L’État, derrière sa façade « démocratique »
Ces derniers jours, des milliers
de lycéens ont manifesté à Paris leur colère contre les violences policières
ayant provoqué la mort de Rémi Fraisse sur le site du chantier de Sivens.
Une
fraction de la jeunesse est révoltée par ces troupes harnachées que l’État
envoie quand des gens osent s’opposer à ses choix. Et elle fait entendre son
indignation.
Un
article de notre hebdomadaire Lutte Ouvrière de cette semaine en vente dans les
kiosques et auprès des militants
Barrage
de Sivens : violences policières et violence sociale
Après la mort de Rémi Fraisse, le
jeune écologiste tué le 26 octobre lors d'une manifestation contre le barrage
de Sivens, le président du conseil général du Tarn, Thierry Carcenac, a déclaré
avec une choquante désinvolture : « Mourir pour des idées, c'est une chose,
mais c'est quand même relativement stupide et bête. »
Devant le
tollé ainsi déclenché, il a reconnu avoir utilisé une « expression malheureuse
», mais cela en dit long sur la suffisance de ce cacique du PS, à la tête du
conseil général du Tarn depuis 1991, député jusqu'en 2012 et par ailleurs
sénateur. Il n'y a pas à s'étonner si, lors des manifestations à Albi, «
Carcenac démission » et « Carcenac assassin » ont été les slogans les plus
repris.
Les
dirigeants locaux du Parti socialiste sont très impliqués dans ce projet de
barrage, qui a été jugé surdimensionné par des experts. Ces derniers ont
souligné son « coût d'investissement élevé », et regretté que le choix d'un
barrage ait été privilégié « sans réelle analyse des solutions alternatives
possibles ». Concernant son prix, la moitié des 8,4 millions d'euros
d'investissements auraient été à la charge de l'agence de l'eau Adour-Garonne,
majoritairement dirigée par des élus du Parti socialiste et également par des
représentants de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants
agricoles (FDSEA). L'agence n'aurait évidemment pas manqué d'en faire supporter
le coût aux consommateurs.
Pendant
des mois, l'opposition au projet de barrage est restée limitée. Les opposants
ont été ignorés, en butte parfois à des violences policières. Lorsque la mort
de Rémi Fraisse a fortement relancé l'opposition au barrage-réservoir, et
devant l'émotion suscitée, Manuel Valls s'est défaussé du problème sur les élus
du conseil général du Tarn, en demandant à ses dirigeants de « tirer les
conséquences des préconisations des rapports ». « C'est aux élus de prendre ces
décisions », a-t-il dit. Les élus en question se sont empressés de repasser la
patate chaude à Ségolène Royal, qui semble se spécialiser dans le rôle de
fossoyeur des projets à problèmes, qu'au final elle peut décider de mettre au
rebut.
Les
différents courants écologistes ont, quant à eux, fait un cheval de bataille de
cette « zone à défendre », comme ils appellent l'emplacement du barrage. Ils
ont été rejoints par ceux qui les courtisent depuis qu'ils ont quitté le
gouvernement. Quelques politiciens, ex-ministres, ex-sénateurs ou députés en
exercice, se sont ainsi montrés opposés au gouvernement. Ils pouvaient le faire
d'autant plus aisément que leur opposition se manifestait sur un sujet qui ne
gêne en rien le grand patronat dans ce qui lui est essentiel : son offensive à
l'encontre du monde du travail.
La
violence sociale faite de licenciements, de fermetures d'entreprises,
d'augmentation des cadences, de révision du Code du travail, d'aggravation des
conditions de salaire, de précarité et de chômage, cette guerre de classe au
nom du profit et de la compétitivité, qui condamne des centaines de milliers de
familles au dénuement, n'est nullement mise en cause par les mouvements qui
réclament, ici l'abandon d'un aéroport, là celui d'un barrage. Et, contre la
violence sociale, les frondeurs et autres opposants de pacotille, qui se greffent
un temps sur de tels mouvements, n'ont rien à dire, quand ils ne l'ont pas
eux-mêmes approuvée. Il est vrai que ceux parmi les manifestants qui cherchent
l'affrontement systématique avec la police, en pensant que c'est une marque de
radicalisme, n'ont pas grand-chose à dire non plus de cette violence sociale.
Il faut
être solidaire de ceux qui protestent contre les violences policières, de ceux
qui considèrent que la population a son mot à dire sur les marchés publics
passés en son nom. Mais, s'il peut y avoir des « zones à défendre », il y a
surtout une « classe à défendre » : la population laborieuse, qui est attaquée
depuis des années dans ses conditions de vie et de travail du fait de la
rapacité d'une poignée de capitalistes servis par le gouvernement.
Georges
Lattier
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