mercredi 4 mai 2016

La sociologue et l'ourson, 3000 nuits, à Argenteuil, on les attend sur les écrans



Les oursons se rebiffent

Plusieurs dizaines de membres dont nous-mêmes des deux associations visées par la déprogrammation autoritaire de deux films prévus dans le cadre de leur activité locale, l’ADCI et l’Association France Palestine, ont assisté hier à la conférence de presse en plein air qui a eu lieu devant l’Hôtel de Ville d’Argenteuil. Plusieurs médias y assistaient.
         Cette conférence a été l’occasion de rappeler l’incompréhension contre une mesure qui n’a aucune justification.
         On ne voit pas à quels risques à l’ordre public le maire d’Argenteuil fait allusion pour justifier ces interdictions de fait. Nulle part la projection de ces films, comme il a été rappelé lors de cette conférence de presse n’a entraîné d’incidents. On ne voit vraiment pas. Pourquoi en aurait-il été autrement à Argenteuil où des questions discutables peuvent être éventuellement discutées, à Argenteuil comme ailleurs, à moins de considérer la population d’Argenteuil comme ignare et antidémocratique.
         Les médias ont pris unanimement leurs distances avec cette décision, y compris dans des médias a priori proches du courant politique du maire d’Argenteuil. En tout cas, elles ont largement rapporté le fait. Et elles aussi ne s’y trompent pas en parlant de « censure ». Il faut appeler un chat un chat, et la censure censure lorsqu’il en est question.
         Un rassemblement pour exiger la reprogrammation des deux films aura lieu ce samedi 7 mai à 15 heures. 



Devant la mairie d'Argenteuil

Uber, Heetch, économie collabotrative : nous collaboraons, j'empoche



Pour se déplacer vers… Pôle emploi ?

Même si nous ne sommes pas de ses « camarades », notre nom trainant sans doute sur un fichier, nous avons reçu un message du député d’Argenteuil-Bezons, vantant son activité de député. Oh pas sur le sujet qui occupe et inquiète actuellement le monde du travail, la loi Travail, mais à propos d’un sujet totalement à la marge de celle-ci, concernant l’ « économie collaborative »…  Et de nous vanter une nouvelle application dénommée Heetch qui peut faciliter, selon lui, le transport des jeunes contre les méchants taxis, de Paris vers la banlieue et vis-versa.
         Oui, mais sur l’essentiel, la loi Travail quel est l’avis du monsieur, peut-il nous le rappeler ? Une loi Travail qui, si elle votée, va tout de même considérablement dégrader les conditions du monde du travail, nouvelles applications très mode ou pas !
         Mais sur ce plan-là, le député du cru depuis des semaines est beaucoup plus discret. Sa politique serait davantage : rasons les murs, et attendons que l’orage passe.
         Ces gens-là, derrière Valls et Macron, jouent les modernes, en l’occurrence sur le plan du déplacement des jeunes. Mais ces jeunes qu’ils affectionnent tant en apparence, ils leur réservent dans le même temps un bel avenir : celui d’une dégradation nette de leurs conditions de travail et donc de vie, pour eux et leurs familles.

Loi Travail : répression antiouvrière en attendant. Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière



Répression antiouvrière

Les ministres et les médias parlent beaucoup des casseurs agissant en marge des manifestations, mais sont plus discrets sur la répression exercée contre des syndicalistes en lutte contre la loi travail. Le gouvernement continue pourtant à cette occasion la politique répressive dont on avait pu voir les effets, notamment contre les salariés en lutte d’Air France ou de Goodyear.
         Un cheminot, Nicolas Palmire, et un sociologue de l’université de Paris VIII, Nicolas Jounin, ont ainsi été arrêtés le 28 avril. Ce jour-là, l’intersyndicale de Saint-Denis avait organisé un barrage filtrant au port de Gennevilliers, qui devait être suivi d’un rassemblement à la Bourse du travail pour partir au défilé parisien. Les CRS ont entouré et interpellé les manifestants à leur sortie du métro. Nicolas Jounin décrit ainsi son interpellation : « J’ai été jeté à terre par un premier croche-pied, puis un second lorsque je me suis relevé. Un coup m’a assommé et je me suis retrouvé au commissariat sans bien comprendre ce qui m’arrivait. » Au commissariat, il a été mis en garde à vue et inculpé de violences sur un policier.
         Le lendemain, 300 personnes étaient rassemblées pour le soutenir devant le tribunal de Bobigny où il passait en comparution immédiate. La procureure, représentante de l’État, c’est-à-dire du gouvernement, réclamait son incarcération en détention provisoire jusqu’au 6 octobre, date de son procès, évoquant « le contexte actuel et les risques de récidives alors que de nouvelles manifestations sont programmées ». Il a finalement été libéré et placé sous contrôle judiciaire.
         Par ailleurs, un militant de la CGT PSA de Rennes, Fabrice Roulliaux, a été condamné à deux mois de prison ferme après la manifestation du 31 mars. Lui aussi a faussement été accusé de rébellion. Il avait refusé d’accepter une peine de travaux d’intérêt général (TIG), ce qui aurait été reconnaître un délit qu’il n’avait pas commis. Il a fait appel de cette décision.
         Bien d’autres militants syndicaux sont ainsi traînés en justice. C’est le cas de deux militants de la CGT, Yann Tavernet, technicien à PSA Trémery, et Denis Beckrich, agent territorial de la ville de Metz, pour lesquels le procureur exige une amende de 500 euros, ou encore de Joël Moreau, ancien délégué central du groupe PSA et militant CGT de PSA Mulhouse, condamné à une amende.
         Il s’agit bien d’une politique qui confirme que ce gouvernement est avant tout un gouvernement de combat contre la classe ouvrière. Mais ce n’est pas la répression qui parviendra à faire baisser la tête aux travailleurs.

                                          Daniel MESCLA (Lutte ouvrière n°2492)