vendredi 18 janvier 2019

« Grand débat » : un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière à paraître


Grand débat : diversion à grand débit

Après avoir fait usage sans succès de gaz lacrymogènes jusqu’au 12 janvier contre les manifestations de gilets jaunes, Macron et le gouvernement espèrent envoyer des gaz anesthésiants suffisamment puissants avec la « lettre aux Français » et le coup d’envoi du grand débat national.
Les foules n’ont pas dévoré la prose élyséenne. On verra si les réunions du grand débat trouvent leur public. Pour l’heure, Macron s’est déplacé dans la commune de Grand-Bourgtheroulde pour lancer son opération de déminage, accompagné par douze pelotons de gendarmerie – plus d’un millier d’hommes dans une commune de 3 800 habitants –, marque indiscutable d’une volonté de dialogue serein !
Les médias complaisants se sont emparés de la lettre et du grand débat, parlant d’un processus inédit et saluant sans rire l’audace de Macron, comme si son gouvernement et lui n’étaient pas à la recherche d’un tour de passe-passe pour sortir de la crise politique. En fait, cette fameuse lettre, quand on a la patience de la lire, est une nouvelle provocation pour un chômeur, un retraité, un travailleur payé au smic, et pour les gilets jaunes mobilisés pour leur pouvoir d’achat et leurs conditions de vie quotidienne.
Passé le poncif obligatoire sur « la France, une des nations les plus égalitaires, fraternelles, et libres », Macron annonce qu’après le grand débat, rien ne sera décidé qui remettrait en cause les choix de son gouvernement. Bien sûr, il y a le refus de rétablir l’ISF mais, par exemple, Macron propose pour la énième fois comme seul remède au chômage de donner aux entreprises « les moyens de se développer ». Cela veut dire : arroser les grosses entreprises d’argent public et leur garantir une main-d’œuvre la plus flexible possible. Si l’on trouve le mot salaire dans la lettre, il n’y a évidemment rien de plus que les miettes annoncées il y a un mois à la télévision.
Macron annonce à l’avance qu’il n’y aura dans sa politique aucun tournant qui prendrait en compte ce qu’expriment des gilets jaunes sur la pénurie en services publics. Vous voulez que l’on baisse des impôts ? Dites-nous dans quels services publics nous devons sabrer ! C’est ce que fait déjà le gouvernement et, dans sa lettre, Macron invite à réfléchir à ce dont la population peut se passer.
En plus de faire semblant de répondre aux attentes populaires, cette lettre incite à mettre en avant la question de l’immigration et des migrants. La diversion est grossière et dangereuse, mais Macron l’utilise délibérément, comme les politiciens d’extrême droite qu’il prétend combattre.
Alors, la meilleure réponse à cette lettre et au grand débat national serait que la colère contre les conditions de vie continue de s’exprimer dans les rues et qu’elle entraîne, au-delà des gilets jaunes, une contestation dans les entreprises, là où il serait décisif de se battre pour les salaires et l’emploi.

                                                   Boris SAVIN (Lutte ouvrière n°2633)




Débat Macronshow à Grand-Bourgtheroulde (Eure)


Sous état de siège


Gaz lacrymogènes face aux manifestants à Grand Bourgtheroulde

Mardi 15 janvier, c’est dans une commune investie par des centaines de CRS, policiers et gendarmes que s’est déroulé le lancement du « grand débat », l’opération de diversion voulue par Macron pour essayer de mettre fin à la crise des Gilets jaunes. Celui-ci a péroré devant un parterre de maires de Normandie et continué ses provocations habituelles comme il l’avait fait dans la matinée au conseil municipal de Gasny, une petite commune de l’Eure. Ainsi, à propos de son soi-disant « plan pauvreté », il a évoqué parmi les plus pauvres ceux « qui déconnent » qu’ « on va davantage responsabiliser ».
A Bourgtheroulde, avant même que Macron débute son opération d’enfumage, les forces de l’ordre gazaient les quelques manifestants qui avaient réussi à entrer dans le village. Plusieurs centaines d’autres étaient bloqués à l’extérieur, ce qui ne les a pas empêchés d’exprimer leur colère contre le « président des riches ». Pour eux, le débat a déjà eu lieu et les conclusions sont claires : ils veulent pouvoir vivre dignement en obtenant une augmentation générale des salaires, des pensions et des allocations. Et ils comptent bien l’imposer par la lutte et non par du blabla !

Monsanto s’occupe de tout


« Experts » et parlementaire vraiment pas regardant



Dans son rapport d’évaluation du glyphosate en 2017, l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques a repris, souvent mot pour mot, le dossier d’homologation transmis aux autorités européennes par le groupe Monsanto. Et c’est sur la base de cette prétendue expertise que l’Union européenne s’est fondée, fin 2017, pour ré-autoriser l’herbicide, pourtant jugé cancérigène par un grand nombre de scientifiques.
Monsanto fournit à la fois le produit… et les expertises qui permettent à des parlementaires pas trop regardants de voter les autorisations de ce produit. Facile !

Dassault-Argenteuil : bientôt fini ?


Quand le PDG et les actionnaires décident



Selon nos informations, la direction de chez Dassault vient d'annoncer que l’usine d’Argenteuil fermerait en 2021, au profit d’un nouveau site aménagé dans l’agglomération de Cergy.
     Dassault est la dernière unité industrielle d’importance localisée à Argenteuil. Au-delà de ses effectifs propres, elle a induit longtemps des milliers d’autres emplois sur la commune et dans des communes environnantes.
       Nous attendons de savoir comment réagiront les travailleurs qui travaillent aujourd’hui sur Argenteuil.
         Dans tous les cas, si la nouvelle se confirmait, cela serait un mauvais coup pour la commune marquée par la présence de cette entreprise et par l’histoire de l’industrie aéronautique depuis plus d’un siècle. DM


Voilà ce que nous écrivions le 26 février 2017, il y a moins de deux ans. La preuve de ce que valent les déclarations des PDG.

