jeudi 12 juillet 2018

Lecture d’été (4) : Alice Zeniter, L’art de perdre, Flammarion


L’Art de perdre



Bien évidemment, comme lecture d’été, on ne peut laisser de côté L’art de perdre d’Alice Zeniter. Un gros livre dont le temps des vacances permet enfin pour quelques-uns d’entre nous justement la lecture tranquille et continue.
         C’est une longue fresque qui s’étale sur 70 ans, et qui concerne l’histoire des deux rives de la Méditerranée, entre Algérie et France, et qui a comme cœur cette Guerre d’Algérie dont les blessures ne sont toujours pas refermées.
         Les évènements politiques entraînent les individus, quoi qu’ils en pensent, et surtout s’ils ne les « pensent » pas consciemment. Ces évènements les mènent alors là où jamais ils auraient imaginé aller.
         Ce livre évoque bien évidemment les « Harkis » en remettant certaines pendules à l’heure en évoquant leur profonde diversité. Il a pour sujet bien évidemment la Guerre d’Algérie, mais il aborde aussi la question de la mémoire, de sa transmission -ou pas- entre des générations qui se suivent, pour certaines loin du passé tragique.
         Ce livre a obtenu le Prix Goncourt des lycéens, et il le mérite. C’est un excellent roman historique qui stimule en même temps la réflexion.



Alice Zeniter, L’art de perdre, Flammarion, aux alentours de 22 euros. C’est un peu cher. Le roman sortira en poche début octobre dans la collection « J’ai lu ». Et puis, les livres c’est fait pour être prêtés. Je peux prêter mon exemplaire...

mercredi 11 juillet 2018

A 15 toujours hyper saturée : madame Borne passe et les bouchons sont toujours là


Un petit tour et puis s’en va

La ministre des transports est venue hier sur l’A15 à Argenteuil où deux voies sont fermées depuis mai dernier sur le viaduc de Gennevilliers dans le sens Province-Paris. Elle a déclaré « venir sur place pour se rendre compte de la situation ». Comme si une bonne vidéo n’aurait pas pu éviter le déplacement à la ministre et à l’aéropage qui l’accompagnait, et d’ajouter quelques véhicules supplémentaires dans le paysage.
Quant aux difficultés de tous ceux qui empruntent cette voie essentielle, pour la ministre, « Il faut permettre aux automobilistes de trouver des alternatives pour délester un peu cet axe ». Oui, mais lesquelles madame la ministre ? Apparemment, il faudra attendre encore pour qu’elle nous le dise, alors que cela fait des semaines que les élus du département ont fait des propositions sur le sujet, sans suite jusqu’à ce jour.
La photo ci-dessus que nous empruntons au journaliste du journal Le Parisien Christophe Lefèvre est bien symbolique. Ministres et élues sont là, mais en donnant l’impression qu’ils ne savent pas trop pourquoi. La caravane passe, et les énormes difficultés pour les automobilistes sont toujours là.

Mais, vraiment, que faisons-nous là ?

Migrants, Principe de « fraternité », et… réalité


Très loin de la coupe aux lèvres

 
A Joué les Tours                                            Ph.France bleue

Dans l’affaire de la requête des défenseurs des migrants, le conseil constitutionnel vient d’évoquer un « principe de fraternité ». Si ce mot de « fraternité » figure depuis des lustres sur les frontons des édifices publics, il entre maintenant dans le droit français. Le conseil constitutionnel considère que dorénavant « À l’instar de la liberté et de l’égalité, la fraternité devra être respectée comme principe constitutionnel par le législateur et elle pourra être invoquée devant les juridictions. »
Mais chacun sait ce qu’il en est dans la réalité du « respect » des valeurs de Liberté, d’Egalité, et de Fraternité. Du respect de ce nouveau principe de « Fraternité », on peut, sans coup férir, en attendre la même chose. Les militants et les associations d’aide aux migrants qui mettent, eux, en pratique, la vraie fraternité, continueront, pour l’essentiel, à devoir compter avant tout sur leur force, leur courage, et leur détermination pour les aider.

Argenteuil : la jeunesse de banlieue qui ne part pas en vacances mérite une attention toute particulière


Cela devrait être une évidence pour tous !



