lundi 18 janvier 2021

Éditorial des bulletins Lutte ouvrière du lundi 18 janvier 2021

Vaccination : le gâchis de la concurrence et de la propriété privée

18/01/21

Depuis lundi, le gouvernement appelle les plus de 75 ans, soit six millions de personnes, à se faire vacciner. Mais elles devront s’armer de patience, car le gouvernement n’est pas plus à la hauteur qu’il ne l’a été sur les masques, les tests ou le traçage.

L’impréparation logistique règne. Des doses dorment dans les congélateurs quand les centres de vaccination sont sous-utilisés. Les plateformes de prise de rendez-vous sont saturées. Les aiguilles adéquates n’ont pas toujours été commandées…

Autre problème, plus grave : cela coince au niveau de la production. Ne pouvant pas respecter la cadence promise, le laboratoire Pfizer vient même d’annoncer du retard dans ses livraisons. Une semaine, a-t-il tenté de rassurer. Les labos se sont empressés de prendre les commandes et d’encaisser l’argent, mais pour construire des lignes de production et embaucher, ils sont nettement moins rapides et efficaces !

Et pourquoi se presseraient-ils quand le rationnement fait monter les enchères et leur permet de négocier plus cher les prochaines commandes ? Après la guerre des masques, une guerre des vaccins, avec une surenchère des États ne serait certainement pas pour leur déplaire.

L’obstacle auquel se heurte désormais la campagne de vaccination est celui de la concurrence et de la propriété privée. Pfizer et Moderna, les seuls à avoir un vaccin homologué en Europe, n’ont pas les capacités de production suffisantes. De leur côté, Sanofi, Merck ou GSK possèdent ces moyens de production, mais ils n’ont pas encore leur propre vaccin. 

Le bon sens et l’intérêt collectif voudraient que ces laboratoires travaillent ensemble et qu’ils mettent en commun brevets et moyens de production pour produire au plus vite et massivement les vaccins susceptibles de sauver des vies. Mais, concurrence et profit obligent, Pfizer et Moderna veulent garder le contrôle de la poule aux œufs d’or ; quant à Sanofi, il ne fera que ce que lui dictent ses profits et, pour l’heure, il continue de chercher à mettre au point son propre vaccin.

Les scientifiques ont mené une véritable course contre la montre et ils ont réalisé, en dix mois, ce qui prend habituellement plusieurs années. Maintenant, un temps précieux va être perdu à cause des calculs de rentabilité des uns et des autres. La propriété privée, la loi du profit et la concurrence sont les causes de ce gâchis.

En mai dernier, Macron déclarait : « Il est nécessaire que ce vaccin soit un bien public mondial, extrait des lois du marché ». C’était de belles paroles… en l’air ! On vérifie, une fois de plus que ce sont les groupes capitalistes, leurs actionnaires, qui détiennent le véritable pouvoir.

Les États ont leurs plans de vaccination, mais les multinationales pharmaceutiques ont le dernier mot en fixant leurs prix, leurs délais et leurs volumes. Les gouvernements leur demanderont poliment d’accélérer les cadences, mais en bons défenseurs de la propriété privée, ils s’inclineront devant les choix des labos.

Les labos pharmaceutiques imposent leur diktat en vertu de la sacro-sainte propriété privée. Mais d’où viennent ces capitaux privés sinon de l’exploitation des travailleurs ? Et combien de ces capitaux proviennent du pillage de l’argent public ?

Le domaine de la santé est un de ceux que les États subventionnent le plus. Combien les gouvernements ont-ils dépensé pour aider la recherche sur le vaccin ? Combien ont-ils avancé pour qu’ils soient développés ? Combien de subventions les usines de production encaisseront-elles ? On n’arrive même pas à le savoir parce que toutes ces informations sont tenues secrètes.

Ce qui est exclusivement privé, ce sont les profits et les dividendes. Et cette crise sanitaire est le jackpot pour les labos. On le voit aussi avec les tests PCR : ils sont facturés 50 € en Allemagne, 30 à 40 € en Espagne… et 73,59 € en France. Pourquoi ces différences ? Quel est leur coût de production ? Une chose est sûre : l’Assurance maladie a déjà déboursé plus de deux milliards, et la facture nous sera présentée, au plus grand bonheur des labos.

L’opacité des contrats et des prix, la rapacité des trusts pharmaceutiques, les difficultés de production et de livraison illustrent les tares du capitalisme. Il n’y aura rien de collectif et de constructif dans cette société tant que domineront la propriété privée des grands moyens de production, les lois du marché et la concurrence. Il faut les combattre parce qu’elles représentent un incroyable gâchis. Imposer la suppression des brevets et du secret commercial, imposer le contrôle ouvrier sur la production, et l’expropriation des grands groupes capitalistes, c’est une nécessité pour tous !

 

Vaccination : une campagne mal engagée. Un article de notre hebdomadaire de cette semaine

 Vaccination : une campagne mal engagée

13 Janvier 2021

Après un lancement poussif qui a valu au gouvernement une pluie de critiques, le ministre de la santé Olivier Véran se félicite car, le 10 janvier, près de 100 000 personnes avaient été vaccinées.

