mercredi 11 novembre 2020

11 novembre, 11 novembre 1918 : la fin d'une boucherie qui en annonçait d'autres. Un article de notre journal pour le 90ème anniversaire de l’armistice mais qui est toujours aussi juste

Chaque 11 novembre nous sommes sans doute des millions de personnes à travers le monde à avoir un petit pincement au cœur. Certes les derniers survivants de la Première guerre mondiale ont maintenant tous disparu, mais nombre de leurs enfants, même très âgés, sont toujours là.

         L’existence de ces derniers a été marquée fondamentalement par cette guerre  qui bouleversa complètement le devenir de leurs parents au lendemain du conflit, bien sûr quand le père avait disparu, mais même lorsqu’il en était revenu. Pour des dizaines de millions d’individus, leur vie en fut marquée à jamais et le fardeau qu’ils portèrent allait peser sur les générations qui suivirent jusqu’à nos jours.

11 novembre 1918 : la fin d'une boucherie qui en annonçait d'autres.

05 Novembre 2008

Il y a 90 ans, le 11 novembre 1918, finissait la Première Guerre mondiale. Le fracas des canons et le sifflement des obus se taisaient enfin sur le front occidental, dans les campagnes, les villages et les villes dévastés par plus de quatre ans de guerre.

Un par un, les alliés de l'Empire allemand avaient signé un armistice : la Bulgarie le 30 septembre, l'Empire ottoman le 27 octobre, l'Autriche-Hongrie le 3 novembre. Le 11 novembre enfin, en forêt de Compiègne, l'armistice était signé entre l'Allemagne et les représentants militaires français, agissant au nom des Alliés de l'Entente (France, Angleterre, États-Unis, Italie). Le camp des Empires centraux sortait de la guerre défait, tandis que celui de l'Entente remportait la victoire, pour autant du moins qu'on puisse utiliser ce mot pour un aussi sinistre résultat.

15 millions de morts... pourquoi ?

Du côté des peuples, les morts, les blessés, les invalides, les veuves, les orphelins se comptaient par millions. Les historiens dénombrent environ 9 millions de morts sous l'uniforme : 2 000 000 pour la Russie, 1 800 000 pour l'Allemagne, 1 500 000 pour l'Autriche-Hongrie, 1 400 000 pour la France, 900 000 Britanniques, 600 000 Italiens, 400 000 Ottomans... En France, un mobilisé sur six n'était pas revenu, 10 % des hommes actifs. Les populations civiles n'avaient pas été épargnées : on comptait 2 000 000 de morts civils en Russie, 1 000 000 en Serbie et Autriche-Hongrie, 800 000 en Allemagne, 800 000 en Roumanie du fait de la famine, des bombardements, sans compter le massacre des Arméniens ni les ravages de la grippe « espagnole », d'autant plus meurtrière qu'elle frappait des populations épuisées.

Et tout cela pourquoi ? Dans les manuels d'histoire, le déclenchement de ces quatre années de meurtres de masse est généralement présenté comme la conséquence d'un fait presque anecdotique, l'assassinat par un étudiant serbe, le 28 juin 1914, de l'archiduc François-Ferdinand de Habsbourg, héritier de la couronne impériale austro-hongroise. Il y eut ensuite l'ultimatum puis, le 28 juillet, la déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie, soutenue par l'Allemagne, à la Serbie ; la mobilisation russe ; puis en réponse la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie de Nicolas II le 1er août, et à la France le 3 août. De déclaration de guerre en déclaration de guerre, les autres pays furent alors entraînés dans le tourbillon, le Royaume-Uni, le Japon, l'Empire ottoman, plus tard l'Italie. Le jeu des alliances aidant, dans presque toute l'Europe 70 millions d'hommes furent mobilisés et, à partir d'avril 1917, 4 millions de soldats américains.

