Décembre
1920 : le congrès de tours et la naissance du Parti Communiste
Au sortir de la Première guerre
mondiale, en France aussi, des centaines de milliers d'hommes et de femmes aspirèrent
à changer la société et à suivre l'exemple des travailleurs de Russie dans le
combat qui visait à débarrasser l’humanité de l'exploitation capitaliste.
À
ce moment-là, le Parti Socialiste, Section Française de l'Internationale
Ouvrière (SFIO) dont les dirigeants avaient trahi en août 1914, vit néanmoins ses
rangs se gonfler de nouveaux adhérents, liés à la radicalisation des masses
ouvrières et des luttes sociales de l'immédiat après-guerre. Nombre de jeunes
ouvriers qui regardaient vers la Russie soviétique adhérèrent sur cette base
contre l'ancienne direction réformiste du parti. D'où les profondes luttes
internes qui secouèrent alors ce Parti Socialiste.
Ces
nouveaux militant étaient à des années-lumière des préoccupations
électoralistes et réformistes d'un parti qui n'avait plus de socialiste que le
nom. Ils espéraient contribuer à la victoire de la Révolution en Europe.
Si
en février 1920, la majorité des délégués rejeta encore l'adhésion à la toute
nouvelle Internationale Communiste lors du congrès du Parti Socialiste à
Strasbourg, le courant favorable à la IIIe Internationale se renforçait de mois
en mois.
Mais
en quelques mois, le rapport des forces changea. Et lorsque s'ouvrit le congrès
de Tours, le 25 décembre 1920, bien peu parmi les 285 délégués du Parti
Socialiste pouvaient avoir d'illusion sur l'issue des débats : la scission
s'avérait inévitable et l'adhésion de la majorité à l'Internationale Communiste
aussi.
Après
plusieurs jours de débats houleux, par 3 208 mandats contre 1 022, le
congrès de Tours décidait d'adhérer à la IIIe Internationale. La majorité, qui
représentait les mandats de 130 000 adhérents contre 30 000 à la
minorité réformiste, prenait alors le nom de Parti Communiste - Section
Française de l'Internationale Communiste (SFIC).
Les
dirigeants de l'Internationale étaient conscients de l'ambiguïté qui entourait
la naissance de la section française de l'IC. Ils entendaient écarter du
nouveau parti les réformistes les plus compromis avec le pouvoir, et essayaient
de ne pas voir s'écarter les ouvriers ayant encore des illusions à l'égard des
anciens dirigeants du Parti Socialiste ou n'ayant pas compris, ni même connu,
le rôle qu'ils avaient joué au sein de l'Union sacrée durant la guerre.
Le
changement de nom de la majorité du Parti Socialiste en Parti Communiste n'en
faisait pas pour autant un parti révolutionnaire. Les bolcheviks comptaient
bien s'appuyer sur les éléments révolutionnaires du jeune parti pour battre en
brèche l'influence des dirigeants réformistes qui avaient réussi à passer le
"barrage" des vingt et une conditions, fixées par les
révolutionnaires russes, conditions qui visaient à définir le cadre de
l'adhésion à l'Internationale Communiste. Voilà pourquoi ils étaient intervenus
pour que des militants issus du syndicalisme révolutionnaire comme Alfred
Rosmer et Pierre Monatte, militants internationalistes pendant la guerre,
adhèrent au jeune Parti Communiste.
Pour
forger une direction révolutionnaire, Lénine et Trotsky fondaient leurs espoirs
sur ces jeunes ouvriers que le Parti communiste avait su attirer par milliers.
Des jeunes militants qui osaient parler du communisme à une époque où affirmer
de telles opinions pouvait conduire en prison, qui intervenaient dans toutes
les luttes grévistes de la classe ouvrière, participaient aux campagnes
antimilitaristes et anticoloniales du parti.
Le
jeune parti ouvrier, né en décembre 1920, à Tours, comptait dans ses rangs des
dizaines de milliers de militants sincèrement dévoués à leur classe. Il
incarnait un immense espoir. DM

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