Inde : une mobilisation massive
02 Décembre 2020
Le 26 novembre, une grève
générale était organisée en Inde, à l’appel de dix syndicats, soit l’ensemble
des organisations, à l’exception du syndicat BMS, proche du pouvoir. Deux cent
cinquante millions de travailleurs étaient appelés à cesser le travail, ce qui
a valu à ce mouvement d’être qualifié de « plus grande grève du monde ».
Les
banques, les transports, la sidérurgie, les ports et docks, les
télécommunications, l’énergie, les mines, le pétrole et le gaz étaient appelés
à faire grève, ainsi que la santé et les services sociaux. Cette grève a-t-elle
été effectivement suivie, et par combien de salariés dans cet immense
pays ? Elle semble avoir été peu importante à Delhi, la capitale. Mais,
malgré l’arrestation de syndicalistes la veille, elle a été largement suivie
dans les États du Kerala, du Tamil Nadu et du Bengale. Des affrontements ont eu
lieu avec la police. Dans l’Assam, des travailleurs des plantations de thé ont
brûlé l’effigie du Premier ministre Modi.
La grève était organisée contre
la politique antiouvrière du gouvernement. Les organisateurs ciblent en
particulier des textes adoptés en septembre au Parlement : la
flexibilisation du marché du travail qui facilite les licenciements ; une
réforme du Code du travail qui rend plus difficile la formation de syndicats,
qui doivent désormais représenter 51 % des effectifs d’une entreprise pour
être reconnus, et qui oblige les travailleurs à annoncer une grève deux
semaines à l’avance pour qu’elle soit légale.
Au-delà de ces réformes, la
pandémie s’est traduite en Inde par une dégradation brutale des conditions
d’existence des classes populaires. Alors que plus des trois quarts des actifs
relèvent de l’économie informelle, le confinement a eu pour conséquence que
quelque 140 millions d’Indiens auraient perdu leur emploi en mars dernier,
tandis que de nombreux autres ont vu leurs revenus s’effondrer, et redoutent le
retour des famines. Le pays traverse la pire crise économique depuis des
décennies et les organisations syndicales demandent également des aides
alimentaires et le versement d’allocations de secours.
Par ailleurs, des milliers
d’agriculteurs ont convergé vers la capitale du pays, Delhi, en particulier
depuis le Pendjab, grenier à riz et à blé du pays. Ils protestent contre la
libéralisation des marchés imposée par le gouvernement. En effet, jusqu’à
présent, une partie des agriculteurs vendent leur récolte sur des marchés
régionaux (mandis) régulés par les autorités locales, avec des prix fixés par
elles. La loi élargit désormais la vente à prix libre aux entreprises, qui
pourraient stocker et spéculer, et les paysans redoutent une chute de leurs
revenus.
Quelles que soient les
arrière-pensées des organisateurs et la portée de ces mobilisations, il est
avéré que la politique du gouvernement Modi, en place depuis 2014, est tout
entière dévouée à la bourgeoisie du pays, qui s’est enrichie ces dernières
années par une exploitation féroce des travailleurs indiens.
Michel
BONDELET (Lutte ouvrière n°2731)