Crédulité à bon compte

Le parisien de vendredi, sans doute suite à cette conférence de presse consacrait un article à ce sujet qui était intitulé : « Le maire confiant sur l’avenir de l’usine Dassault ». Pour cela, ce dernier s’appuie ce que lui a dit le PDG de chez Dassault : « Il m’a assuré qu’il n’y aurait pas de fermeture de l’entreprise d’ici dix à quinze ans et m’a parlé de 230 personnes transférées et non de 300 ».

         Comme si ce PDG allait lui dire autre chose et lui faire de vraies confidences… Dans la réalité, le PDG décide, et l’édile écoute. D’autant plus que celui-ci apparemment veut bien entendre que ce l’on veut bien lui dire.

Otis à Argenteuil : restera pas ? Restera ?


Ah bas le secret des affaires, surtout de ce type !

 
Il n'y a pas si longtemps...

Selon les déclarations de la municipalité qui reprend les informations que l’entreprise lui a fournies, Otis présente de longue date dans la zone industrielle de la gare y restera, même si une partie de ses locaux a déjà été murée.
         En revanche, selon des informations syndicales, il n’en serait rien, et l’ensemble des activités seraient sur le départ, dans l’année qui vient.
         Qu’y croire ?
         Plus que jamais, pour réaliser la transparence, il faudra le contrôle des travailleurs qui ont les moyens collectivement de trouver les informations nécessaires. Ensuite, la volonté de tous permettra de mettre sur la place publique toutes ces dernières, nécessaires aux travailleurs eux-mêmes, et à la population.

jeudi 17 janvier 2019

Nathalie ARTHAUD sur LCI hier midi au « Débat » : "La dictature,c'est ferme ta gueule, la démocratie, c'est cause toujours" (Slogan de Mai 68)

Hôpital Lariboisière : le « manque de moyens » pointé dans la mort d’une patiente


Économies meurtrières dans les hôpitaux



L’enquête interne de l’AP-HP sur le décès d’une patiente, survenu aux urgences de l’hôpital parisien de Lariboisière en décembre dernier, pointe notamment un « manque de moyens ». La patiente est restée douze heures dans une salle d’attente surchargée, avant d’être retrouvée morte au petit matin.
Ce manque de moyens est devenu la règle dans tous les hôpitaux, du fait des politiques d’économies menées par les gouvernements depuis des années. Et le gouvernement Macron-Philippe prévoit, lui, de supprimer 800 à 1000 postes par an pendant cinq ans à l’AP-HP, continuant d’aggraver la situation. C’est criminel au plein sens du terme !

Italie : Cesare Battisti extradé : vengeance et service entre amis de l'extrême-droite


Une justice politique



Cesare Battisti, accusé de quatre meurtres dans les années 70 en Italie, vient d’être arrêté en Bolivie. Cet ex-membre d’un groupe de l’extrême gauche de l’époque a été extradé vers l’Italie, où il risque la prison à perpétuité. Clamant son innocence, cela faisait 40 ans qu’il s’était exilé. Après avoir longtemps vécu en France, il avait trouvé refuge au Brésil.
Son extradition a été décidée par le nouveau président brésilien, Bolsonaro, qui se revendique ouvertement de la dictature militaire brésilienne. Il a permis au ministre de l’Intérieur italien Salvani, lui aussi d’extrême droite, de parader… Mais cette extrême droite italienne pratiquait, elle aussi, une politique d’assassinats et de provocation violente pendant ces mêmes « années de plomb ». Ils n’ont, eux, jamais été inquiétés. Et leurs héritiers sont aujourd’hui au pouvoir.

Zimbabwe : manifestations contre le prix de l'essence


Un pays exsangue



Lundi 14 janvier, des manifestations ont éclaté dans les deux plus grandes villes du Zimbabwe pour protester contre le doublement des prix des carburants. Cette mesure touche de plein fouet les classes populaires, alors que les prix du riz, du maïs, du sucre et de l'huile se sont envolés ces dernières semaines. La principale centrale syndicale a appelé à une grève de trois jours.
Après avoir été pillé par la colonisation britannique, puis par le dictateur Mugabe pendant 37 ans, le Zimbabwe est exsangue. Voilà le seul avenir que le capitalisme en crise offre aux pays dont il a pillé les richesses et exploité jusqu’à la corde la population.

Argenteuil : le personnel territorial boude les vœux du maire. Etonnant ?


Lorsque l’on trinque, on n’a vraiment pas envie de trinquer

 
Fin 2014 ? 2015 ?

