Maroc : une jeunesse
dans la rue
Au Maroc, les manifestations contre les inégalités
sociales et pour la chute du Premier ministre milliardaire, commencées fin
septembre, continuent à réunir des milliers de jeunes et s’étendent.
Publié le 08/10/2025
Les premiers manifestants, qui avaient souvent
autour de 25 ans, ont été rejoints par des lycéens voire des collégiens.
Ils ont été confrontés à la répression, parfois très brutale, des forces
policières. Trois jeunes ont été tués par les tirs des gendarmes au sud
d’Agadir. Les arrestations par centaines et des violences sur des manifestants
isolés ont entraîné un mouvement de sympathie et étendu la contestation à
d’autres grandes villes, comme Nador et Oujda, au nord-est, et à de nombreuses
petites villes délaissées.
Les manifestants réclament la libération des
détenus, la justice pour deux jeunes grièvement blessés à Oujda par une fourgonnette
de la police et la vérité sur la mort des trois jeunes d’Agadir. Ils veulent «
des comptes maintenant ! »
Ces manifestations sont encore minoritaires et ne
ciblent pas, pour le moment, le roi du Maroc, voire font appel à lui pour
régler la situation. Pourtant, le roi est la première fortune du pays, lui et
sa famille sont actionnaires majoritaires d’une holding, Al Mada (ex-SNI), qui
domine de nombreux secteurs de l’économie, banques, télécommunications,
immobilier, mines, grande distribution… La fortune insolente de la famille
royale ne l’empêche pas de toucher une allocation annuelle de l’État de l’ordre
de 250 millions d’euros, pour les frais de la cour.
Au bout d’une semaine de manifestations, le très
riche chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, espérant calmer les protestations,
a appelé « au dialogue », tout en déclarant continuer la même politique
budgétaire. La réponse des manifestants a été claire : « Lâchez sur les
revendications, partez et nous verrons ensuite. »
Ce mouvement de révolte de la jeunesse, qui se
définit comme celui de la GenZ (génération Z) en référence aux révoltes des
jeunes au Sri Lanka, au Bangladesh et au Népal, est parti à la mi-septembre des
manifestations de colère des habitants d’Agadir après la mort en très peu de
temps de huit femmes enceintes, faute d’équipements dans l’hôpital public de la
ville.
Au Maroc, les protestations populaires et les
marches de villageois contre la privatisation de l’eau, pour l’électrification
et la connexion au réseau internet, la construction de routes goudronnées, les
transports publics, l’accès aux soins… sont fréquentes. « On fait construire
des stades de hockey pour la Coupe du monde alors que les victimes du
tremblement de terre, à Al-Haouz, dorment encore sous des tentes depuis deux
ans maintenant », s’insurgent les manifestants.
Ni les appels au dialogue ni la répression n’ont
fait taire le mécontentement. Les manifestations pour la justice sociale, la
santé et l’éducation reflètent le mécontentement profond existant dans les
classes populaires.
Louisa Guersif (Lutte ouvrière
n°2984)