On est loin des millions vaccinés en Israël, Allemagne ou en Grande-Bretagne mais, le ministre l’affirme, « les chiffres vont grimper très vite, on va toucher les plus vulnérables, c’est là que des vies vont être sauvées ». Les vaccinodromes dont Véran ne voulait pas entendre parler pourraient se multiplier, passant de 169 le 8 janvier à près de 600 à la fin du mois. Le ministre cependant ne peut afficher le même optimisme pour la livraison des vaccins. Même si le vaccin Moderna, le second à être autorisé dans l’Union européenne, a été livré dès le 11 janvier, il n’y en a eu que 50 000 doses.

D’ailleurs on en est déjà à gérer le manque de vaccins puisque le ministre de la Santé a annoncé le 7 janvier qu’on décalerait l’injection de la deuxième dose de vaccin Pfizer six semaines après la première, au lieu des trois semaines recommandées par le laboratoire. C’est d’ailleurs déjà ce qui se fait en Grande-Bretagne, où la campagne a commencé plus vite et plus rapidement qu’en France.

Le gouvernement compte bien sûr sur les autres vaccins, celui d’AstraZeneca bientôt autorisé par l’Union européenne puis ceux des laboratoires Janssen et Curevac. Mais, même ainsi, il n’espère vacciner que 15 millions de personnes d’ici l’été 2021, loin donc des 60 % de la population qu’il faudrait traiter pour espérer obtenir une immunité collective.

La question des congélateurs se pose aussi, le seul fabricant français ayant apparemment du mal à répondre aux demandes ici et à l’étranger. On en est encore à espérer que chaque département pourra disposer d’un congélateur pour les vaccins Pfizer et Moderna, qui doivent être conservés à très basse température… La presse a aussi dénoncé le manque d’aiguilles pour ces injections en intramusculaire, des vaccinations ayant été faites avec des aiguilles pour des injections en sous-cutanée…

D’autres problèmes sont apparus, notamment avec le manque de personnel. Le gouvernement fera désormais appel aux pharmaciens pour faire les injections. Mais, comme les médecins, ceux-ci devront se déplacer dans les Ehpad ou les vaccinodromes où davantage de patients pourront être traités car, dans les pharmacies ou les cabinets médicaux, des doses pourraient être perdues.

Reste qu’en France la campagne de vaccination en est au tout début, au moment où l’épidémie pourrait rebondir comme en Grande-Bretagne. Généraliser rapidement la vaccination impliquerait une mobilisation de tous les moyens humains et matériels, dont le gouvernement, malgré ses belles déclarations, semble bien loin.

                                            Cédric DUVAL (Lutte ouvrière n°2737)

 

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Deliveroo et Uber Eats : quand des livreurs se rebiffent à Reims

 

Une première journée de lutte réussie pour ces travailleurs

 


Depuis le début de l’épidémie et encore plus depuis le couvre-feu, à Reims comme ailleurs, les livraisons ont fortement augmenté. Début janvier, les commissions des livreurs ont une nouvelle fois été revues à la baisse par les plateformes.

         Face à cela, les livreurs ont discuté via des groupes WhatsApp et devant les restaurants du centre-ville. Ils ont convenu d’une journée de grève. Dimanche 10 janvier, une cinquantaine se sont réunis en assemblée au centre-ville. Des équipes se sont ensuite dirigées vers les plus grandes chaînes de fast-food de la ville (Mac Donald’s, Burger King, KFC, etc.) pour aller à la rencontre de leurs collègues et les convaincre de les rejoindre dans la lutte. Très vite des liens de camaraderie se sont créés.

         Par ailleurs, certains restaurateurs ont refusé de préparer des commandes en signe de solidarité et en dénonçant la rapacité des plateformes.

         De fait, les fast-food ont été contraints de fermer leurs portes à 18 heures, tandis que Deliveroo et Uber Eats mettaient à l’arrêt leurs applications, prétextant que les livreurs étaient « très occupés » !

          Ce premier succès a donné aux livreurs le sentiment de s’être fait respecter et l’idée qu’il faudra recommencer pour obtenir satisfaction sur la rémunération des courses. Le lendemain, plusieurs sont retournés voir leurs collègues pour les convaincre de se réunir et de discuter ensemble de la suite.

Éducation : l’éducation prioritaire sacrifiée

 

L’abandon de l’École dans les quartiers populaires

 


Jeudi 14 janvier, des enseignants des écoles d’éducation prioritaire du grand Mirail étaient en grève pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail et, par conséquent, celles de leurs élèves.

         Réunis à une cinquantaine en AG ils ont dressé un état des lieux accablant de la situation des écoles de ce secteur : suppression du temps de concertation, manque chronique de remplaçants d’enseignants, qui s’ajoute à celui d’ATSEM et d’agents techniques (plusieurs centaines de demi-journées de classe compromises depuis la rentrée) ; 23 postes manquants d’AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap), manque de places dans les structures en charge de l’accueil des enfants ne parlant pas français ; diminution drastique des réseaux d’aide aux élèves en difficulté et de la médecine scolaire.

         Rejoints sur la pause méridienne par leurs collègues non-grévistes mais tout aussi révoltés, ils se sont rassemblés à une grosse centaine pour manifester leur colère aux cris de « le COVID a bon dos, c’est des moyens qu’il nous faut ! » ou encore « remplaçants REP+ supprimés, éducation prioritaire au rabais ». Très contents d’avoir ainsi manifesté leur ras le bol face à l’hypocrisie de ce gouvernement qui prétend se préoccuper des élèves des milieux défavorisés, ils se sont donné rendez-vous à la prochaine journée de grève nationale du 26 janvier.