La cérémonie des vœux aux travailleurs de la Ville a connu encore moins de succès vendredi dernier que celle aux « personnalité locales » qui elle-même avait été un échec avant noël.
         Prudente, la municipalité avait vendredi dernier délaissé la salle Jean Vilar qui peut contenir jusqu’à 1500 personnes debout pour l’ensemble de l’espace public du rez-de-chaussée de l’hôtel de ville qui lui peut recevoir jusqu’à un millier d’invités comme cela s’est fait dans le passé.
         Il y avait vendredi deux centaines d’employés municipaux sur les 2500 à 3000 que compte la collectivité.
         Et même les présents ont eus bien du mal à écouter les orateurs au point que le maire d’Argenteuil a tenté –sans succès- de jouer le maître d’école.
         Lorsque la municipalité reviendra sur les mauvais coups qu’elle a imposés au personnel communal après 2014 -le licenciement de centaines d’employés contractuels, et l’allongement du temps de travail entre autres- elle retrouvera peut-être l’assistance d’antan et un public tout ouïe. En attendant, elle est condamnée à organiser ses agapes à la tente Quechia du Val-Nord, dite l’Atrium, qui est tout à fait dimensionnée au désamour actuel des travailleurs territoriaux à son égard.

mercredi 16 janvier 2019

CAC 40 : 57,4 milliards de dividendes versés aux actionnaires


De l’argent, il y en a dans les coffres du patronat



Les 40 principales sociétés du pays cotées en Bourse (le CAC 40) ont battu tous les records. En exploitant des millions de salariés, elles ont fait 92 milliards d'euros de bénéfices et versé 57,4 milliards de dividendes à leurs actionnaires. Un record absolu.
Avec 57,4 milliards on aurait déjà pu embaucher près de 2 millions de salariés payés 1 500 euros par mois, cotisations incluses. Au lieu de quoi, tout cet argent, les actionnaires l'ont empoché sans créer d'emplois.
Pour faire cesser le chômage et améliorer la vie des travailleurs, la solution : exproprier le grand capital.

Aujourd’hui mercredi 16 janvier
À 12h50
Sur LCI : 
Débat avec Nathalie Arthaud

Gilets jaunes : intervention du RAID à Pont-à-Mousson


Les grands moyens d’une opération antiterroriste contre un gilet jaune !



Jeudi 10 janvier c’est une véritable opération antiterroriste qui a été menée à Pont-à-Mousson contre un gilet jaune soupçonné de s’en être pris à une voiture de police lors des affrontements de la manifestation du 5 janvier à Epinal. Les médias avaient même été invités à assister à l'intervention.
Sous la protection d'un tireur d'élite, une colonne d’une dizaine de superflics du Raid de Nancy habillés en noir, cagoulés, casqués, hyper protégés, munis de lourds boucliers, ont investi son domicile à 6 heures du matin et l’ont interpellé après avoir défoncé la porte d’entrée à l’aide d’un vérin !
Face aux gilets jaunes, le pouvoir voudrait faire croire qu’il a affaire à de dangereux terroristes alors qu’il est tout simplement confronté à la colère d’une partie de la population.

Gilets jauneLutte de Classe, la revue de Lutte ouvrière : un supplément concernant la mobilisation des gilets jaunes (2ème partie)s :


Les gilets jaunes : l’expression d’une colère, la recherche d’une perspective




Cet article a été rédigé le 3 janvier 2019. Il ne tient donc pas compte d’événements survenus par la suite, ni de non-événements tels que le débat national de Macron avec ses rebondissements successifs. Il sera publié dans le prochain numéro de notre mensuel à paraître fin janvier.
……..

La révolte contre les impôts et taxes « qui saignent les malheureux »

Les révoltes contre des prélèvements de l’État, les impôts et les taxes, ressentis comme injustes, font partie des moments forts de l’histoire des luttes de classe. Le pourrissement du capitalisme financiarisé leur donne une nouvelle actualité. En dehors de son rôle régalien de défense de l’ordre capitaliste, l’État joue de plus en plus le rôle d’huissier chargé de prélever directement sur la population de quoi compléter la masse de plus-value dégagée par l’exploitation directe et de le mettre à la disposition de la grande bourgeoisie.
Dissimuler cette arnaque derrière le prétendu intérêt général marche d’autant moins que ce qui, dans les services publics, est utile à la majorité de la population – écoles, accès aux soins, Ehpad, transports publics dignes de ce nom – est laissé à l’abandon alors même que s’accroissent les prélèvements. Le parasitisme croissant du grand capital, qui oblige son État à détourner de plus en plus ses moyens financiers vers les grandes entreprises privées et vers leurs propriétaires et actionnaires, quitte à démolir ceux des services publics qui sont utiles au plus grand nombre, est en train de tuer la crédibilité de l’État de la bourgeoisie dans sa prétention à représenter les intérêts généraux de la population.
Le « macronisme », » qui s’est présenté en ses débuts comme la solution à la perte de crédit des partis de la bourgeoisie qui incarnaient l’alternance gauche-droite, constitue aujourd’hui au contraire le problème. La démocratie bourgeoise s’enfonce dans le marasme. Les atermoiements affolés du gouvernement face à une crise politique, somme toute limitée pour le moment, ont une signification plus profonde que ne méritent la petite personne de Macron et la cour d’arrivistes qu’est sa majorité parlementaire. C’est l’autorité de l’État qui est mise en cause.
Le constat ne vaut pas seulement pour la France. Sous les formes les plus variées, la même évolution est en train de se produire dans les pays les plus développés de la planète (quant aux autres, la majorité sous-développée ou semi-développée de la planète, la forme démocratique du pouvoir de la bourgeoisie n’a jamais été autre chose qu’un simulacre). Partout, pour la même raison fondamentale, c’est l’agonie prolongée de l’organisation sociale capitaliste.
Le problème qui est posé à la société dépasse l’agitation dérisoire des partis traditionnels de la bourgeoisie, comme de ceux qui essayent d’en prendre la relève. Il n’est pas dans la façon de gérer les affaires de la bourgeoisie, et encore moins de choisir qui les gère. Il est dans la légitimité de la bourgeoisie à diriger la société alors qu’elle la mène à la catastrophe.

