Croisade anti-Union européenne à gauche : Un
rideau de fumée toxique.
Tout
juste un an après l'accession de François Hollande à l'Élysée, le torchon brûle
comme jamais dans les sommets du PS et au sein du gouvernement. Des ministres
en place comme ceux qui postulent à le devenir se cherchent des prétextes de
désaccords afin de marquer leur différence... et pour certains, que l'on qualifie
abusivement de gauche, de mettre en évidence une « radicalité » qui,
soulignons-le, reste purement verbale, et le restera.
Les politiciens de toute la droite se
gaussent de cet étalage de linge sale en public. Mais ils offrent le même
lamentable spectacle dans leurs relations internes, qui met en scène un choc
des ambitions similaires, pour savoir qui, de Copé ou de Fillon, sera calife à
la place du calife, ou qui pourrait se faufiler entre les deux, pour chiper le
poste.
Dans cette bataille de chiffonniers au
sein du PS, on retrouve, parmi les contestataires de la ligne gouvernementale,
l'inévitable Arnauld Montebourg. À défaut d'affronter les patrons bien
français, les Dassault, les Lagardère, les Peugeot, famille devant laquelle il
s'est aplati sans pudeur, l'improductif ministre de l'Industrie prêche pour une
nouvelle croisade. Il propose même, dans une de ses envolées, de « toréer » une
Union européenne dominée par l'Allemagne de Merkel. Il n'est pas le seul, à
gauche, à enfourcher ce cheval. On en trouve d'autres parmi les notables du PS,
mais aussi parmi les dirigeants du PCF et du Parti de gauche, rassemblés sous
la bannière brandie par Mélenchon. On en retrouve bien évidemment aussi à
droite, pas seulement au FN, pour qui tout ce qui fleure bon le nationalisme
est pain béni.
Présenter ainsi l'Allemagne comme la
responsable des difficultés que subissent les classes populaires en France est
une grossière diversion, à laquelle ceux qui lancent cette campagne ne croient
pas eux-mêmes. Experts en démagogie, ils utilisent les préjugés. Ce faisant,
ils les cautionnent. Pire, ils renforcent l'idée que ce seraient les Allemands,
toutes classes confondues, y compris les travailleurs de ce pays, qui seraient
des concurrents, pour ne pas dire des rivaux, voire même des adversaires. Et en
contrepoint, cela conforte l'idée, plus nocive encore, que face à la
concurrence étrangère les travailleurs de France devraient être solidaires de
leurs patrons, c'est-à-dire de leurs exploiteurs.
Cette campagne-là, qui n'est malheureusement
pas nouvelle, est un écran de fumée, mais de fumée extrêmement toxique.
Jean-Pierre Vial
 |
| Elément d'une fresque sur l'union des travailleurs tous les pays de Diégo Rivera dans le Palais de Bella Artes à Mexico |