dimanche 9 juin 2024

Migrants : Trump ou Biden : concurrence électorale sur le dos des migrants

Quand la démagogie électorale fait fi de la vie des femmes et des hommes

 

                                             Crédit photo : rawpixel

Biden a pris un décret contre les migrants qui traversent la frontière sud des États-Unis. Ils n'ont plus le droit à l’asile lorsque leur nombre dépasse les 2 500 par jour sur une période de sept jours consécutifs. Or c'est le cas depuis des mois.

         Avec ce décret, dénoncé même par le Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU, Biden cherche à se positionner dans la campagne présidentielle comme aussi ferme que son rival Trump dans la chasse à ceux qui veulent travailler aux États-Unis.

         À qui veut-il faire croire qu’il est l’ami des travailleurs ?

 


Lutte des travailleurs : Gima – Beauvais : On n’est plus dans Les Temps Modernes !

Gima – Beauvais : On n’est plus dans Les Temps Modernes !

Publié le 05/06/2024

À Beauvais, dans l’Oise, l’équipe de week-end de Gima, une entreprise de 750 salariés, s’est mise en grève à partir du samedi 25 mai.

 

Gima est détenu à 50 % par le groupe américain Agco, dont les 1 500 salariés fabriquent, sur le même site, les tracteurs Massey-Ferguson, pour lesquels Gima fournit les transmissions. Les actionnaires d’Agco viennent d’empocher plus d’un milliard d’euros de bénéfices en 2023. Le groupe se vante d’être le plus gros employeur de Picardie, et pourtant, chez Gima, il vient de se débarrasser de 250 intérimaires !

Sous prétexte de baisse des commandes, Gima veut maintenant supprimer l’équipe du week-end ; une trentaine d’ouvriers sont concernés. Alors qu’elle a déjà, à plusieurs occasions, eu recours au chômage technique, la direction refuse cette fois-ci, car elle prétend ne pas vouloir utiliser les aides de l’État. Elle a eu moins de pudeur quand il s’était agi de se faire construire un pont enjambant son site : 13 millions d’euros sont venus des pouvoirs publics pour du béton.

La direction veut imposer aux salariés de week-end des reclassements, avec des modifications de contrat pour accepter tout poste et des horaires flexibles, à la disposition du patron. Cela se traduirait par des pertes de salaire de 400 à 500 euros. En cas de refus, ce serait le licenciement « pour motif économique dans le but de sauvegarder ses emplois » (sic). Comme dans le film Les Temps modernes de Chaplin, ces travailleurs ont le sentiment d’être considérés comme des engrenages à la merci des patrons.

Mais quelques rouages qui sautent peuvent enrayer les machines patronales. Les grévistes se sont installés devant l’usine en s’adressant par tracts aux collègues et à la population. Ils ne sont pas isolés : chaque jour d’autres travailleurs du site, qui se sentent eux aussi concernés, les rejoignent.

La direction fait pression sur les grévistes et multiplie les réunions avec les travailleurs de semaine pour qu’ils cessent de les soutenir. Elle rappelle dans ses notes aux salariés qu’elle ne discute qu’avec les dirigeants syndicaux, ses partenaires sociaux, et refuse « la contrainte et le rapport de force » des grévistes. Mais elle annonce une discussion le 12 juin.

Si elle consent à discuter de la situation de l’équipe du week-end et à répondre aux inquiétudes des travailleurs, c’est bien parce qu’il y a grève.

                            Correspondant LO (Lutte ouvrière n°2914)

 

Afrique du Sud : le pouvoir de l’ANC chancelle

Afrique du Sud : le pouvoir de l’ANC chancelle

Publié le 05/06/2024

Le parti de Nelson Mandela, l’ANC, au pouvoir depuis trente ans en Afrique du Sud, a obtenu plus de voix que tout autre parti lors du scrutin du 29 mai : 40 %. Ce n’en est pas moins un coup dur, car l’ANC avait obtenu 58 % en 2019. Pour la première fois, il n’a pas la majorité.

Ne pouvant former seul un gouvernement et devant choisir un partenaire de coalition, c’est là que le bât blesse. L’Alliance démocratique (DA), qui arrive en deuxième position (21,81 %), est vue à juste titre comme un parti de « patrons blancs ». Et uMKhonto we Sizwe (MKP), qui arrive en troisième position avec 14,58 % de voix, est un nouveau concurrent de l’ANC. Lancé il y a seulement cinq mois, il est dirigé par l’ancien président Jacob Zuma, corrompu et en disgrâce, ennemi juré de l’actuel président, l’homme d’affaires et millionnaire Cyril Ramaphosa.

La condition mise par Zuma pour un accord de partage du pouvoir avec l’ANC serait que Ramaphosa se retire. Zuma, qui accuse la Commission électorale de fraude, insiste sur l’annulation de ses futurs procès pour corruption. Il représente une réelle menace puisqu’il peut mobiliser ses partisans dans sa province natale, le KwaZulu-Natal, comme il l’a fait en juillet 2021, lorsqu’il avait été brièvement emprisonné pour outrage à magistrat. Cela avait déclenché des émeutes meurtrières faisant 330 morts.

Le MKP a certainement pris des voix à l’ANC, mais aussi aux Combattants de la liberté économique de l’ancien dirigeant de la Ligue de la jeunesse de l’ANC, Julius Malema. Également scission de l’ANC depuis 2013, cette formation a obtenu 9,5 % des voix. Leurs politiques sont similaires, bien que le seul point positif de Malema soit sa position contre la xénophobie. Pas plus que l’ANC et la DA, ces deux partis, malgré leur rhétorique sur la nationalisation des terres et des mines, n’ont l’intention de remettre en cause le pouvoir de la bourgeoisie, même si elle peut désapprouver leur politique.

Avant cette élection, de nombreux Sud-Africains pauvres ont dit que « 2024 sera notre 1994 », en référence à la première élection à laquelle les Noirs ont eu le droit de voter. Ils en ont assez, ayant subi des gouvernements de plus en plus corrompus et incompétents, ainsi qu’une aggravation de la pauvreté : c’est le bilan de Zuma à la présidence à partir de 2009, puis de son vice-président Ramaphosa, qui l’a renversé en 2018. L’Afrique du Sud est un des pays les plus inégaux au monde. L’approvisionnement en eau et en électricité est intermittent. Le taux de chômage des jeunes dépasse les 60 % et il est le pire de l’Afrique subsaharienne.

Lorsque des files d’attente se sont formées devant les bureaux de vote le 29 mai, tout comme en 1994, certains ont pensé que l’histoire se répétait. Mais, contrairement à 1994, où le taux de participation avait été de 87 %, il n’a été cette fois-ci que de 58,5 %. Seuls 16 millions des 27 millions d’électeurs inscrits (sur une population d’environ 60 millions d’habitants) ont pris la peine de voter et seulement 6 millions d’entre eux ont voté pour l’ANC. La lenteur des files d’attente s’explique par la complexité du scrutin et une désorganisation très prévisible.

L’issue des négociations pour le pouvoir, qui se déroulent sans que la population ait encore son mot à dire, est incertaine. Mais il est certain que la majorité de la classe ouvrière est écœurée par la fausse démocratie qu’elle a gagnée après la formation du gouvernement de l’ANC et de Mandela en 1994. La fin de l’apartheid n’a nullement été la fin du pouvoir de la bourgeoisie.

                                              Amanda Hunt (Lutte ouvrière n°2914)