Mayotte :
crise de l’eau et mépris de l’État
30 Août 2023
La crise de l’eau s’approfondit à
Mayotte. 30 % de la population, entassée dans les bidonvilles, vit déjà sans
eau courante, obligée d’aller quotidiennement à la fontaine payante ou à la
rivière.
Depuis plus d’un mois, le reste
des habitants est aussi privé d’eau courante plusieurs heures par jour.
Cela va encore empirer : à
partir du 4 septembre, l’eau sera coupée deux jours sur trois, voire cinq jours
sur sept dans certaines communes. Alors que c’est la rentrée des classes, et
que les écoles sont aussi concernées par ces coupures, le rectorat a annoncé
pour seule mesure qu’il fournirait une gourde à chaque enfant ! Reste à
savoir où ils pourront la remplir…
Une fois rétablie, l’eau n’est
pas potable pendant plusieurs heures. C’est la même chose pour l’eau stockée
dans des cuves, seule solution à l’heure actuelle. Les maladies commencent à se
multiplier. Et il n’y a même pas de distribution de bouteilles d’eau ! Les
6 euros que coûte un pack d’eau représentent une somme pharaonique pour bien
des familles, les trois quarts de la population vivant sous le seuil de
pauvreté. Le quotidien est désormais invivable pour les classes populaires,
laissées sans solution.
La semaine dernière, le ministre
des Outre-mer a annoncé qu’un osmoseur, appareil permettant de dessaler de
l’eau de mer, serait opérationnel « avant la fin de l’année ».
Non seulement la production attendue est très faible au vu des besoins, mais
les travailleurs de l’île ont l’habitude de ces promesses en l’air. Ainsi,
l’usine de dessalement existante ne produit qu’un quart du volume promis lors
de sa rénovation en 2018 car les analyses préalables d’eau de mer n’avaient pas
été effectuées correctement. La seule chose que l’usine, aux mains de Vinci
construction, filiale du groupe multimilliardaire, a réussi à pomper
efficacement, ce sont les subventions publiques. Qu’est-ce que Vinci
construction en a fait ? Une seule certitude : il n’a ni rénové
l’usine ni entretenu le réseau pour empêcher qu’un tiers du volume d’eau
potable s’échappe sous forme de fuites.
Les investissements n’ont jamais
été suffisants pour répondre véritablement aux besoins en eau de l’île. Par
contre l’État trouve de l’argent pour financer l’opération de répression
Wuambushu, qui s’en prend aux plus pauvres en détruisant leurs logements. Et
pas question que les policiers venus faire la chasse à l’homme aient soif. Pour
eux, l’État avait fait venir spécialement des unités de dessalement, qu’il
s’est empressé de ramener en métropole fin juin, alors qu’elles auraient pu
servir pour une partie des habitants. Ceux-ci vivent aujourd’hui une crise de
l’eau qui n’est pas tant liée à la sécheresse qu’au profond mépris de l’État
français pour leur sort.
Pierre DELAGE (Lutte ouvrière
n°2874)