En fait l'attentat du 28 juin n'avait fait que fournir un prétexte au déclenchement d'un conflit qui se préparait depuis longtemps. Deux camps s'étaient graduellement formés, autour de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie d'une part, et autour de la France, de la Russie tsariste et du Royaume-Uni d'autre part. Entre ces deux camps, les bruits de bottes ne cessaient de retentir : à propos du Maroc, entre la France et l'Allemagne, en 1905 ; entre la Serbie, la Russie et l'Autriche-Hongrie en 1908 ; à nouveau à propos du Maroc en 1911 ; puis ce furent, en 1912 et 1913, des conflits incessants dans les Balkans.

Après le partage impérialiste, le repartage

Une course effrénée aux armements battait son plein entre les grandes puissances, en particulier entre l'Allemagne et la Grande-Bretagne pour la domination des mers. Les gouvernements faisaient voter des lois renforçant sans cesse la taille des armées. Car, à l'échelle mondiale, la concurrence entre États européens était parvenue à un point critique.

Les conquêtes coloniales avaient, dans la seconde moitié du XIXe siècle, placé la Grande-Bretagne largement en tête des pillards : en 1876, elle étendait sa domination sur 22 millions de kilomètres carrés et 250 millions d'hommes. La France la suivait de loin, mais s'était imposée en Algérie, au Sénégal, en Côte-d'Ivoire, au Gabon, à Madagascar, en Nouvelle-Calédonie, en Indochine. À la fin du XIXe siècle, la Belgique, l'Allemagne et l'Italie s'étaient également frayé une place dans la course aux colonies. En Afrique, en 1914, seuls le Liberia et l'Éthiopie étaient encore juridiquement indépendants : 122 millions d'Africains étaient sous la domination de l'un ou l'autre des États européens. La situation était semblable en Asie, en Océanie, tandis que l'Amérique du Sud était dominée par l'impérialisme britannique auquel les USA rêvaient de succéder.

Dans ce monde entièrement partagé, il ne pouvait plus y avoir désormais que des repartages. Les capitaux accumulés dans les pays impérialistes cherchaient des débouchés dans les pays coloniaux ou semi-coloniaux, non dans le but de les développer mais avant tout de s'assurer des profits en retour. « Le capitalisme s'est transformé en un système universel d'oppression coloniale et d'asphyxie financière de l'immense majorité de la population du globe par une poignée de pays « avancés ». Et le partage de ce butin se fait entre deux ou trois rapaces de puissance mondiale, armés de pied en cap [...] qui entraînent toute la terre dans leur guerre pour le partage de leur butin », écrivait Lénine en 1916.

La guerre, produit du capitalisme

La fin de la guerre aurait pu être aussi celle de ce système. En Russie, en 1917, les travailleurs avaient réussi à abattre le tsarisme et à instaurer un pouvoir ouvrier, celui des soviets. En Allemagne, ce même mois de novembre 1918 fut celui de la chute du Kaiser et de la révolution des conseils ouvriers. D'autres mouvements révolutionnaires allaient suivre dans toute l'Europe, en Hongrie, en Italie. Malheureusement la bourgeoisie, avec l'aide des partis socialistes réformistes, réussirait à reprendre la situation en main et à isoler la Russie révolutionnaire, qui deviendrait l'URSS.

Au plus fort de la guerre, dans l'horreur des tranchées, beaucoup avaient juré que celle-ci serait bien la « der des der », car ils pensaient qu'après cette expérience jamais une humanité raisonnable ne pourrait envisager de retomber à un tel degré d'abomination. Il n'allait pas en être ainsi. Ni la défaite des Empires centraux, ni la « victoire » des Alliés, ni les partages de territoires auxquels ceux-ci allaient se livrer pour se répartir le butin ne résoudraient les problèmes du capitalisme.

Dans l'Italie victorieuse mais épuisée par la guerre, l'échec de la révolution allait permettre au mouvement fasciste de Mussolini de prendre le pouvoir dès 1922. Dans l'Allemagne vaincue, la défaite de la révolution ouvrirait la voie aux mouvements d'extrême droite prônant la revanche et s'inspirant de l'exemple italien. À peine la Première Guerre mondiale pour le partage du monde terminée, on pouvait sentir poindre la seconde, qui viserait à remettre en cause le partage organisé par les traités de paix de 1919. Et en effet, après le krach boursier de 1929, la crise économique généralisée ouvrirait la voie au nazisme en Allemagne. La marche à la guerre allait reprendre.