Comme chaque année, la municipalité d’Argenteuil organise quelques activités estivales qui s’adressent en particulier à la jeunesse. « Quelques », car, on peut dire qu’elle le fait nettement à l’économie. Son principe est de concentrer celles-ci dans un quartier sur cinq jours seulement, puis de les déplacer dans un autre, et ainsi de suite. Les enfants et les jeunes auront ainsi droit à un petit air de vacances durant cinq jours et puis plus rien…
         Comme si la municipalité n’avait pas pu concentrer les moyens, et tout l’été, essentiellement dans le parc des Berge, mais aussi près du complexe Jean Vilar et, non loin, dans la maison de quartier de la rue des Gobelins.
         Elle pourrait en particulier, en vue des chaleurs prévues, installer des jets d’eau adaptés comme cela se pratique. Elle pourrait faire appel aux associations comme cela se fit à la marge naguère. Concentrant les activités dans le Centre, elle éviterait de devoir monter et démonter plusieurs fois les installations. Pour le déplacement des jeunes, la municipalité pourrait demander la gratuité des transports en juillet et août pour TVO-Transdev qu’elle subventionne… Elle pourrait aussi utiliser les minibus dont elle dispose, pour organiser des navettes comme elle l’a fait en direction, certes d’un autre public, à l’occasion du «Mai des artistes ».
         Et tout cela, sans guère de frais supplémentaires…



Carte d’identité et frontières, Kafka n’est toujours pas loin



Au pays de Kafka...

 
Entre la Bulgarie et la Turquie (Ph. Le Monde)

Parce qu'il a un jour perdu sa carte d'identité et qu'il est né en 1942 en Sarre, Jean-Pierre Lang s'est retrouvé en 2012 avec une carte d'identité indiquant comme prénom Johann-Peter, le prénom inscrit sur son acte de naissance en 1942. Et pourtant ses parents sont français et tous ses autres papiers - carte vitale etc - sont au prénom de Jean-Pierre.
Inutile de dire que cela lui occasionne bien des soucis. Mais impossible de faire rectifier sa carte d'identité, rapporte aujourd'hui le Républicain lorrain, une vraie histoire de fou où celui qui a fait 18 mois de service militaire doit prouver qu'il est français.
Voilà le produit des frontières, des barrières entre les hommes.

Comme complément, lire le beau récit évoqué ci-dessous dans nos « lectures d’été »

Lectures d’été (3) : Zinc, de David Van Reybrouck, quand les frontières sont une catastrophe


Zinc

David Van Reybrouck, Zinc, Actes Sud 80 pages



Dans ce livre David Van Reybrouck retrace ici l’histoire d’un infime territoire coincé entre la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne, un minuscule territoire déclaré neutre par les grandes puissances jusqu’en 1919, faute d’un accord sur le tracé des frontières alentour. Une situation compliquée par la présence d’un important gisement de… zinc.
« Un siècle de neutralité heureuse du village de Moresnet, une sorte d’Europe en miniature : les nationalités s’y côtoient, les lois sont françaises, l’administration germano-belge, le service militaire est longtemps ignoré. Mais en 1914 l’Allemagne l’occupe, avant que le traité de Versailles ne l’attribue à la Belgique. Et ce n’est qu’un début, car les guerres du xxe siècle ne cesseront de meurtrir la population de cette enclave autrefois privilégiée.
Cette histoire, David Van Reybrouck nous la conte à travers le destin d’Emil Rixen. Né en 1903, cet homme ordinaire changera cinq fois de nationalité sans jamais traverser de frontière : “Ce sont les frontières qui l’ont traversé.” » (Présentation d’Actes Sud)

David Van Reybrouck, Zinc, Actes Sud 80 pages, 8,5 euros. A commander dans toute bonne librairie, telle Le Presse-Papier à Argenteuil

mardi 10 juillet 2018

Editorial des bulletins Lutte ouvrière d'entreprise du lundi 9 juillet 2018 : "Carton rouge pour le capitalisme"


