Allemagne :
lycéens contre le service militaire
Vendredi 5 décembre en
Allemagne, des dizaines de milliers de lycéens ont manifesté dans
90 villes contre la loi adoptée au Bundestag, le Parlement fédéral, qui
réintroduit le service militaire qu’avait supprimé le gouvernement d’Angela
Merkel en 2011.
Publié le 10/12/2025
Le 1er janvier
2026 entrera en vigueur une loi imposant aux jeunes hommes de 18 ans de
répondre à un questionnaire « visant à déterminer leur motivation et leur
aptitude à servir dans les forces armées ». Obligatoire pour les garçons,
il ne sera que facultatif pour les filles. Un an et demi plus tard, une fois
les « structures nécessaires » mises en place, le gouvernement estime
qu’environ 300 000 jeunes concernés pourront être convoqués pour passer un
examen médical, prélude à leur future incorporation. Pour leur dorer un peu la
pilule, celle-ci se ferait « en priorité » près de leur domicile, et la solde
allouée pour un engagement minimal de six mois se monterait au moins à 2
600 euros. Pour ceux qui s’engageraient pour un an, la solde grimperait et
la formation au permis de conduire serait payée.
Le ministre social-démocrate de
la Défense espère ainsi incorporer de plus en plus de jeunes, indépendamment des
faiblesses matérielles et humaines au sein de l’armée, que l’état-major
déplore. Il manquerait à l’effectif, selon un rapport officiel, plus de 24
000 sous-officiers et officiers, soit un cinquième de l’encadrement
nécessaire.
À force de propagande guerrière,
le gouvernement « noir-rouge » (CDU/CSU-SPD) de Friedrich Merz peut se targuer
de bénéficier d’une certaine approbation dans l’opinion publique. Un récent
sondage commandé par le groupe de presse Stern indique par exemple 54 %
d’opinions favorables à un retour de la conscription. Mais il suffit de
considérer les résultats par tranches d’âge pour y introduire une nuance
d’importance : quand deux tiers des plus de 70 ans y sont favorables, ils
ne sont qu’un tiers des 18-29 ans, ceux qui risquent d’être envoyés à la
guerre !
Malgré le rappel de certains
ministres régionaux concernant l’obligation scolaire et mentionnant les
conséquences encourues en cas d’évaluation ratée, le 5 décembre, les
lycéens ont été nombreux, à Berlin, à Cologne, Hambourg, Kiel, Munich, Leipzig,
Dresde, Francfort, etc., à répondre à l’appel du collectif Schulstreik gegen
Wehrpflicht, se mettant en grève scolaire contre le service militaire, avec
slogans, pancartes et banderoles. Si un jeune de 16 ans, prenant la parole
à Hanovre, a dit qu’il « préférait être gouverné par Poutine que d’aller à
la guerre », on a pu lire et entendre de nombreuses protestations, allant
des refus de servir de « chair à canon » à une banderole affichant (sans citer
l’auteur) le mot d’ordre de Karl Liebknecht en 1915, « L’ennemi principal
est dans notre propre pays ». On ne peut que souscrire à ce rappel. Un
appel a été lancé par le collectif organisateur à une nouvelle journée de
manifestations le 5 mars 2026. Pour contraindre le gouvernement Merz à
remballer sa loi, il en faudra encore d’autres.
Viviane
Lafont (Lutte ouvrière n°2993)