Les axes des interventions des communistes révolutionnaires

Le propre des mouvements de masse, fussent-ils limités, est qu’ils rendent concrets, perceptibles, des problèmes et des objectifs qui apparaissaient auparavant abstraits, voire inimaginables. Le premier enseignement du mouvement des gilets jaunes est avant tout son existence, et son surgissement imprévu et imprévisible. Après une longue période où dominaient dans les classes exploitées la résignation et le scepticisme à l’égard de la possibilité même d’agir, voilà que le sursaut est venu d’une de ses franges, la plus écrasée, la plus désarmée, la plus abandonnée à son sort de masse populaire, la plus morcelée aussi. Ceux des classes populaires qui s’engageaient alors dans la contestation l’ont fait avec leurs préjugés, leurs illusions, leur inorganisation, leur apolitisme, avec tout ce que cela implique de handicaps, d’absence de boussole. Mais ils s’y sont engagés. L’entrée en contestation elle-même était le début d’un apprentissage, le seul qui soit donné aux masses populaires. Des formes de communication émergeaient. Des formes d’organisation surgissaient. Des femmes et des hommes, des personnes âgées vivant dans l’isolement découvraient, au gré des discussions et des fraternisations, que leur malheur n’était pas individuel. C’est peu, mais en même temps, c’est énorme. De sujets passifs subissant la loi des plus puissants et leur propagande permanente, ils se sont fait entendre et ont même commencé à peser sur la vie politique. C’est comme cela que la prise de conscience commence. Elle peut être contagieuse.
L’activité des militants révolutionnaires doit tout simplement faciliter cette prise de conscience, lui donner une formulation, anticiper les étapes suivantes. La culture marxiste en donne les moyens. L’engagement du côté du prolétariat, la confiance dans les capacités et les possibilités des travailleurs feront le reste. Ce sont les masses en mouvement qui peuvent comprendre les idées marxistes, le programme révolutionnaire, et en faire une force capable d’ébranler le monde.
La grande masse des exploités n’en est pas encore à lutter et même à contester. Mais même la contestation d’une minorité suscite des questions, permet la discussion. Il faut saisir ces possibilités. Même limitées aujourd’hui, elles pourront devenir utiles demain. Les luttes sociales ne font que s’annoncer.
La concomitance de décisions comme celle de supprimer l’impôt, pourtant dérisoire, sur la fortune des riches, et l’amputation de la pension des retraités du monde du travail, a posé d’emblée la question de l’inégalité sociale. Elle apparaissait de prime abord comme injustement aggravée par « l’homme des riches » qui est à l’Élysée. Mais c’est le début d’un raisonnement qui peut être facilement poussé plus loin. Macron, qui lui-même s’est réclamé d’un exercice « jupitérien » de la présidence, est ressenti comme un président coupé du peuple, et méprisant. Mais cela suscite des réflexions sur la nature du pouvoir, quel que soit l’individu qui l’exerce dans cette société inégalitaire. L’arbitraire de la décision d’ajouter une taxe sur le gazole, avec ce que cela implique pour le pouvoir d’achat, fait réfléchir sur l’utilisation des impôts et des taxes. Et combien de gilets jaunes, qui n’ont jamais participé à une manifestation, ont découvert en montant à Paris, à Toulouse ou à Bordeaux, que la police n’était pas seulement le policier municipal de leur localité, un voisin ou un cousin, en même temps qu’ils ont découvert, sans être pourtant venus manifester pour casser, les gaz lacrymogènes et les canons à eau. Tout cela constitue pour beaucoup une expérience politique, élémentaire mais nouvelle.
Le gros des participants au mouvement s’y est lancé pour le droit de vivre dignement, tout simplement. De disposer d’un travail pour ceux qui n’en ont pas, d’un pouvoir d’achat pour faire face aux dépenses quotidiennes de la famille, d’une retraite convenable. Des exigences modestes, que la société devrait pouvoir assurer à chacun de ses membres. Des exigences ressenties comme étant d’autant plus légitimes que la même société permet à une toute petite minorité de cumuler des fortunes qui dépassent l’entendement.
C’est là que doit commencer l’agitation des communistes révolutionnaires. Montrer que l’organisation sociale actuelle s’oppose même à cette exigence élémentaire. Que la richesse incommensurable de la minorité capitaliste repose, de façon particulièrement révoltante avec la crise économique, sur l’appauvrissement de ceux dont le travail, l’activité productive, ont précisément créé les richesses que cette minorité s’approprie et dilapide.
Tout le monde devrait avoir un emploi avec un salaire correct. S’il n’y a pas assez d’emplois, il faut répartir le travail entre tous. Le chômage est un drame pour celui qui le vit, et une aberration sociale, car en travaillant le salarié contribue à créer sa propre part de richesse sociale. L’activité des générations passées de travailleurs – notamment celles et ceux qui sont aujourd’hui à l’âge de la retraite – a créé des forces productives immenses, des usines, des banques, des transports, des réseaux de distribution. Les responsables du chômage sont ceux qui monopolisent ces forces productives et que le système économique actuel autorise à en disposer à leur gré, fût-ce aux dépens de milliers de femmes, d’hommes, de toute une ville ou de toute une région lorsqu’une entreprise ferme ou délocalise.
Le pouvoir d’achat doit être garanti par l’indexation automatique des salaires et des retraites sur les prix. Il est inacceptable que s’accroisse sans cesse le nombre de travailleurs pauvres, des femmes et des hommes qui, tout en apportant leur contribution au fonctionnement de la société, sont poussés vers la misère matérielle et par là-même, morale. Une société qui tolère cela est une société en train de se suicider.
Ce sont là les premiers pas indispensables pour préserver de la déchéance les travailleurs salariés, les retraités. Ils ne peuvent pas être franchis autrement que par la lutte. Cette lutte indispensable, inévitable ne doit pas seulement viser ceux qui nous gouvernent. Elle doit viser, au-delà, ceux qui accaparent les richesses créées pourtant par l’activité collective. C’est légitime. C’est moral. C’est d’une nécessité vitale pour empêcher que le système broie ceux dont l’activité fait fonctionner toute la société.
Ce n’est que de la légitime défense de la part des classes travailleuses face à un danger immédiat, mortel pour la composante active de la société qu’ils sont. Mais pour écarter définitivement la menace qui pèse sur l’humanité, il faut arracher le pouvoir à la grande bourgeoisie. Il faut exproprier la minorité de gros possédants capitalistes qui exercent un pouvoir dictatorial sur l’économie et qui l’ont conduite à l’impasse des crises répétitives.
À la pleurnicherie mièvre des réformistes en tout genre qui proposent un « meilleur partage des richesses », il faut opposer l’expropriation des grands capitaux, des grandes entreprises et des banques. La grande bourgeoisie ne partage pas. Et le problème de la société n’est pas de mieux partager la richesse accumulée entre les mains d’une poignée de grands capitalistes. Il est de mettre fin à un système économique qui, tant qu’il dure, draine inexorablement vers cette poignée de capitalistes ce qui résulte de l’activité, de la créativité, de la collectivité humaine. Un système économique injuste et irrationnel depuis toujours, mais aujourd’hui en état de faillite manifeste.
Il n’y a pas de compromis équitable entre la grande bourgeoisie et le prolétariat. Il n’y a pas d’organisation économique intermédiaire entre celle de la bourgeoisie capitaliste, fondée sur la propriété privée des moyens de production, la course au profit privé et la concurrence, et celle dont sera porteuse la classe ouvrière : une économie organisée sous le contrôle de ceux qui travaillent, et planifiée pour satisfaire en priorité les besoins matériels et culturels de tous, compte tenu des moyens disponibles.
Qui de la bourgeoisie ou du prolétariat l’emportera ? La question posée depuis le Manifeste communiste est la seule décisive pour l’avenir. Prendre le parti du prolétariat dans ce combat, contribuer à ce qu’il renoue avec la conscience de la tâche historique qui est la sienne, reste le guide de tout militant, de toute organisation communiste révolutionnaire, plus particulièrement lors des crises sociales.

