Australie
: les réfugiés emprisonnés se révoltent
20 Janvier 2021
Dans la nuit du 5 au 6 janvier,
les 220 migrants détenus dans le centre australien de rétention de l’île de
Christmas, surnommée l’île de la Détention, perdue dans l’océan Indien, se sont
révoltés contre leurs conditions de vie. Après que les autorités leur ont
interdit de manifester, plusieurs d’entre eux, révoltés, désespérés, ont mis le
feu à des bâtiments.

Depuis
sept ans l’Australie, l’un des pays les plus riches du monde, refuse l’asile à
tous les réfugiés qui y arrivent en bateau. La démagogie xénophobe des
gouvernements les amène à maintenir ces migrants en détention, dans les
conditions les plus difficiles et les plus inhumaines jusqu’à ce qu’ils
craquent et quittent le pays. Dans l’île de Christmas, ils sont confinés
jusqu’à vingt-deux heures par jour dans leur cellule, sans réseau de téléphonie
permettant de contacter leur famille, sans Internet, avec des cigarettes trop
chères. Nombre d’entre eux ont des problèmes de santé mentale et physique. Leur
détention, dans des conditions pires que celles des prisons, est sans fin.
L’île
de la Détention n’est pas un cas isolé, mais une politique. Cet été, la presse
a rapporté des manifestations d’autres réfugiés, afghans, syriens ou irakiens,
parqués dans des hôtels des grandes villes d’Australie, surveillés en
permanence avec interdiction d’en sortir. L’Australie a même sous-traité
l’emprisonnement de milliers de réfugiés sur l’île de Manus en
Papouasie-Nouvelle-Guinée, et à Nauru dans le Pacifique. Dans ces camps, nombre
d’entre eux, dont des enfants, ont sombré dans la dépression. Ce n’est que face
aux critiques que le gouvernement a décidé fin 2018 d’évacuer les mineurs.
D’autres
États créent des camps de concentration. Au Bangladesh, près de 900 000
Rohingya meurent à petit feu dans des conditions indignes. Les autorités ont
récemment accéléré le transfert de dizaines de milliers d’entre eux sur une île
de formation récente, menacée en permanence d’être inondée. Au Myanmar voisin,
la détention et la persécution de dizaines de milliers de Rohingya dans des
camps sordides continuent.
La
maltraitance des réfugiés n’est pas une particularité des pays pauvres et
asiatiques. Les gouvernements des pays riches et dits démocratiques d’Europe
ont aussi leurs camps et sous-traitent la détention des réfugiés à des pays
tels que la Libye, la Tunisie et la Turquie.
Sans même parler du réchauffement
climatique, la crise du capitalisme, la misère croissante et les guerres
récurrentes poussent inévitablement sur les routes des millions d’hommes et de
femmes. Dresser des barbelés pour les empêcher de passer et les parquer dans
des camps n’est pas nouveau dans l’histoire. C’est toujours aussi inhumain et
criminel.
Serge
BENHAM (Lutte ouvrière n°2738)