Un
bon article du Parisien sur un sujet que nous avions abordé dernièrement
Pénurie
de pneumologues à l’hôpital d’Argenteuil : les médecins de ville s’inquiètent
Marjorie Lenhardt|09 mai 2017
Argenteuil, ce vendredi 5 mai
2017. Service de pneumologie à l’hôpital Victor Dupouy LP/Marjorie Lenhardt
Marjorie Lenhardt
Le service de pneumologie a
adressé un courrier à tous les généralistes du secteur leur expliquant qu’il
n’accueille plus que les pathologies très lourdes.
Si vous souffrez d’asthme, par
exemple, sachez désormais que les délais de consultation au service de
pneumologie de l’hôpital d’Argenteuil s’élèvent à six mois.
La pénurie de médecins touche
désormais aussi les hôpitaux qui peinent pour certains à recruter (voir
encadré). Au service de pneumologie de l’hôpital d’Argenteuil, seulement trois
praticiens hospitaliers à temps plein assurent l’ensemble des activités du
service depuis avril dernier suite au départ d’un médecin. Ainsi, les délais de
consultation ont été drastiquement rallongés. Les activités du service ont dû
être entièrement réorganisées et le nombre de lits est passé de 24 à 16. Mais
les conséquences ne s’arrêtent pas aux murs de l’hôpital.
Les trois médecins - pneumologues
du service ont adressé un courrier à leurs confrères, médecins généralistes et
spécialistes du secteur, leur demandant de ne plus leur adresser que les
patients aux « pathologies pulmonaires obligatoirement hospitalières », soit
des maladies lourdes comme la tuberculose, l’insuffisance respiratoire sévère…
« Une procédure habituelle qui n’est pas un sujet de préoccupation majeure »,
selon Bertrand Martin, le directeur de l’hôpital. Pourtant pour les
généralistes en ville, quelques inquiétudes émergent.
Des
patients réorientés vers les spécialistes en ville
« Quand nous estimons que le cas
est urgent mais pas assez pour qu’on l’envoie à l’hôpital, il faut passer des
coups de téléphone, voir quel autre pneumologue libéral pourrait le prendre en
charge », explique une généraliste du centre-ville déjà submergée par des
tâches administratives de plus en plus lourdes. D’ailleurs, cette dernière
revient tout juste d’un arrêt maladie à la suite d’un épuisement généralisé. «
Le risque aussi c’est que cela déplace le problème et allonge les délais de
consultation ailleurs », poursuit-elle.
Car les médecins devront alors
orienter vers les hôpitaux d’Eaubonne et Colombes. Pour sa consœur du Val-Nord
il y a le risque de recourir à des « traitements d’épreuve », c’est-à-dire de
donner des médicaments à des patients selon leurs symptômes sans leur faire
faire un diagnostic initial nécessitant du matériel très coûteux ; ce qui fait
prendre le risque au patient de prendre un traitement inadapté. « Il y a des
examens spécifiques nécessitant un matériel coûteux que tous les cabinets de
ville ne disposent pas forcément », ajoute cette généraliste qui craint que «
toute une patientèle se retrouve dans le flou ».
Depuis plusieurs semaines
maintenant, l’hôpital réoriente systématiquement les patients vers le seul
pneumologue libéral d’Argenteuil. Au point que ce dernier, présent seulement
deux jours par semaine à son cabinet situé près de la gare du Val d’Argenteuil,
pense augmenter ses créneaux horaires.
Ce dernier qui ne pratique pas de
dépassement d’honoraire commence déjà à rallonger sa présence à Argenteuil.
« Nous
avons un gros souci de recrutement dans le département »
Pour la présidente du conseil de
l’Ordre des médecins du Val-d’Oise, le Dr. Patricia Escobedo, le fait qu’un
hôpital envoie un courrier de ce type aux médecins de ville est une première.
Mais c’est avant tout par mesure de sécurité, selon elle, que l’hôpital ait
pris une telle décision.
« C’est du bon sens, on ne peut
que constater le départ d’un praticien, c’est une façon d’adapter la prise en
charge ». Une situation qu’elle déplore : « Nous avons un gros souci de
recrutement dans notre département au-delà de notre démographie médicale, nous
sommes beaucoup moins attractifs car nous n’avons pas de faculté de médecine
sur le territoire », explique-t-elle.
Les jeunes médecins préférant les
centres hospitaliers universitaires où ils ont déjà pratiqué durant leurs
études.
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