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage », avait dit Jean Jaurès, assassiné trois jours avant la déclaration de guerre du 3 août 1914. Deux fois au cours du XXe siècle, le système capitaliste s'est montré capable de précipiter le monde dans des guerres généralisées. Et si, depuis 1945, l'incontestable supériorité des USA a empêché tout conflit ouvert entre impérialistes, les rivalités entre ceux-ci ont entretenu, sinon provoqué, d'innombrables guerres dans le Tiers Monde, au total presque aussi meurtrières et destructrices.

Aujourd'hui, en cette période de crise financière, le système impérialiste montre qu'au fond il n'est pas moins fou en 2008 qu'il ne l'était en 1914, en 1929 ou en 1939. Ce système aberrant, injuste, basé sur la recherche effrénée du profit, comporte toujours pour l'humanité la même menace de plongée dans la barbarie. C'est d'abord de cela qu'il faut se souvenir aujourd'hui, et dont il faut tirer les leçons.

 

                   Viviane LAFONT (Lutte ouvrière n°2101)

Bonnes lectures du confinement 2. Onzième jour. « L’échelle de Jacob » de Lioudmila Oulitskaïae

 


Voilà un gros livre (615 pages) pour lecteur gourmand, mais qui fait partie de ces lectures que l’épaisseur n’arrête pas lorsque le propos, le ton, et l’écriture glissent et entraînent.

         Il s’agit d’une saga écrite à partir des propres archives familiales de l’écrivaine. Une histoire commençant en 1911 et s’achevant précisément un siècle plus tard. On suit plus que l’histoire des protagonistes, divers et attachants, mais aussi leurs états-d’ âme, leurs sentiments, leurs impasses, leurs espérances, exprimés avec beaucoup de finesse. Cela sonne très juste sans aucune fausse note.

         C’est un roman russe dans la tradition des plus grands. Une écriture simple qui suit de près les réflexions et les propos des personnages et de la narratrice principale, Nora, en totale empathie avec les siens qui, pour le moins, n’ont pas eu la vie, ou toute la vie, facile. Nous sommes en Russie, et chacun en connaît les tourments, en particulier ceux des années 1930.

         Le cœur du roman est la relation entre ses grands-parents, Jacob et Maroussia. Cet amour fou que marquèrent ces circonstances difficiles est décrit d’une façon extrêmement touchante et convaincante. Mais finalement, c’est tout le roman qui est de cette même veine.

         À cela il faut ajouter des références historiques, scientifiques et culturelles, qui incitent à en savoir plus, sans que cela soit lourd.

         Merci à l’amie M. qui m’a permis de lire ce roman qui marquera. DM

 

         À Argenteuil, la librairie Le Presse-papier n’échappe pas au confinement (le point presse en revanche continue de fonctionner). En revanche, l’achat de « livres à emporter » est possible.

         À l’étage librairie, on demande un livre, et on vous l’apporte. On peut aussi téléphoner pour commander au :

0139619395

lepressepapier@wanadoo.fr,

mardi 10 novembre 2020

Éditorial des bulletins Lutte ouvrière d’entreprise du lundi 9 novembre 2020

 De Trump à Biden, deux styles pour une politique capitaliste

Trump a donc été renvoyé par les électeurs américains à son golf et à ses casinos. Pendant quatre ans, il a incarné la politique capitaliste dans ce qu’elle a de plus cupide et de plus brutal. Par sa xénophobie, son racisme, sa démagogie crasse, il a aussi creusé les divisions parmi les travailleurs, entre Blancs et Noirs, entre Américains et migrants. Contre le Covid-19, pour préserver les profits patronaux, il a refusé tout confinement et jusqu’au port du masque et aux gestes barrière. Il a ainsi favorisé la propagation du virus et l’hécatombe qui frappe aujourd'hui, en particulier les plus pauvres. Avec la crise, la condition des ouvriers américains, qu’il prétendait défendre, s’est encore dégradée. Des dizaines de millions de personnes se retrouvent aujourd'hui au chômage et dépendantes de l’aide alimentaire. À l’inverse, les capitalistes ont vu leurs impôts baisser et leurs profits augmenter.

