Pour
défendre nos intérêts de travailleurs, ne comptons que sur nous-mêmes !
Publié le 08/09/2025
La chute de Bayrou, qu’aucun
travailleur ne regrettera, a remis les cartes dans les mains de Macron.
Nommera-t-il un énième Premier ministre ou dissoudra-t-il l’Assemblée nationale
? Cela met le monde politicien en ébullition, mais pour les travailleurs, cela
ne changera rien de fondamental.
Même si cela débouchait sur de
nouvelles élections, comme le demandent le RN ou LFI, et qu’il en sorte un
gouvernement de gauche ou d’extrême droite, les travailleurs continueront de
recevoir des coups.
Le RN de Bardella ne le cache pas
: il se range dans le camp patronal auprès duquel il s’est engagé à couper le
budget de l’État de 100 milliards d’euros. Qui fera-t-il payer, sinon les
travailleurs qui subiront les coupes dans les services publics ? Le RN a déjà
prévu d’imposer aux fonctionnaires trois jours de carence en cas d’arrêt
maladie au lieu d’un jour actuellement. Et il s’en prendra aux travailleurs
immigrés qui lui servent déjà de boucs émissaires.
Il n’y a pas non plus d’illusions
à avoir dans le retour d’un gouvernement de gauche. Jamais la gauche n’a été
capable de s’affronter au grand patronat. Aujourd’hui, elle parle de justice
fiscale et prétend vouloir faire payer, un peu, les plus riches, mais
n’oublions pas qu’au pouvoir, Hollande les a couverts de cadeaux. Et derrière
les grandes phrases sur « les efforts partagés » et la taxation symbolique
d’une poignée de riches, combien de couleuvres devront encore avaler les
millions de travailleurs ?
Ni le RN ni la gauche ne veulent
affronter le grand patronat et le forcer à rendre l’argent qu’il a allègrement
puisé dans les caisses de l’État. Aucun ne veut le contraindre à desserrer son
étreinte sur les travailleurs et lui imposer d’augmenter les salaires ou
d’embaucher. Alors, laissons l’agitation parlementaire aux politiciens !
Le plus important est ce qui se
passera dans les entreprises et dans la rue. Les initiatives se multiplient
pour mercredi 10 septembre, et la colère contre les sacrifices imposés aux
classes populaires s’exprimera.
Mais pour que cela commence
vraiment à changer le véritable rapport de forces, il faut que les travailleurs
en soient et que leur mobilisation vise, au-delà de Macron, les commanditaires
et les premiers profiteurs de toutes ces attaques, c’est-à-dire le grand
patronat, les actionnaires du CAC40, la grande bourgeoisie.
Il y a une chose et une seule qui
inquiéterait vraiment Macron et la classe capitaliste qu’il représente si bien,
c’est que se développe une mobilisation dans les entreprises avec des
discussions, des rassemblements, des assemblées générales, des débrayages, des
grèves. Car la grande force des travailleurs est d’être indispensables à la
grande bourgeoisie, à la production de ses profits et à la bonne tenue de ses
cours boursiers.
Avec la grève, les travailleurs
ont la capacité de toucher la bourgeoisie en plein cœur, c’est-à-dire à son
portefeuille, et c’est ce qui leur donne une arme plus puissante que toutes les
pétitions en ligne, les boycotts ou les blocages. Les travailleurs, qui sont
des millions à partager la même colère et l’envie que les choses changent, ont
à reprendre confiance dans leur propre force.
C’est d’autant plus difficile que
les confédérations syndicales se complaisent dans l’inaction, voire le sabotage
des mobilisations venues d’en bas. Celles-ci ont, en effet, attendu plus d’un
mois et demi après la déclaration de guerre de Bayrou pour s’adresser aux
travailleurs. Entre-temps des appels pour le 10 septembre sont apparus sur les
réseaux sociaux, et tout ce que les grands chefs syndicaux ont trouvé à faire a
été de les dénigrer. Alors que certains syndicats locaux et d’entreprises se
sont ralliés au 10, les confédérations syndicales organisées en intersyndicale
ont proposé et militent pour une autre date, le 18 septembre.
C’est la vérité des prix ! Pour
lutter contre les attaques patronales et gouvernementales, il ne faut pas
compter sur les grands chefs syndicaux et il faut passer par-dessus leurs
manœuvres de division et leur volonté de tout contrôler.
Les travailleurs qui veulent se
mobiliser n’ont besoin de l’autorisation de personne. Pour empêcher toute
récupération syndicale ou politicienne, il faut qu’ils s’organisent et dirigent
eux-mêmes leur lutte, en créant leurs propres comités de lutte.
Oui, il est plus que temps de
demander des comptes au grand patronat ! Et pas seulement pour la dette dont il
porte la responsabilité, mais pour toute sa politique antiouvrière et pour son
système qui nous embarque dans la crise et dans des guerres immondes.
Nathalie Arthaud