Un vent de révolte venu d’Iran
7/11/2022
Depuis
le décès de Mahsa Amini, torturée et assassinée par la police des mœurs de
Téhéran parce qu’une mèche de cheveux dépassait de son voile, la jeunesse fait
souffler un vent de révolte sur l’Iran. Et avec quel courage !
Des
jeunes femmes arrachent et brûlent leur voile ; les rassemblements se
multiplient, aux cris de « Femmes, vie, liberté », « Mort au
dictateur » ; le portrait du dictateur Khamenei est caillassé ;
des mollahs sont bousculés dans la rue, des policiers attaqués et des
commissariats brûlés…
Il n’y
a pas une région, une ville, une université qui n’ait été touchée par cette
rébellion.
Les
rassemblements sont dispersés ? La police ferme une faculté et écume un
quartier ? La contestation se déplace, change de forme, se démultiplie en
mille et une démonstrations individuelles. Et cela dure depuis plus de 50
jours, malgré la peur, les tabassages et les tirs à balles réelles contre les
manifestants.
Le
régime aurait déjà arrêté plus de 14 000 manifestants et tué plus de 300
personnes, dont beaucoup de très jeunes. Mais rien n’arrête la contestation.
Celle-ci trouve, chaque jour, de nouveaux appuis avec des personnalités
sportives, des artistes ou des journalistes qui franchissent le Rubicon en se
solidarisant avec la révolte. Dans les villes, les fermetures de magasins ou de
lieux culturels se sont multipliées. C’est vrai dans toutes les régions,
qu’elles soient kurdes, baloutches, arabes, perses, azéries, turkmènes.
Des
grèves de soutien ont aussi éclaté dans les régions pétrolifères et dans de
grandes entreprises où les travailleurs ont des traditions de lutte anciennes.
Là, des travailleurs ont revendiqué, en plus de la liberté, du pain et du
travail. Car, si l’inflation, les pénuries, le chômage et les salaires impayés
sont le quotidien de millions d’Iraniens depuis des années, ces difficultés
sont devenues insupportables.
Pour
des millions de familles, il est impossible de se soigner, de se loger
dignement, d’acheter de la viande ou simplement des œufs. Cette situation est
en partie causée par l’embargo imposé par l’impérialisme américain, mais elle
est aggravée par le parasitisme des dignitaires du régime, religieux et
pasdarans, l'armée des ayatollahs. Car, si la population s’enfonce dans la
misère, une minorité continue de s’enrichir et de rouler sur l’or.
L’Iran
est un baril de poudre. Ces dernières années, le régime a fait face à de
puissantes vagues de contestation contre la vie chère et la corruption. Sa
réponse fut une répression impitoyable. Aujourd'hui, cette politique de la
terreur ne fonctionne plus. Alors, la révolte de la jeunesse se
transformera-t-elle en révolte sociale ?
Les
dizaines de milliers de manifestants actuels deviendront-ils des
millions ? Les travailleurs apporteront-ils à la révolte leur puissance
sociale et leur capacité d’organisation ? Sauront-ils proposer une
politique pour renverser le régime et mener une nouvelle révolution, où les
classes populaires construiraient elles-mêmes leur propre pouvoir ? Tant
que la révolte est en marche, tout est possible.
La
jeunesse iranienne a osé engager le combat contre une des pires dictatures de
la planète. Le changement n’est venu ni de l’opposition interne au régime, ni
des grandes puissances qui gardent depuis deux mois un silence complice et
montrent, une fois de plus, qu’elles ne sont jamais du côté des révoltes
populaires. Il est venu d’en bas, de celles et ceux qui refusent de se
soumettre.
Cette
révolte montre aux opprimés du monde entier qu’ils peuvent prendre leur destin
en main en se battant contre ceux qui les dominent.
Chaque
pays a ses particularités, mais le cœur de la jeunesse et des travailleurs de
tous les pays bat au même rythme et aux mêmes espoirs : la liberté,
l’égalité et la possibilité de s’épanouir dans un monde fraternel.
Ces
aspirations sont entravées par un système de domination : domination des
pays riches sur les pays pauvres, celle des riches sur les pauvres. Un tel
système doit être renversé et il le sera, parce qu’en même temps qu’il sème les
injustices, il produit des révoltés.
Il est
impossible de savoir ce qui peut, dans tel ou tel pays, mettre le feu aux
poudres. En Iran, cela a été une mèche de cheveux rebelle. Ailleurs, ce sera peut-être
le manque de blé ou une atrocité guerrière. Une chose est certaine, les
travailleurs ont un rôle majeur à jouer dans ces révoltes, car ils sont les
seuls à être porteurs d’un ordre social débarrassé de l’exploitation de l’homme
par l’homme. Et pour ce combat, ils ont besoin du courage incroyable dont la
jeunesse iranienne fait preuve aujourd'hui.
Nathalie Arthaud
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