                                                                                     3 janvier 2019

Argenteuil –l’ancien maire et député mis en examen


Quand la ligne rouge n’est pas loin

 
Sans contrôle réel, comme une impression de toute puissance

Selon la presse, l’ancien député et maire d’Argenteuil Philippe Doucet vient d’être mis en examen pour « détournement de fonds publics », pour « favoritisme » et « prise illégale d'intérêt », selon la presse toujours.
Il s’agirait de deux affaires, l’une concernant la passation d’un marché public, l’autre, d’une personne payée par la commune mais travaillant pour le député. Des plaintes avaient été déposées par son successeur à la tête de la commune d’Argenteuil, Georges Mothorn, dès 2014. L’intéressé déclare n’avoir "perçu aucun avantage direct ou indirect » dans ces affaires.
Nous verrons bien quelle suite sera donnée à ces affaires par les tribunaux.
Nous répéterons à cette occasion ce que nous avons l’habitude de dire sur ce sujet.
Une fois élus, ces derniers ont la fâcheuse habitude de se considérer comme des petits rois, en particulier en ce qui concerne les maires des grandes communes. Décidant loin de la population, loin des membres de leur majorité à qui l’on offre en pâture uniquement la connaissance de broutilles, décidant à la rigueur en très petit comité, ils sont très nombreux à considérer qu’ils pourront modeler la réalité selon leur bon vouloir, et selon leurs objectifs de carrière personnelle. De là à prendre le risque de franchir la ligne rouge…
La question du contrôle des travailleurs sur leurs entreprises, sur la société toute entière et sur les représentants lorsque la nécessité s’en impose doit être au cœur des mobilisations futures de la population, et des travailleurs en particulier.

                                                     Dominique MARIETTE

Argenteuil - Fresque Edouard Pignon toujours aussi controversée


Le marronnier d’Argenteuil

 
Les ateliers du 5

Ce n’est pas une nouveauté. Régulièrement, depuis des années, la fresque « aquatique » intitulée Vingtième siècle réalisée en 1970 par l’artiste Edouard Pignon proche de Picasso en bas de l’avenue Gabriel Péri revient dans l’actualité locale. C’est à nouveau le cas ces derniers temps.
         Cette œuvre artistique de 50 mètres de long sur 10 de hauteur est composée d’un assemblage de 5 000 morceaux et se voulait couronner un « centre culturel ». Comme telle, son appréciation est largement une question de goût personnel. Elle a donc ses défenseurs mais aussi ses détracteurs. Elle pâtît surtout d’un air d’inachèvement, celui de la façade bétonnée dont le gris est depuis toujours d’un mauvais effet.
Depuis l’origine, cette œuvre en céramique est la « bête noire » du vieux clan local « de droite d’Argenteuil » qui a toujours rêvé de s’en débarrasser. Certains disent qu’il y voit une faucille et un marteau, ce qui, on peut le comprendre, lui donne des boutons.
         Ledit « centre culturel » d’Argenteuil n’a jamais véritablement existé, et l’ensemble du bâtiment est consacré à des activités particulièrement hétéroclites où les activités culturelles n’ont qu’une part. Il mériterait sans doute de revenir à sa vocation première. Et à condition que sa façade soit achevée… un demi-siècle plus tard, et que cessent de tomber quelques-uns des morceaux de la fresque, ce qui n’est pas sans danger.
         Mais peut-être que cette autodestruction progressive est-elle la voie rêvée par les détracteurs de cette œuvre pour en imaginer la disparition ! A quelques morceaux tombés chaque année, il faudra quelques siècles tout de même pour que celle-ci s’opère et qu’ils y parviennent…

mardi 15 janvier 2019

Editorial des bulletins Lutte ouvrière d’entreprise du lundi 14 janvier 2019


Grand débat national : cause toujours...



