Crise
agricole : les éleveurs soumis au chantage des industriels
Lundi 10 août, le groupe
Bigard-Socopa, numéro un de l’abattage et de la découpe de viande en France, et
la Cooperl, numéro un dans le porc, ont boycotté le marché de Plérin dans les
Côtes-d’Armor, où est fixé le prix de référence de la vente du porc, rendant
impossible toute cotation et entraînant sa fermeture. Ces deux industriels
refusent d’acheter le kilo de porc à 1,40 euro, prix auquel le gouvernement
s’était engagé après les récentes mobilisations des éleveurs.
Pourtant
Le Foll, le ministre de l’Agriculture, s’était vanté en juin d’avoir obtenu un
accord des groupes de l’agro-alimentaire pour relever le prix pour la viande et
pour le lait. En réalité, les industriels n’ont à aucun moment accepté le
moindre accord, prétendent-ils, démentant les propos de Le Foll. Qui ment dans
cette affaire ? Ça n’a guère d’importance. En tout cas, ces grands industriels
tiennent à montrer que ce sont eux qui décident.
Début
août, les dirigeants du groupe laitier Savencia, anciennement Bongrain,
écrivaient à leurs cadres qu’ils ne se sentaient pas tenus par les accords
annoncés par le gouvernement. À leur suite, ce sont les industriels de
l’abattage qui font de même.
Des
groupes comme Bigard ou Cooperl, qui font respectivement plus de 4 milliards et
2 milliards de chiffre d’affaires, comme tous les autres patrons, quel que soit
le secteur, mettent en avant les mêmes arguments, évoquant la concurrence
étrangère, etc. En réalité, ils veulent pouvoir maximiser leurs profits en
payant aux agriculteurs et aux éleveurs les prix les plus bas.
On voit
là que la réponse du gouvernement à la crise à laquelle sont confrontés les
producteurs de viande, et avant tout les petits éleveurs, a été de la poudre
aux yeux destinée à arrêter leur mobilisation. Le gouvernement se refuse à
imposer quoi que ce soit aux capitalistes de l’abattage, de la transformation
de la viande et de la grande distribution. Il prétend être impuissant, ne pas
disposer des moyens. Mensonge ! Quand il s’agit de baisser les retraites des
salariés, d’imposer le travail du dimanche, il sait trouver les moyens, sans
hésitation. Non, ce n’est pas de l’impuissance de sa part, c’est de la
complicité !
Lucien
DÉTROIT
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| Après une manifestation à Caen. Oui, c'est sale... le capitalisme ! |