En 1965, les dirigeants américains furent
contraints d’officialiser et d’étendre leur intervention militaire. Leurs
forces armées commencèrent à bombarder les campagnes, les ports et les villes
du Nord. En 1968, un demi-million de soldats américains combattaient au
Vietnam, sans pour autant venir à bout de la rébellion. Des milliers de femmes
et d’hommes du Nord se portaient volontaires pour conduire, sous les bombes
américaines, les camions de ravitaillement en armes et en nourriture destinés
aux combattants du Sud. Au Nord, Hô Chi Minh dirigeait une dictature
stalinienne qui s’était imposée en s’opposant à toute mobilisation de la classe
ouvrière et en faisant assassiner les militants trotskystes. Mais il avait le
soutien de la population contre le gouvernement du Sud à la solde de
l’impérialisme.
Cette sale guerre finit par susciter l’hostilité
d’une partie croissante de la population américaine. À partir de 1966, la
contestation s’amplifia car le gouvernement, en mal de volontaires, imposa la
conscription. La majorité des rejetons des classes aisées continuèrent à y
échapper, mais de plus en plus d’étudiants étaient enrôlés. Les morts se
comptaient par dizaines de milliers et de plus en plus de jeunes soldats
étaient traumatisés par ce qu’on leur faisait faire. Face aux horreurs, à la
torture, aux massacres de civils, aux villages incendiés, seule la drogue les
aidait à tenir. Des vétérans du Vietnam se mirent à manifester contre la
poursuite de cette guerre. Les États-Unis n’avaient jamais été confrontés à une
telle contestation.
Bien des soldats envoyés au Vietnam étaient issus
de la population afro-américaine, alors même que la lutte pour l’égalité des
droits était de plus en plus vive en son sein. Pour la population noire, cette
guerre n’était pas la sienne. « Aucun Vietnamien ne m’a jamais traité de
sale Nègre », déclara le champion de boxe Mohamed Ali en refusant son
incorporation dans l’armée. Pendant que des émeutes éclataient dans les ghettos
des grandes villes, des soldats noirs allaient jusqu’à organiser des mutineries
dans la puissante armée des États-Unis.
La difficile sortie du
bourbier
En 1968, les dirigeants américains comprirent
qu’ils devaient sortir de ce bourbier et pour cela engager des négociations
avec le Nord-Vietnam. Autrement dit, leur politique d’endiguement du communisme
des années de la guerre froide pour empêcher les peuples de contester leur
domination était inefficace. Mais ils savaient bien que les dirigeants de
l’URSS avaient été leurs alliés pour empêcher toute révolte à la fin de la
Deuxième Guerre mondiale. Alors, avant d’abandonner le régime du Sud-Vietnam,
ils voulurent s’assurer du concours de l’URSS et de la Chine pour le contrôle
de l’Asie du sud- est. Comme attendu, ils furent bien reçus. En 1972, le
président américain Nixon se rendit dans ce but à Moscou puis à Pékin, avant de
s’engager vers la reconnaissance officielle de la Chine populaire. De son côté,
celle-ci démontra sa bonne volonté envers l’impérialisme en aidant à
l’écrasement d’une révolte pourtant d’inspiration maoïste à Ceylan (actuel Sri
Lanka) et en appuyant le Pakistan contre la sécession du Bangladesh.
En 1973, les négociations se conclurent par un
accord mettant fin à la guerre. Les derniers soldats américains furent
rapatriés, mais le régime du Sud-Vietnam mit encore deux ans à s’écrouler sous
la poussée des combattants du FNL.
Durant toute cette guerre, les États-Unis avaient
déversé sur le pays plus de tonnes de bombes et d’explosifs que lors de toute
la Deuxième Guerre mondiale. Ils laissaient derrière eux des tonnes de bombes
enfouies dans la terre, des armes chimiques, des produits hautement toxiques
comme l’agent orange qui allaient tuer encore pendant des décennies des
générations de Vietnamiens. Le pays était certes réunifié, mais il sortait
totalement épuisé de trente ans de guerre. De plus, la situation restait lourde
de conflits dans la région, du fait de la concurrence entre les régimes
nationalistes du Vietnam, du Cambodge et du Laos.
L’impérialisme américain avait subi une déroute malgré
son armement largement supérieur, face à une population vietnamienne qui
s’était battue avec un courage et une détermination extraordinaires. Il n’en
allait pas moins continuer à dominer le monde. La population vietnamienne le
paya et continue à le payer très cher puisque, malgré l’indépendance conquise,
elle reste exploitée par sa propre bourgeoisie et par l’impérialisme.
C’est à l’échelle internationale que
l’impérialisme doit être abattu. Cela ne fait pas partie des objectifs des
dirigeants nationalistes, même quand ils se réclament du communisme, comme
c’était le cas de ceux du Pc vietnamien. Mais cela doit en être un pour les
peuples du monde.
Marion Ajar (Lutte ouvrière n°2962)