Ils nous mènent à la
guerre, il faut leur arracher la direction de la société.
Publié le 07/04/2025
Crédit :
Simon Dawson 10 Downing Street
« Notre pays a été dépouillé, volé, violé, dépecé
par des nations proches et lointaines, amies et ennemies ». C’est par ces mots
que Trump a déclaré la guerre commerciale au monde entier en annonçant une
nouvelle hausse, brutale et massive, des taxes douanières américaines.
« Notre pays sera entièrement différent. Ce sera
fantastique pour les ouvriers et pour tout le monde », a-t-il ajouté. Dans
l’immédiat, c’est à une fantastique flambée des prix que les ouvriers vont
devoir faire face ! Les automobiles fabriquées à l’étranger se vendront 6 000 à
10 000 dollars de plus, par exemple. Il en ira ainsi pour de nombreuses
marchandises car les importations ne peuvent pas toutes être remplacées par des
fabrications locales.
À l’inflation s’ajoutera peut-être un krach
financier, car toutes les Bourses chutent depuis cette annonce. Pour les
travailleurs américains dont la retraite dépend des cours boursiers, cela peut
devenir une catastrophe.
L’économie des États-Unis est tellement imbriquée
avec le reste du monde que nombre d’entreprises américaines seront frappées par
ces taxes. Ce sera le cas de Nike, Apple, Dell, qui fabriquent leurs produits
en Asie, ou encore de Ford et de General Motors, qui ont des usines
d’assemblage et beaucoup de sous-traitants au Mexique ou au Canada.
Des experts économiques estiment que Trump nous a
fait entrer dans « l’ère du n’importe quoi économique ». S’il ne s’agissait que
de Trump et de sa mégalomanie, les choses seraient plus simples, car il n’est
pas éternel et il n’occupera pas indéfiniment la Maison Blanche. Le problème
est plus profond. Il vient du système capitaliste lui-même qui est dans
l’impasse et voit ses contradictions exploser.
Les capitalistes américains ont beau être les plus
riches du monde, avoir accumulé des capitaux à un niveau inédit, ils se
heurtent aux limites des marchés solvables.
Les milliards de capitaux accumulés entre les
mains de cette grande bourgeoisie doivent trouver où s’investir pour faire un
maximum de profit. Pour cela, elle doit pouvoir étendre, exploiter, dominer et
piller le monde entier. Elle doit, en permanence, neutraliser, voire mater ses
concurrents, pour assurer ses débouchés et son approvisionnement en matières
premières, en énergie, en terres rares.
C’est une nécessité pour tous les capitalistes de
la planète et ils peuvent, chacun de leur côté, compter sur leur État national
et ses dirigeants pour s’y atteler. Quand Trump parle d’annexer le Canada ou le
Groenland, ce ne sont pas que des rodomontades. Il y a là de vrais enjeux : les
minerais, les hydrocarbures et les routes commerciales dans l’Arctique.
Plus le capitalisme vieillit, plus les débouchés
sont saturés, plus les capitalistes de la planète se marchent sur les pieds, et
plus les dirigeants de la bourgeoisie se montrent agressifs, cyniques et prêts
à tout pour assouvir leur soif de domination.
Trump incarne cette évolution. Sa politique a une
logique, celle de l’impérialisme américain.
En augmentant les taxes douanières, il a sorti le
gros bâton et veut tordre le bras à ses concurrents. Des négociations vont
suivre, pays par pays, voire entreprise par entreprise, pour obtenir des
baisses et des dérogations. Mais il a bel et bien accéléré la poussée de fièvre
protectionniste dont personne ne peut encore mesurer toutes les conséquences.
Ce qui est sûr, c’est que le protectionnisme
n’arrête pas la guerre commerciale, il l’intensifie. Dans les années 1930,
l’escalade des droits de douane avait précipité l’effondrement du commerce
mondial et plongé le monde capitaliste dans la Grande Dépression, ce qui allait
mener l’humanité à la Seconde Guerre mondiale.
Alors, oui, il y a de quoi être inquiet. Ici, on
nous dit qu’il faut riposter, que l’Union européenne va prendre à son tour des
mesures protectionnistes contre les États-Unis, après celles adoptées contre la
Chine il y a quelques mois. Étant donné les divisions de l’Union européenne,
cela reste à voir.
En tant que travailleurs, nous avons tout à perdre
dans cette escalade. Si nos dirigeants se battent, ce ne sera pas pour défendre
nos emplois, mais pour défendre les profits et les intérêts de la bourgeoisie,
comme le font Trump et ses amis milliardaires aux États-Unis.
Les capitalistes s’affrontent pour se partager le
gâteau. Ils se préparent même à faire la guerre. Mais ils sont unis pour
exploiter et vivre sur le dos des travailleurs du monde entier. Eh bien, c’est
en s’appuyant sur la force internationale des travailleurs qu’il sera possible
de leur arracher la direction de la société et de les empêcher de nous mener
dans le mur !
Nathalie ARTHAUD