L’élection de Biden a suscité un soulagement chez ceux qui ne supportaient plus Trump, mais cela ne durera pas. D’abord, Trump a recueilli 71 millions de voix, huit millions de plus qu’en 2016. Les milices armées et les groupes d’extrême droite qu’il a encouragés seront toujours là. Ils vont représenter, avec l’aggravation de la crise sociale et économique, un danger pour les Noirs, les migrants et en fin de compte tous les travailleurs.

De ce point de vue-là comme du reste, il n’y a rien à attendre des démocrates et de Biden, que les médias français et européens nous ont vendu comme le sauveur du monde entier. Biden est dans la politique depuis 1972, il a eu tout le temps pour montrer quelle classe il servait : la bourgeoisie de la première puissance mondiale. Au Sénat pendant 36 ans, vice-président d’Obama pendant huit ans, il fut toujours loyal envers le monde des affaires. De nombreux grands patrons l’ont soutenu financièrement pendant la campagne. Et, lundi, Wall Street et les Bourses mondiales ont célébré sa victoire. Biden serait même prêt à prendre des républicains dans son administration. On nous dit que Biden sera moins grossier et moins stupide que Trump, ce qui n’est pas difficile. Mais derrière le vernis, la politique menée par l’administration américaine sera la même, tout entière dédiée aux intérêts des multinationales les Exxon, Amazon et autres Tesla.

Les États-Unis sont la première puissance mondiale et leur loi s’impose à bien des peuples. Partout, ils ont soutenu les dictatures qui servent leurs intérêts, des rois du pétrole aux colonels sud-américains. Au Moyen-Orient, ils ont toujours appuyé Israël contre les Palestiniens. Quant aux régimes qui refusent leur férule, ils en paient parfois le prix fort, comme Cuba, sous embargo depuis 1962… Et nombreux sont les pays dont le travail est pillé par les multinationales des États-Unis ; c’est le cas de la plupart des pays d’Asie et d’Amérique latine.  

Ce rôle combiné de premier brigand et de gendarme du monde, les États-Unis l’ont assumé quel que soit le parti au pouvoir. C’est une administration démocrate qui engagea le pays dans la terrible guerre du Vietnam. Et plus récemment, Biden approuva les guerres d’Afghanistan et d’Irak.

Non, les choses ne vont pas changer avec un nouveau président. Les élections ne peuvent d’ailleurs changer les choses. Nous en savons quelque chose ici. Certes, chaque pays a ses particularités. Mais l’alternance gouvernementale entre des partis pro-capitalistes, nous connaissons. Les faiseurs de promesses et les marchands d’illusions, la démagogie xénophobe et raciste comme dérivatif à la crise sociale : tous ces ingrédients de la politique américaine, nous les connaissons aussi ! À vrai dire, nous avons même un Biden à l’Élysée et une Trump dans l’opposition…

Le peuple américain a aussi une histoire de luttes et de combats. Dans les années 1930, la classe ouvrière se mobilisa massivement. Dans les années 1960, le pays fut ébranlé par la révolte des Noirs, qui inspira des luttes dans le monde entier. Plus récemment, après le meurtre de George Floyd, des dizaines de millions de personnes ont manifesté contre le racisme et les violences policières.

Ce qui va compter à l’avenir, ce sont les mobilisations, les luttes du monde du travail, des jeunes, des opprimés. Là-bas comme ici, ce qui va être essentiel, c’est la capacité des travailleurs à mener la lutte contre cette classe capitaliste qui n’en a jamais assez, et qui est prête à tout pour maintenir ses profits. 

 

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