EDF :
dirigeants syndicaux et direction main dans la main
02 Février 2022
Du 25 au 27 janvier les salariés
d’EDF ont été appelés à plusieurs mouvements de débrayages ou grèves et à des
rassemblements.
Le 25 janvier, journée prévue
depuis des semaines, il s’agissait de réclamer une augmentation des salaires et
des pensions de retraite dans le secteur de l’énergie. Mais, comme entre-temps
le gouvernement avait décidé d’augmenter l’ARENH, c’est-à-dire la quantité
d’électricité d’origine nucléaire qu’EDF a l’obligation de brader à ses
concurrents, tous les syndicats appelaient à s’opposer à cette mesure le 26
janvier.
Enfin le 27 janvier, la journée
interprofessionnelle était prévue. En pratique on a vu tous les cas de figure,
chaque site choisissant la ou les journées auxquelles participer. Mais le
mouvement du 26 contre l’extension de l’ARENH fut de loin le plus suivi. Nombre
de salariés craignent en effet pour leur avenir. Selon les chiffres de la
direction, 51 % du personnel a fait grève ce jour-là, ce qui est
considérable. Il s’agit d’une moyenne et le taux de grévistes atteint 62 %
dans le parc nucléaire et 68 % dans l’hydraulique.
Il est évident que le mécanisme
de l’ARENH est scandaleux. Rappelons que les concurrents d’EDF qui sont
plusieurs dizaines à se bousculer ne produisent pas le moindre kilowattheure
pour l’écrasante majorité d’entre eux. C’est pourtant à ceux-là, aujourd’hui
menacés de faillite par la hausse des cours européens de l’électricité ou même
à ceux qui ne sont pas menacés, comme TotalEnergie ou Engie, que l’État veut
faire cadeau d’une électricité nucléaire vendue à bas prix, pour qu’ils
puissent la revendre plus cher aux usagers.
On comprend que bien des
travailleurs craignent que cette mesure n’entraîne de grosses pertes, voire,
qui sait, que le gouvernement l’utilise comme prétexte pour provoquer un
démantèlement ultérieur d’EDF, comme il en était question il n’y a pas si
longtemps avec le plan Hercule, aujourd’hui officiellement abandonné. D’où le
succès de la grève.
Mais un autre élément scandaleux
est l’attitude des directions syndicales chez EDF, et principalement de la CGT
qui reste, malgré un recul depuis plusieurs années, le syndicat le plus
important. La grève du 26, encore une fois pour protester contre une mesure
scandaleuse, correspondait en effet exactement à ce que souhaitait la
direction.
Le PDG d’EDF a déploré
l’extension de l’ARENH mais s’est incliné, car il est le représentant de l’État
qui détient près de 84 % du capital d’EDF. Maintenant, ce sont les
dirigeants syndicaux qui réalisent l’union sacrée avec leur direction. Le
lendemain de la grève du 26, un tract publié au nom de l’ensemble des syndicats
a titré : « Salariés, Managers, Directeurs, Dirigeants, vous êtes
51 % à avoir fait grève. » Voilà donc les directeurs et les
dirigeants de l’entreprise embarqués sur le vaisseau syndical.
Car il ne faut pas oublier que
dans cette affaire, si EDF est mise à contribution, car elle ne pourra pas
vendre l’électricité au prix qu’elle espérait, elle n’en demeure pas moins une
entreprise extrêmement profitable, qui fait des bénéfices par milliards et qui
exploite de plus en plus durement ses employés. Et de plus, ce n’est pas la
première fois que l’État fait des cadeaux au capital privé, par le biais d’EDF.
Les dirigeants syndicaux espèrent
grâce à leur attitude avoir la reconnaissance de la direction. Ils
l’obtiendront peut-être. Mais cela ne changera pas le sort des travailleurs,
dont les conditions de travail se dégradent notamment du fait des suppressions
de postes, et dont les salaires sont à la traîne, ayant perdu 10 % de
pouvoir d’achat en dix ans.
Il n’y a aucune communauté
d’intérêt entre les travailleurs et la direction. Les travailleurs ont à
défendre leurs propres intérêts contre le patron et l’État qui, dans le cas
d’EDF, ne font qu’un.
Correspondant LO (Lutte ouvrière n°2792)