Deux ans après le 7
octobre : Israéliens et Palestiniens dans une double impasse
Deux ans ont passé depuis que, le 7 octobre
2023, plusieurs milliers de combattants du Hamas et d’autres groupes
palestiniens sont parvenus à percer la barrière de sécurité réputée
infranchissable érigée par Israël le long de la bande de Gaza, attaquant les
bases militaires et les Israéliens qu’ils rencontraient.
Publié le 08/10/2025
Plus de 1 200 personnes, en majorité des
civils, ont été tuées ce jour-là, ce qui en fait l’attentat le plus meurtrier
commis en Israël. 251 personnes ont été enlevées, 47 seraient toujours
otages à Gaza, dont 25 que l’armée estime mortes. Au moment de cette attaque,
bien des Palestiniens, à Gaza, en Cisjordanie et dans les camps de réfugiés des
pays arabes, se sont sentis vengés de l’oppression et du mépris dont ils
étaient l’objet depuis des années par l’État d’Israël. C’était oublier qu’en
s’attaquant ainsi au hasard à des hommes, des femmes et des enfants, le Hamas
recourait aux mêmes moyens que ceux utilisés par les dirigeants israéliens à
l’égard des Palestiniens. Il montrait aussi combien il se souciait peu des
conséquences pour son propre peuple, car il était prévisible que cette action
serait suivie d’une riposte israélienne de grande ampleur.
L’attentat du 7 octobre donnait en effet au
gouvernement Netanyahou le moyen de refaire l’unité nationale derrière lui,
alors qu’il était largement contesté, confronté depuis des mois à une forte
mobilisation contre un projet de réforme judiciaire. Exploitant le traumatisme
provoqué au sein de la population israélienne, Netanyahou a pu se lancer dans
une guerre qui est devenue une entreprise d’extermination des habitants de
Gaza. Après deux ans de bombardements, de blocus, de massacres aveugles, le
territoire de Gaza a été réduit à un véritable champ de ruines, des villes
entières ont été totalement rasées, plus de 90 % des logements ont été
détruits, le système de santé s’est effondré et la population meurt
littéralement de faim.
Le bilan de cette guerre est à la mesure des
moyens barbares employés par l’État israélien pour soumettre, voire anéantir le
peuple palestinien. Mais il montre aussi l’échec des politiques menées par les
organisations nationalistes palestiniennes.
L’Autorité palestinienne a été créée en 1993 par
les accords d’Oslo entre les dirigeants de l’OLP et ceux d’Israël. Mais ceux-ci
n’ont reconnu l’autorité de cette organisation palestinienne que pour en faire
un auxiliaire de police, chargé de maintenir l’ordre contre sa propre
population. Cette collaboration avec les autorités israéliennes a fait perdre
progressivement à l’Autorité palestinienne l’essentiel de son crédit au sein de
la population.
Quant au Hamas, en tirant des roquettes contre
Israël à partir de Gaza, qu’il contrôlait depuis 2007, et en menant des
attentats, dont celui du 7 octobre 2023 a été le plus spectaculaire et le
plus meurtrier, il a voulu entretenir l’image d’une organisation combattante,
plus radicale que l’OLP. Le but proclamé était de restaurer une Palestine «
du Jourdain à la mer ». Mais ses dirigeants ont toujours su qu’ils
n’avaient pas la force de mettre fin à la présence israélienne. En revanche,
ils voulaient gagner de l’influence parmi les Palestiniens pour s’imposer en
lieu et place de l’OLP comme un interlocuteur incontournable des dirigeants
israéliens et occidentaux. Le bilan de cette politique est désastreux pour le
Hamas lui-même dont on ne sait pas ce qu’il reste aujourd’hui de son appareil
politique et militaire, mais surtout pour la population palestinienne, qui a
payé le prix fort sur tous les plans.
En Israël, la population paye elle aussi un prix
très lourd, entraînée dans un conflit dont on ne voit pas la fin. Une partie
d’entre elle s’oppose à la poursuite de la guerre qui met en danger la vie des
otages. Depuis des mois, des milliers d’Israéliens manifestent. Des réservistes
refusent maintenant leur mobilisation. Beaucoup d’Israéliens expriment leur
opposition à l’égard de Netanyahou, dont le maintien au pouvoir dépend de la
poursuite de la guerre. Mais l’impasse actuelle est aussi la conséquence de la
politique menée par ses prédécesseurs qui, depuis 1948, ont refusé de
reconnaître les droits des Palestiniens et les ont privés de leurs biens et de
leurs terres, les contraignant à vivre dans des camps de réfugiés. Aucune paix
durable ne sera possible sans mettre fin à l’oppression des Palestiniens.
Quant aux organisations nationalistes
palestiniennes, leur véritable objectif est de faire reconnaître leur droit à
diriger un appareil d’État, ayant sa place, aussi réduite soit-elle, dans le
système impérialiste. En cela ils sont les représentants d’une bourgeoisie
palestinienne qui voudrait être traitée à l’égal des couches dirigeantes arabes
de la région. Mais l’État israélien s’est toujours opposé à cette perspective,
et il bénéficie du soutien indéfectible des grandes puissances impérialistes
qui voient en lui un pilier pour leur contrôle du Moyen-Orient.
La seule issue pour les populations de la région,
israélienne et arabes, est une lutte pour abattre les différents régimes qui
les oppriment. Au-delà, c’est le système impérialiste qu’il faudra abattre, ce
système qui, partout dans le monde, dresse les peuples les uns contre les
autres pour pouvoir tous les dominer. À l’échelle du Moyen-Orient, c’est une fédération
socialiste des peuples, reconnaissant à tous des droits égaux, qui leur
permettra de coexister pacifiquement.
Marc Rémy (Lutte ouvrière n°2984)
Les prochaines permanences et rendez-vous prévus à
Argenteuil et la région :
-Aujourd’hui dimanche 12 octobre, de
11 h. à midi au marché Héloïse ;
-lundi 13 octobre, centre commercial,
cité des Raguenets, St-Gratien.