Pour tenter de reprendre la main, Macron a lancé « un grand débat national ». Celui-ci a pour objectif d’éclipser et d’étouffer la mobilisation des gilets jaunes et de ne pas répondre à leurs exigences.
Leur revendication la plus populaire est le rétablissement de l’ISF. Eh bien, par avance, Macron y met son veto ! Et en six pages et 34 questions, il n’y a pas un mot sur les salaires, l’emploi ou le niveau des pensions. Mais on peut toujours en causer, nous dit Macron. De qui se moque-t-il ?
Le problème n’est pas seulement de dire ce que l’on pense. Cela, des dizaines de milliers de femmes et d’hommes le font depuis trois mois. Le problème est d’imposer nos intérêts de travailleurs contre Macron, le président des très riches, et contre la classe capitaliste de plus en plus rapace. Pour cela, il faut instaurer un rapport de force. 
Le fait que les gilets jaunes se soient rassemblés à 84 000 à la veille du lancement de ce « grand débat » montre qu’ils ne sont pas dupes. La dernière sortie de Macron sur les citoyens qui « oublient le sens de l’effort » a ainsi eu la réponse qu’elle méritait.
Le mouvement des gilets jaunes a montré que nombre de retraités, de femmes en précarité ou au foyer, de salariés et d’artisans ne veulent plus se taire. Peut-être pousseront-ils aussi leur coup de gueule dans le cadre de ce débat officiel, et cela se comprend. Mais croire que le débat national peut faire avancer les intérêts essentiels des travailleurs en termes d’emploi, de salaire ou de niveau de retraite, est une illusion. 
Ceux qui décident des embauches et des licenciements, qui fixent les contrats, les salaires, les conditions de travail et déterminent les carrières, sont les dirigeants des entreprises. Ils ne décident pas en prenant l’avis des travailleurs et de la population. Ils prennent leurs ordres auprès des actionnaires et des propriétaires.
Ils se moquent non seulement de ce qui peut ressortir du grand débat, mais aussi de ce que peut dire ou recommander le gouvernement. Combien d’entreprises richissimes n’ont pas versé la « prime gilets jaunes » ? Quand les grands groupes décident de fermer une usine, comme Ford à Blanquefort ou PSA à Saint-Ouen, ils n’ont que faire des leçons de morale du ministre de l’Économie !
S’il arrive aux gouvernements de déplorer qu’il n’y ait pas de juste répartition des profits, ils ne font rien. La situation empire année après année et 2018 ne déroge pas à la règle puisqu’un record de 57 milliards de dividendes a été versé aux actionnaires, en hausse de 13 % par rapport à l’année précédente.
Qu’en déduire si ce n’est que les gouvernants et l’État n’ont pas de prise sur ces capitalistes ? Qu’en conclure si ce n’est que, derrière le pouvoir politique, se tient un pouvoir autrement plus puissant, le pouvoir de l’argent et de ceux qui le concentrent, les capitalistes ?
« Il faut donner plus de force à la démocratie et à la citoyenneté », dit Macron. Mais on peut multiplier les débats et les référendums, l’organisation sociale n’en sera pas plus démocratique ! Toute l’économie et nos vies de travailleurs sont soumises à la dictature du grand capital, aux rois des temps modernes que sont les grandes fortunes à la tête des multinationales de l’automobile, du pétrole, de la pharmacie, de la finance, de la banque ou des assurances.
Il y a six millions de chômeurs et il manque du personnel dans les maisons de retraite, dans les hôpitaux. Nombre d’autres besoins ne sont pas satisfaits. La société est plongée dans l’impasse parce que les capitaux sont concentrés dans les mains de cette infime minorité qui se moque de résoudre des problèmes aussi élémentaires que l’habitat insalubre ou le manque de médecins. Même entretenir des conduites de gaz qui datent du début du XXe siècle, comme celles qui ont été à l’origine d’une explosion samedi à Paris, ne fait pas partie de leurs préoccupations !
Cette minorité de capitalistes accapare les richesses produites collectivement au travers de l’exploitation et elle est libre de faire ce qu’elle veut de ses capitaux. Et comme son système est en crise permanente, elle choisit de les orienter de plus en plus vers la finance et la spéculation.
Il n’y aura pas d’issue tant que l’on n’enlèvera pas le pouvoir à la grande bourgeoisie en l’expropriant. « Faut-il enlever à la classe capitaliste son pouvoir de nuisance en l’expropriant ? ». Cela ne fait bien sûr pas partie des questions soumises au grand débat. Mais les travailleurs qui ont la volonté d’agir pour offrir un avenir vivable à la société doivent y répondre, et positivement.

Demain mercredi 16 janvier
LCI :  Débat avec Nathalie Arthaud
à 12h50

Gilets jaunes, gilets rouges, sans gilets, même colère noire.


