mardi 10 décembre 2024

Éditorial des bulletins Lutte ouvrière d’entreprise du lundi 10 décembre 2024

Seules nos luttes peuvent être d’intérêt général

9/12/2024

 

Après la chute du gouvernement Barnier, Macron est de nouveau à la recherche du mouton à cinq pattes. Peut-être le trouvera-t-il dans les heures qui viennent car les offres de service ne manquent ni à droite, ni à gauche ?

Mais pour nous, travailleurs, ce sera un bis repetita. Même si le prochain premier ministre est soutenu par une partie de la gauche, quelle sera la préoccupation de ce nouveau gouvernement ? Les plans de licenciements qui se multiplient ? Les bas salaires et les prix exorbitants de certains produits de base ? Le fait que des milliers d’enfants dorment dans la rue ? Non.

Sa principale préoccupation sera de rassurer les marchés financiers. Ce sera de réduire les déficits de l’État, et donc de couper dans les dépenses publiques, c’est-à-dire toujours au détriment de la santé, de l’éducation et donc des classes populaires… en expliquant qu’il s’agit là de « l’intérêt général ».

« L’intérêt général » est la formule à la mode. Macron demande « un gouvernement d’intérêt général ». À gauche, le PS, les écologistes et le PCF, favorables à des compromis avec les macronistes et la droite, reprennent le même langage. Et par dégoût des querelles et des ambitions politiciennes, certains travailleurs, peuvent être séduits par ces mots doux.

Mais tous ces politiciens se moquent bien des intérêts des travailleurs. Car l’intérêt général ne serait-il pas d’abroger la retraite à 64 ans et que les anciens, épuisés par le travail, laissent la place aux jeunes ? Ne serait-ce pas de taxer les 500 plus grandes fortunes, qui ont augmenté depuis 2017 de 650 milliards, pour remplir les caisses de l’État ?

L’intérêt général ne serait-il pas de prendre sur les milliards de dividendes qui alimentent la spéculation au quotidien et de les injecter dans les hôpitaux et le système de santé ? Ne serait-il pas de donner la priorité à l’éducation et à la jeunesse et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour enrayer le réchauffement climatique ?

Et où est l’intérêt général quand Michelin, qui réalise deux milliards de profits, annonce la fermeture de deux usines ? Où est-il quand la dynastie Mulliez supprime 2 400 emplois à Auchan, en même temps qu’elle encaisse un milliard de dividendes de la part de Decathlon ?

L’intérêt général exigerait que l’on interdise à ces multinationales de fermer ou de licencier et qu’on les oblige à répartir le travail entre tous sans diminution de salaire. Que l’on empêche les banques et les grands donneurs d’ordre de pousser plus petits qu’eux à la faillite, comme c’est le cas aujourd'hui.

L’intérêt général imposerait que les dividendes et les fortunes de quelques parasites passent après l’emploi, les salaires et les conditions de vie de tous ceux qui font tourner la société.

Cela, il ne faut l’espérer d’aucun gouvernement. Ni de celui que Macron va dégoter, ni de ceux qui se préparent à le remplacer à la faveur de prochaines élections. Car tous les dirigeants politiques, y compris ceux qui se veulent les plus antisystème, n’ont aucune intention de s’affronter avec le grand capital et encore moins de l’exproprier s’ils parviennent au pouvoir.

Cette absence de perspectives électorales ne doit pas nous conduire à la résignation, mais à l’action. S’il n’y a rien à attendre du côté des politiciens, il faut agir par nous-mêmes. Nous, travailleurs, en sommes capables car nous constituons une force sociale indispensable.

Tout ce qui se fait dans la société est le fruit de notre travail collectif. Quand Macron se gargarise de ce qui a été fait lors des Jeux Olympiques et des prouesses accomplies pour reconstruire le chef-d’œuvre qu’est Notre-Dame de Paris, il n’y est pour rien. Ce sont les travailleurs, les dizaines de milliers d’ouvriers, de petites mains, qui ont rendu cela possible.

Rien n’est conçu, fabriqué, acheminé sans nous. Eh bien, réunissons-nous, organisons-nous pour faire valoir nos intérêts de travailleurs et notre propre vision de l’intérêt général !

À chaque fois que les travailleurs se sont lancés en nombre dans le combat, en faisant grève, en manifestant et en occupant leur entreprise, c’est-à-dire en se faisant craindre, ils se sont imposés comme les acteurs principaux de la vie politique. Dans ces moments-là, ils ont arraché des droits pour tout le monde et ont fait avancer la société.

Aujourd'hui, face aux licenciements de masse et aux reculs imposés aux travailleurs, l’intérêt général est de mener la lutte contre le grand patronat et ses laquais gouvernementaux.

