La
dégénérescence du Premier État ouvrier
Pour nous qui nous réclamons de
l’analyse de Léon Trotski de ce que nous appelons la dégénérescence de l’Union
soviétique, celle-ci est l’œuvre des circonstances et de la montée d’une couche
sociale qui soutient un pouvoir défendant ses intérêts.
« Cette bureaucratie a commencé à se
développer dans l'État ouvrier dès qu'a cessé l'exercice réel du pouvoir par la
classe ouvrière elle-même, c'est-à-dire, en fait, dès le milieu de l'année
1918. Quelques années après, vers 1925, le "Thermidor soviétique" -
c'est à dire, pour reprendre l'expression de Trotsky, "le passage du pouvoir des mains de
l'avant-garde révolutionnaire aux mains des éléments les plus conservateurs de
la bureaucratie" - a été accompli… » (Le terme de
« Thermidor » reprenait celui des historiens de la Révolution
française désignant le renversement du gouvernement de Salut public de
Robespierre par des éléments désirant briser ce qui restait de l’élan populaire
qui avait jusqu’alors entraîné la Révolution en avant). Ce Thermidor de l’été
1794 ne remettait néanmoins pas en cause les bouleversements sociaux qui
avaient liquider la domination sociale de la noblesse).
« Trotsky, tout en dénonçant "la dégénérescence bureaucratique monstrueuse",
considéra cependant jusqu'à sa mort, en 1940, l'État soviétique comme un État
ouvrier, dégénéré certes, mais ouvrier quand même. Tout en combattant la
bureaucratie et ses représentants politiques comme des ennemis mortels de la
révolution prolétarienne, il montra en quoi cette couche sociale - dont bien
des éléments étaient psychologiquement et moralement proches des bourgeois
grands ou petits, plus avides d'avantages individuels et crasseusement
réactionnaires - avait des intérêts collectifs qui la distinguaient et, dans
une certaine mesure, l'opposaient à la bourgeoisie…
«… ses dirigeants conservèrent
pendant plusieurs décennies le vocabulaire formel de 1917 et leurs privilèges
restèrent liés à l'existence d'une économie étatisée. Mais par là-même ils
barraient le chemin à la bourgeoisie quoique à contrecœur pour un grand nombre
de bureaucrates.
Dans la seconde moitié des années
vingt, proches encore de la révolution, malgré le "Thermidor
soviétique", malgré la politique de ses dirigeants, malgré "le
socialisme dans un seul pays" qui constituait un reniement des idées du
communisme, malgré une politique internationale de plus en plus timorée avant
d'être franchement antirévolutionnaire, la Russie soviétique - devenue URSS en
1922 - resta un État à part, en ceci que la bourgeoisie ne s'y était pas
réinstallée… » (éléments extraits du numéro 50 de novembre 1992
de notre revue Lutte de classe. À lire in extenso via le site « lutte
ouvrière.org »
Prochaine brève : L’Opposition
de Gauche

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