Ils voudraient faire taire les protestations

Samedi 12 janvier 0 Montbéliard, environ 700 manifestants se sont réunis à l’appel des Gilets Jaunes et de 3 organisations syndicales, CGT, FO et FSU, pour se rendre en cortège depuis la zone du Pied des Gouttes jusqu’à la sous-préfecture.
Les participants ont voulu exprimer leur colère et leur indignation contre les décrets pris par le préfet pour déloger les gilets jaunes des ronds-points et des endroits où ils avaient l’habitude de se retrouver, parfois avec l’accord des maires comme à Arbouans ou à Audincourt.
Les tentatives de vouloir faire taire les protestations, de les décourager ou de les orienter vers un entonnoir qui aboutirait à un « grand débat » qui n’abordera pas la question du pouvoir d’achat ne passent pas. Dans le cortège, les pancartes « Le capitalisme exploite les hommes et tue les peuples » ou « Non à la dictature des financiers ! » exprimaient le sentiment de nombreux manifestants : que l’appauvrissement de ceux qui travaillent, qui sont privés d’emploi ou qui ont travaillé, est à mettre en relation avec les fortunes insensées accumulées et dilapidées par les capitalistes.



Certains ont pris conscience qu’en agissant collectivement ils pouvaient se faire entendre, et que pour continuer à peser, il faudra étendre la lutte là où les richesses sont produites : dans les grandes entreprises.

Lutte de Classe, la revue de Lutte ouvrière : un supplément concernant la mobilisation des gilets jaunes (1ère partie)





Les gilets jaunes : l’expression d’une colère, la recherche d’une perspective



Cet article a été rédigé le 3 janvier 2019. Il ne tient donc pas compte d’événements survenus par la suite, ni de non-événements tels que le débat national de Macron avec ses rebondissements successifs. Il sera publié dans le prochain numéro de notre mensuel à paraître fin janvier.

Le mouvement des gilets jaunes, malgré ses limites, ses illusions et ses confusions, a témoigné de la profondeur du mécontentement dans les couches populaires. Il a montré la capacité de mobilisation des participants, leur rejet des institutions censées les représenter, et qui, en réalité, canalisent, détournent et étouffent l’expression de leur colère.
Quel que soit son avenir, le mouvement des gilets jaunes sera inévitablement relayé par d’autres réactions sociales. En effet, la crise profonde de l’économie poussera la classe capitaliste à aggraver l’exploitation des travailleurs salariés, mais aussi à pourrir les conditions d’existence de bien d’autres couches populaires : les paysans petits et moyens, les artisans, les petits commerçants. La propriété privée de leurs instruments de travail et parfois, l’emploi de quelques salariés donnent l’illusion de l’indépendance à une multitude de catégories de la petite bourgeoisie. En réalité, elles sont écrasées par les banques, dominées par les grosses entreprises donneuses d’ordres, spoliées par les chaînes de distribution capitalistes. Et parmi ces catégories, nombreux sont ceux qui sont poussés en permanence vers la paupérisation.
Il serait vain de vouloir deviner la voie que prendront les prochains sursauts populaires, ou laquelle des mille injustices de cette société provoquera des explosions de colère. Tout aussi vain de tenter de prévoir quelles catégories se lanceront en premier et quels moyens elles imagineront pour se faire entendre. La capacité d’imagination de masses mises en mouvement pour leur survie est sans limite. La tâche des militants communistes révolutionnaires n’est pas de deviner l’avenir, mais de proposer une politique qui amène le prolétariat à se retrouver dans l’enchevêtrement des intérêts sociaux différents, à prendre conscience de ses intérêts de classe pour que, instruit par la lutte elle-même, sa conscience finisse par s’élever jusqu’à son aboutissement ultime : la conviction qu’il est nécessaire de renverser le pouvoir de la grande bourgeoisie et de lui arracher la propriété privée des grandes entreprises et des banques afin de mettre fin à sa domination sur l’économie.