                                                                              Nathalie Arthaud

 

Syrie : l’impérialisme à la manœuvre

L’article ci-dessous de notre hebdomadaire Lutte ouvrière paru vendredi est dépassé non sur le fond mais sur la situation aujourd’hui puisque Damas a été conquise et Bachar Al-Assad a fui à Moscou. L’article reste tout à fait juste. DM

 Syrie : l’impérialisme à la manœuvre

Publié le 04/12/2024

Le 29 novembre, Alep, deuxième ville syrienne, contrôlée depuis huit ans par le régime de Bachar Al-Assad, a été reprise par une coalition emmenée par l’organisation Hayat Tahrir Al-Cham (HTC), l’ancienne branche syrienne d’Al-Qaïda.

 

La chute d’Alep en trois jours, presque sans combat, face à l’Armée arabe syrienne (AAS) de Bachar Al-Assad qui n’a quasiment pas opposé de résistance, a surpris dans une période où tous les projecteurs sont braqués sur les guerres d’Israël à Gaza et au Liban. Mais cette réactivation de la guerre syrienne, larvée depuis cinq ans après les violents combats et les centaines de milliers de morts de la décennie 2010, résulte directement des changements de rapports de force provoqués par les guerres d’Israël soutenues par les États-Unis.

Depuis 2011, la Syrie a été transformée en théâtre d’un affrontement entre les puissances, régionales et internationales, qui se disputent l’influence sur le Moyen-orient. Après s’être toutes alliées pour combattre Daech, ces puissances se sont partagé la Syrie. Depuis le tournant des années 2020, le pays est découpé en plusieurs territoires. Le plus grand morceau est sous le contrôle de Bachar Al- Assad soutenu par la Russie et l’Iran. Le Nord-Est est administré par les Forces démocratiques syriennes à majorité kurde, plus ou moins soutenues par les États-Unis. Le Nord-Ouest est contrôlé par des milices islamistes et par l’armée turque, tandis que la région d’Idlib, proche d’Alep, l’est par des milices semblables, en particulier l’organisation HTC, mais sans présence directe de l’armée turque. Ces milices sont soutenues notamment par l’Arabie saoudite.

Alep avait été reconquise en décembre 2016 par les troupes d’Assad, aidées par l’aviation russe, les Pasdarans iraniens et le Hezbollah libanais, au prix de terribles destructions et de déplacements de population. Mais depuis un an, le Hezbollah et l’Iran sont accaparés par la guerre que leur livre Israël. Depuis 2022, l’essentiel des forces militaires russes sont déployées en Ukraine. Le régime d’Assad s’en trouve affaibli. Selon plusieurs témoignages, les soldats de l’AAS qui gardaient Alep, mal nourris, mal traités, n’ont opposé aucune résistance. Du fait de la corruption massive, de la répression systématique et des sanctions américaines qui perdurent, le régime d’Assad a perdu beaucoup des soutiens qui lui restaient parmi la population. En outre, tout indique que les milices emmenées par HTC ont pu bénéficier de l’aide logistique et de livraisons d’armes venant de la Turquie.

Les dirigeants des pays qui justifient toutes leurs guerres par la lutte contre le terrorisme et l’islamisme, n’ont aucun scrupule à armer un groupe issu d’Al-Qaïda. Aujourd’hui, les dirigeants de HTC, toujours classés comme terroristes par les États- Unis, proclament qu’ils ont changé, qu’ils respectent tous les Syriens, qu’ils soient musulmans d’une obédience ou d’une autre, qu’ils soient chrétiens ou kurdes, pourtant menacés par l’armée turque. Pour se faire accepter de la population d’Alep et pour donner des gages aux dirigeants occidentaux, les chefs de HTC affirment que « la diversité sera une force et pas une faiblesse ».

L’avenir dira si la prise d’Alep marque le début de la chute de Bachar Al-Assad et si les dirigeants impérialistes se préparent à aider HTC et ses alliés à le remplacer au pouvoir. Pour la population syrienne, c’est la promesse de nouveaux affrontements, bombardements et destructions et peut-être du remplacement d’une dictature par une autre.

                                                Xavier Lachau  (Lutte ouvrière n°2940)

 

États-Unis : deux présidents, une seule politique économique

 

Re-« conduction » de la politique protectionniste

 

 

Le gouvernement de Biden vient de prendre de nouvelles sanctions contre la Chine : 140 entreprises de semi-conducteurs ne pourront plus s’approvisionner aux États-Unis.

         Biden avait continué la guerre commerciale de Trump en arrivant à la Maison Blanche, et Trump continuera le protectionnisme à son tour. Pour eux, c’est l’intérêt des capitalistes américains qui commande la continuité.