samedi 6 mars 2021

« Le jeune parti communiste : du combat pour créer un parti révolutionnaire au stalinisme » (11) : 1921-1924 : la lutte pour transformer le parti : aujourd’hui : Le reflux et le front unique

Comme vous le savez, nous n’avons pas pu tenir le Cercle Léon Trotsky qui devait aborder, un siècle après le Congrès de Tours de décembre 1920, la naissance du parti communiste en France. Le texte de cet exposé est néanmoins disponible sur notre site lutte-ouvrière.org. Nous vous le proposons à partir d’aujourd’hui en feuilleton sur notre blog « lo argenteuil »

 

Le jeune parti communiste : du combat pour créer un parti révolutionnaire au stalinisme

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1921-1924: la lutte pour transformer le parti

Le reflux et le front unique

La répression du Havre et l’intransigeance des patrons de la métallurgie confirmaient que l’ordre bourgeois, menacé à la fin de la guerre, était de nouveau stabilisé. Cette situation n’était pas propre à la France. En Italie, Mussolini arrivait au pouvoir après des mois d’expéditions punitives de ses «faisceaux», groupes de combat contre les militants ouvriers et les paysans rouges. En Europe centrale, des dictatures imposaient leur joug dans la plupart des pays issus des traités qui, après celui de Versailles, avaient organisé le charcutage de l’Europe sous l’égide des impérialistes vainqueurs. Dans tous les pays, la crise économique entraînait le chômage tandis que les patrons cherchaient à baisser les salaires.

Pour l’Internationale communiste, l’heure n’était plus à l’offensive mais à la défense face aux attaques, et à un profond travail d’implantation parmi les masses ouvrières et paysannes. L’immense majorité des travailleurs restaient en dehors de toute organisation syndicale ou politique. Il fallait trouver le moyen de les politiser et de les entraîner. Depuis la scission de Tours, les effectifs du PC avaient diminué tandis que la SFIO avait regagné un peu d’influence. Des millions de travailleurs, influencés par les multiples canaux de la propagande bourgeoise, avaient toujours l’espoir que leur sort pourrait s’améliorer grâce à des lois progressistes ou des accords collectifs. La révolution leur semblait lointaine et hasardeuse. Pour résister aux attaques patronales, pour défendre leur salaire et leur emploi, beaucoup aspiraient à l’unité entre les organisations ouvrières.

Sans renoncer ni à leur programme, ni à leur critique des réformistes, ni à leur indépendance organisationnelle, les communistes devaient prendre en compte cette aspiration et chercher à s’adresser à tous les travailleurs, y compris à ceux qui restaient influencés par les socialistes ou la CGT réformiste, pour mener ensemble des actions communes, ponctuelles. Ils devaient multiplier les moyens de se lier aux masses.

L’IC avait formulé cette politique, le Front unique ouvrier, en décembre 1921. Rendue nécessaire par la situation générale, elle fut mal reçue et mal comprise par les dirigeants du Parti communiste français. Les centristes, toujours majoritaires à la tête du parti et influents à travers l’Humanité, s’opposèrent ouvertement au Front unique. Sur le fond, ils ne comprenaient pas qu’il s’agissait de s’adresser, par-dessus la tête des chefs réformistes, aux travailleurs, en partant de leurs préoccupations, de leurs aspirations. Ils ne concevaient les alliances qu’en termes d’élections, par des tractations au sommet. La confusion entretenue par les centristes autour du Front unique alimentait la méfiance et l’hostilité que ressentaient des milliers de communistes, surtout les jeunes, à l’égard des chefs socialistes. Beaucoup minimisaient l’influence de l’ancienne SFIO sur les travailleurs et les militants syndicaux.

Alfred Rosmer et Amédée Dunois, pour la gauche du parti, défendirent cette tactique qui consiste «à frapper ensemble tout en marchant séparément» contre les adversaires communs à tous les travailleurs. Ils ne réussirent pas à l’emporter.

 


Une brochure de 1922, quand le « Front unique » était au cœur de la politique de l’Internationale communiste

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(Demain : 1921-1924 : la lutte pour transformer le parti, La crise dans le parti et le départ de Frossard)

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