De
Colombey au Panthéon : Macron tricolore
11 Novembre 2020
En attendant un hypothétique
vaccin, et faute de lits d’hôpitaux, on peut toujours offrir à la population
des cérémonies patriotiques.
Macron a donc tenté de noyer la
crise sanitaire galopante, l’augmentation du chômage et les effets de sa
politique profitable aux seuls capitalistes sous un flot de commémorations. Sa
semaine du 9 novembre a été entièrement consacrée à la mémoire de De Gaulle.
La télévision a été saturée
d’émissions hagiographiques, Macron, accompagné des médias, s’est déplacé à
Colombey-les-Deux-Églises pour l’anniversaire de la mort du héros. Le 11
novembre devait aussi être l’occasion d’un discours célébrant le grand homme,
en attendant les cérémonies du 22 novembre, anniversaire de sa naissance. De la
Lorraine jusqu’à l’Arc de Triomphe et au Panthéon, Macron a chaussé de très
très gros sabots, expliquant que, comme le général à son époque, il incarne
l’esprit de résistance et d’unité nationale à l’heure des périls. C’est
ridicule, mais c’est aussi significatif.
Macron, comme tous les
gestionnaires des affaires de la bourgeoisie, doit faire accepter des
sacrifices à la population, et en particulier aux travailleurs, alors que les
bénéfices des grands capitalistes sont protégés. Cette politique de classe
apparaît encore plus clairement à l’occasion de la crise sanitaire, dans
laquelle tous sont sacrifiés sur l’autel du grand capital : précaires
jetés à la rue, ouvriers surexploités dans des nids à virus, petits commerçants
piétinés, etc. Quoi de mieux alors que l’appel à l’unité nationale, à l’intérêt
supérieur de la patrie pour faire marcher au pas la population ?
De la même façon, Macron donne
une tonalité particulièrement cocardière à la commémoration du 11 Novembre.
Depuis des décennies, dans le cadre de la construction européenne, cette
journée était plutôt marquée par la réconciliation franco-allemande et la
célébration de la paix. On y fit parfois mention des fusillés pour l’exemple,
voire des mutineries. Pas question de cela cette année, où l’on célèbre le
peuple se transformant en « armée victorieuse », le sacrifice des
soldats pour « qu’ils ne passent pas », la défense de la patrie
contre l’agresseur. Cette évolution va de pair avec la généralisation des
propos réactionnaires, les campagnes xénophobes, l’encadrement de la vie
sociale, la protection de la police aux dépens des libertés publiques et, plus
dangereux encore, l’explosion des budgets militaires. Si la crise s’aggrave et
si les relations internationales se tendent, le gouvernement voudrait pouvoir
ranger la population derrière lui, en ordre de bataille et au commandement. Les
cérémonies patriotiques et l’appel aux mânes du Général sont à la fois une mise
en scène de basse politique et une préparation aux probables catastrophes à
venir.
Paul GALOIS (Lutte ouvrière n°2728)