Économie de guerre - subventions
et propagande
Depuis trois ans, Macron appelle à passer à une «
économie de guerre » et se sert de ce discours pour justifier ses attaques
contre les classes populaires. Dans les faits, l’État a tout juste commencé à
le faire.
Publié le 09/04/2025
Le fait le plus visible est la hausse du budget
militaire, passé de 32 milliards d’euros en 2017 à 47 en 2023, avec un
objectif de 70 milliards en 2030. Cela pèse déjà sur les classes
populaires, car ces dépenses sont faites au détriment des dépenses utiles dans
la santé ou l’éducation. Mais ce détournement de la richesse produite par le
travail collectif vers des objectifs guerriers pourrait aller beaucoup plus
loin si l’État voulait assurer une production d’armes à flux tendu. Ainsi,
Macron vise 3 % du PIB en dépenses pour la défense, alors que ce chiffre a
atteint 6,46 % pendant la guerre d’Algérie, et 35 % aux États-Unis entre 1943
et 1945.
Certes, les capacités de production augmentent :
pour celle des missiles Mistral, les sites français ont multiplié leur capacité
par quatre ; le délai de fabrication des missiles Aster de MBDA, est passé de
42 à 18 mois. Les travailleurs de l’armement sont déjà soumis à des
cadences effrénées. Mais, selon l’état-major, il faudra au rythme actuel
attendre 2030 pour que l’armée française dispose de deux mois de munitions en cas
de conflit intense. La relance de productions qui n’existaient plus en France
prend du temps : l’usine de poudre Eurenco de Bergerac, financée pour moitié
par des fonds publics, vient seulement d’être inaugurée, deux ans après la
décision de l’ouvrir.
Parallèlement, le gouvernement se préoccupe de
renforcer les capacités de financement des entreprises du secteur militaire.
Celui- ci est constitué de neuf grands groupes prospères, mais aussi de 4
500 petites et moyennes entreprises, dont l’activité est suivie par la
Direction Générale de l’Armement, selon laquelle elles ont en moyenne « des
marges plus faibles [que le reste de l’économie], un endettement plus
élevé et une potentielle sous- capitalisation ». Elle estime qu’il faudra
5 milliards d’euros dans les années à venir pour développer le secteur.
Pour y pourvoir, le ministère de l’Économie en fait la publicité auprès des
banques, mais mobilise aussi des investissements publics, à travers la Caisse
des dépôts et la Banque publique d’investissement, qui a doublé ses
investissements dans l’industrie militaire en cinq ans. Il a également créé un
livret d’épargne spécifique, et les règles de financement par la Banque
européenne d’investissement ont été assouplies. Mais s’il était nécessaire
d’accélérer, l’État se donnerait les moyens de trouver des sommes bien plus
considérables. Il lorgne par exemple sur l’épargne populaire, une manne de
600 milliards d’euros. Comme lors de la Première Guerre mondiale, où
l’État a instauré pour la première fois un impôt sur le revenu, il pourrait
mettre à contribution d’une façon ou d’une autre les classes populaires.
En ce qui concerne les effectifs, la loi de
programmation militaire 2024-2030 prévoit de les augmenter de 269 000 en
2024 à 275 000 en 2030, une hausse qui reste modérée comparée, par exemple, à
celle du nombre de réservistes, actuellement 44 000, qui devrait doubler d’ici
2035. Pour l’instant, l’État n’intervient pas non plus de façon autoritaire
dans l’organisation de la production, comme l’ont fait tous les États à
l’époque des deux guerres mondiales. La libre concurrence et la loi du profit
individuel ne permettent pas de réguler la production et la répartition de tout
ce qui est nécessaire à une armée en guerre. Dans l’intérêt de la classe
capitaliste dans son ensemble, il peut devenir nécessaire que l’État se charge
de les planifier. Aujourd’hui, Macron parle seulement d’« être plus exigeant »
avec les industriels, sans dire en quoi ni comment.
L’« économie de guerre » au vrai sens du terme est
encore un slogan. Mais elle peut devenir un véritable objectif. Son
omniprésence dans les discours des dirigeants politiques et sous la plume de
bien des journalistes montre qu’ils tiennent à préparer les esprits à une
période où toute la société serait engagée dans la guerre. Les travailleurs ne
doivent donc pas attendre pour se préparer, eux aussi, à refuser cet
embrigadement général.
Claire Dunois (Lutte ouvrière n°2958))