Carton rouge pour le capitalisme

9/07/2018


Entre matchs du Mondial et Tour de France, il paraît que l’heure est à la détente. On a pu voir Macron en bras de chemise exulter après un but de l’équipe de France, histoire de jouer les messieurs tout le monde. Et c’est l’occasion pour les politiciens de tout bord d’entonner le refrain de l’unité nationale. Par la grâce du ballon rond, toutes les inégalités seraient censées disparaître derrière une grande fraternité tricolore.
Les grandes compétitions sportives sont à l’image de la société capitaliste et le chauvinisme le dispute aux affaires de gros sous. Comme le Tour de France, le Mondial est une machine à faire de l’argent. Derrière les prouesses des joueurs ballon au pied, des centaines de millions sont en jeu, qui finissent dans les poches des chaînes de télévision, des grands groupes de médias, des équipementiers sportifs et autres sponsors officiels, prêts à débourser des millions pour transformer les joueurs en panneaux publicitaires ambulants.
Tant que l’équipe de France gagne, le Mondial est une bonne affaire pour Macron, qui espère surfer sur l’enthousiasme collectif. Il a justifié le report du plan anti-pauvreté – en réalité un plan anti-pauvres – en expliquant que c’était pour mieux s’en occuper plus tard, lorsque les têtes ne seraient plus au foot ou aux vacances… des vacances dont un adulte sur deux et un enfant sur trois ne voient pas la couleur, le plus souvent faute de moyens. La progression de la pauvreté ne fait pas de pause l’été. L’explosion du prix du gaz s’ajoute à toute une politique du grand patronat qui conduit à l’effondrement du niveau de vie des plus modestes, au chômage qui n’en finit pas, aux bas salaires.
Macron a reporté le plan anti-pauvreté, mais pas son show à Versailles devant les parlementaires. Il s’y accorde une heure d’autoglorification et fait son discours sur les vertus de « l’émancipation individuelle ». Mais de quelle émancipation parle-t-il ? De celle des livreurs à domicile au statut d’auto-entrepreneur ? Ils viennent d’entamer une grève contre l’arnaque d’une pseudo liberté les condamnant aux semaines à rallonge et aux payes minables. De celle des ouvriers de PSA Vesoul ? Ils viennent de voir leur temps de travail rallongé sans que la paie suive. De celle des travailleurs de Carrefour ou de la Grande Récré, de Whirpool ou de Ford dont les emplois sont perdus ou sur la sellette ? 
Les spectacles sportifs ou politiciens font la Une de l’actualité, mais ils ne peuvent pas masquer éternellement la réalité : celle des mille difficultés du quotidien des travailleurs, tandis que la richesse se concentre toujours plus à l’autre bout de la société. D’après un classement publié la semaine dernière, les 500 plus gros capitalistes du pays ont multiplié leur fortune par deux en dix ans ! 2018 est ainsi une année record pour eux, dont les fortunes culminent à 650 milliards d’euros, soit une fois et demi le budget de l’État. Combien de millions d’emplois utiles pourraient être créés avec cet argent, au moment où le gouvernement serre la ceinture aux collectivités locales, aux hôpitaux et à tout ce qui est indispensable à la population ?
Luxe et engins de morts se côtoient aux premières places du classement. Les magots des Arnault, Dassault, Hermès, Mulliez et autres Pinault battent tous les records. Voilà qui en dit long sur les perspectives que cette économie offre à l’humanité !
La bourgeoisie aux commandes mène la guerre aux travailleurs et elle en encaisse tous les bénéfices. Dans leur économie à bout de souffle, les marchés saturés n’offrent pas de débouchés suffisamment rentables aux capitalistes à la recherche des profits les plus élevés. Et au lieu d’investir leurs capitaux dans la production, ceux-ci préfèrent les placer dans la spéculation, les coups de poker financiers, les rachats d’entreprises, qui représentent autant de risques d’une nouvelle crise financière. Leur système n’est pas seulement révoltant, il est irresponsable et dangereux !
À l’échelle du monde, c’est une poignée de multimilliardaires qui contrôle l’économie et qui prospère, sans faire progresser d’un pouce l’ensemble de la société. Ils nous mènent au contraire à la catastrophe. L’intérêt privé des capitalistes domine l’économie : cela se traduit par le recul des conditions de vie et de travail dans les pays riches et par le maintien dans le sous-développement d’une grande majorité de la planète.
Pour rendre les coups et imposer notre droit à une existence digne, il faudra une explosion sociale qui remette en cause la domination capitaliste sur l’économie. Car la seule émancipation, la seule liberté que les travailleurs peuvent espérer, c’est celle qu’ils réussiront à imposer collectivement, contre la classe riche et les politiciens à son service.

LVMH, « Luxe » : hit-parade des grandes fortunes et des dépenses des riches


Le seul « pognon de dingue »

 
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Le magazine Challenges vient de publier son hit-parade annuel des « fortunes de France ». Le patron de LVMH, Bernard Arnault, reste n°1 et voit sa fortune grossir de 56 %, passant de 46,9 milliards à 73,2 milliards d'euros !
Le secteur du luxe se taille la part du lion. Après LVMH, on trouve Hermès et L'Oréal. Si le luxe se porte si bien, c'est que les riches, sa clientèle, ne l'ont jamais été autant et, en plus, ils sont cajolés par le gouvernement de Macron et consorts.
La même semaine, l'OCDE a publié un rapport qui s'inquiète de la stagnation des bas salaires ; une stagnation qui fait la fortune des multimilliardaires.