Mélenchon
: candidat mais pour quel programme ?
11 Novembre 2020
Sans surprise, dimanche 8
novembre, Jean-Luc Mélenchon a fini par annoncer sa candidature à l’élection
présidentielle sur le plateau du journal de TF1.
« Quand tout va mal et que
ça semble être nuit noire, il faut allumer une lumière pour qu’on se dise qu’il
y a un bout du tunnel », a-t-il expliqué, dans le style
qui le caractérise.
Mais si Mélenchon a
« proposé » sa candidature, c’est pour ajouter aussitôt qu’il demande
« une investiture populaire », déclarant : « Je serai
définitivement candidat si – et seulement si – je suis parrainé par
150 000 personnes. » Un site Internet a donc été lancé pour
recueillir ces parrainages. Mélenchon sait parfaitement qu’il n’aura aucun mal
à satisfaire à cette condition, qui relève plutôt d’une mise en scène destinée
à asseoir sa légitimité face à tous les autres candidats potentiels à gauche.
Le chef de file de La France
insoumise se présente comme le plus à même de rassembler la gauche mais,
évidemment, ce n’est pour le moment pas l’avis des dirigeants du PS, du PC et
d’Europe Écologie-Les Verts. Chacun de ces partis entend bien faire prévaloir
ses intérêts dans les tractations qui se dérouleront d’ici 2022 et dont il est
impossible de dire aujourd’hui sur quoi elles déboucheront.
« J’ai un programme, une
équipe prête à gouverner. 2022, c’est le moment de changer », a
déclaré Mélenchon sur TF1. Mais quel est donc ce programme ? Il met en
avant une vie République pour « abolir la monarchie présidentielle »,
comme s’il était possible de mettre fin à la subordination de l’État aux
puissances d’argent seulement en changeant la Constitution ! Mélenchon se
pose en champion du souverainisme et d’une politique protectionniste afin,
prétend-il, de protéger les emplois et en faveur d’une planification écologique
pour protéger l’environnement. Mais en quoi le rétablissement de frontières et
de taxes douanières serait-il susceptible d’empêcher le patronat de licencier à
sa guise pour augmenter ses profits ? Et comment planifier l’économie,
tant que la propriété des plus grandes entreprises reste aux mains
d’actionnaires privés, leur laissant le droit de décider ce qu’ils veulent en
fonction de leurs seuls intérêts ?
Mélenchon promet du changement en
2022, mais ne peut faire que des promesses creuses car, comme tous les autres
politiciens bourgeois, il se refuse à remettre en cause le pouvoir des
capitalistes sur l’économie. Les travailleurs ont tout intérêt à se détourner
de tels marchands d’illusions et à ne compter, pour imposer un véritable
changement social, que sur leur propre capacité à s’organiser et à lutter pour
leurs intérêts de classe.
Marc RÉMY (Lutte ouvrière n°2728)