Les enseignements de la colère exprimée par les gilets jaunes

Il est dans la logique des choses que le regard des masses, lorsqu’elles entrent en mouvement, soit focalisé sur ceux qui gouvernent, avec tout ce que cela a de juste dans ses fondements, mais aussi de source d’illusions ; juste car ceux qui gouvernent le font au service de la classe dominante, celle à qui l’exploitation et l’oppression profitent en dernier ressort ; source d’illusions cependant, car ceux qui gouvernent sont largement interchangeables, et savoir se débarrasser de serviteurs au sommet en cas de menace fait partie, depuis des temps immémoriaux, de la culture politique de toute classe dominante. La bourgeoise des pays impérialistes a même appris, au fil de l’histoire, à banaliser l’opération, à s’en servir à titre préventif, à en faire un élément essentiel de son système politique, à l’intégrer dans le fonctionnement régulier de la démocratie bourgeoise par le biais de consultations électorales. Elle permet d’utiliser le personnel politique comme soupape de sécurité, d’en changer, le cas échéant, pour que rien ne change en fait dans la domination de la minorité capitaliste.
Il est également dans la logique des choses qu’une explosion de colère comme celle qui a conduit au mouvement des gilets jaunes mélange des colères de catégories sociales diverses. Celles du monde du travail, des retraités qui peinent à survivre, des chômeurs sans espoir de trouver du travail dans leur région, des travailleurs qui n’en ont trouvé un qu’à des dizaines de kilomètres de leur lieu d’habitation et pour qui le prix du gazole est une composante vitale de leur pouvoir d’achat, des aides-soignantes, des mères seules, des jeunes qui galèrent d’embauches précaires en petits boulots, des ouvriers, employés, techniciens de petites entreprises. Ces colères venant du monde des salariés se sont mélangées avec celles des couches petites bourgeoises qui ont le plus de mal à s’en sortir. La méfiance à l’égard des partis institutionnels, qui prend facilement la forme d’un apolitisme affiché, s’enracine dans le désir de préserver l’unité entre les différentes composantes du mouvement. Cette unité, et la fraternité forgée sur les ronds-points occupés et dans les actions menées en commun, semblent être le gage de la victoire. De quelle victoire ? De qui et contre qui ? Le mouvement des gilets jaunes a d’autant plus de mal à répondre à ces questions et même à se les poser que, derrière l’unité dans la colère, les intérêts des uns et des autres divergent, tout comme aussi les voies pour exprimer cette colère.
Commencé par la protestation contre la hausse de la taxe sur le gazole, le mouvement s’est rapidement transformé en protestation collective contre le recul du pouvoir d’achat. Mais le constat de l’insuffisance du pouvoir d’achat conduisait vers des exigences différentes pour un patron routier ou un artisan ambulancier et pour leurs salariés respectifs.
Des deux seuls objectifs unifiants qui surnagent, la démission de Macron et le « référendum d’initiative citoyenne », le premier unifie surtout la faune des politiciens de la bourgeoisie, de Marine Le Pen à Mélenchon en passant par tous les autres, ex et futurs ministres, qui guignent la porte qu’ouvre l’affaiblissement de Macron devant leurs ambitions respectives. Quant au second objectif, il ne signifie rien sinon une nouvelle forme de faux espoir pour cette majorité qui n’a pas droit à la parole et qui ne l’aura pas plus avec le référendum d’initiative citoyenne et surtout pas le moyen de décider. Le vrai pouvoir ne réside pas dans le nombre de votes obtenus à un référendum, mais dans la force matérielle de l’appareil d’État et derrière, dans le pouvoir de l’argent, c’est-à-dire dans l’immense pouvoir sur la société que le monopole du grand capital confère à la grande bourgeoisie. Ce n’est pas pour rien que tous les partis de la bourgeoisie, macronistes compris, sont enclins à accepter le principe de ce type de référendum. Après tout, les banquiers et les milliardaires de la bourgeoisie suisse, une des plus vieilles et des plus voraces d’Europe, ne se sont jamais sentis menacés dans le moindre de leurs privilèges par les « votations ».
Raison de plus pour les communistes révolutionnaires de défendre un programme qui corresponde aux intérêts matériels mais aussi politiques du prolétariat. Pas seulement pour que les salariés ne se retrouvent pas oubliés dans l’affaire, même si le gouvernement lâche quelques bricoles. Il ne s’agit pas d’un intérêt catégoriel de plus à différencier et, encore moins, à opposer à la multitude des intérêts catégoriels de couches populaires victimes du grand capital. Il s’agit de ce fait fondamental que le prolétariat, la classe sociale qui n’a que sa force de travail pour vivre et que la propriété privée ne relie pas au capitalisme, est la seule classe qui a la force et les moyens de combattre le grand capital jusqu’au bout, jusqu’à la destruction du capitalisme. C’est en fonction de cette perspective que la classe ouvrière doit prendre conscience de ses intérêts politiques et les l’affirmer.
Signe d’un début de renouveau de la combativité, 2018 a été marquée par deux luttes impliquant des secteurs, en apparence fort différents, de la classe ouvrière. Au printemps, un de ses secteurs réputés les plus combatifs, et aussi des plus influencés par les syndicats traditionnels, les cheminots. Quelques mois après, le mouvement des gilets jaunes, bien plus composite socialement, a entraîné des travailleurs de petites entreprises, des chômeurs, des retraités, des isolés. Ni l’un ni l’autre de ces mouvements n’ont entraîné le gros de la classe ouvrière, celle des grandes entreprises. Mais les deux ont en commun d’avoir bénéficié, chacun à sa façon, d’une large sympathie parmi les travailleurs, et bien au-delà. Et par ailleurs, un certain nombre de travailleurs, y compris ceux de grandes entreprises, ont participé à titre individuel aux blocages et aux manifestations. Par endroit, ils en constituaient une part majeure ; y compris des militants syndicaux, surtout de la CGT, en opposition de fait avec les bureaucrates des directions syndicales par facilité, sans doute, pour beaucoup d’entre eux.
Internet, relayé au début par les chaînes de télévision, a semblé offrir un moyen de mobilisation miraculeux. Pour les plus isolés, c’est un moyen de rompre l’isolement ; pour ceux des entreprises, cela permet de ne pas s’affronter directement au patron et à son encadrement. Mais c’est une facilité qui est en même temps une faiblesse. Comme c’est une facilité de bloquer une route, un carrefour, et non les entreprises où se produisent les profits. C’était la principale limite du mouvement des gilets jaunes.
L’attitude choisie par les directions syndicales, celle de la CGT en particulier, invoquant la présence dans le mouvement de militants d’extrême droite, ne pouvait surgir que de l’esprit obtus de bureaucrates qui confondent les luttes de classe avec des calculs de boutiquier. La présence de militants d’extrême droite, cherchant à capitaliser la situation au profit de Marine Le Pen, de Dupont-Aignan ou de groupuscules plus réactionnaires encore, tous ennemis mortels de la classe ouvrière, cette présence donc n’aurait pas dû être un prétexte de se détourner d’un mouvement dans lequel se retrouvait toute une partie du monde du travail. Elle aurait dû, au contraire, les inciter à engager le combat contre les tentatives de l’extrême droite. Mais autant demander du lait à un bouc. Les bureaucraties syndicales sont tellement habituées à leur fonction de roue de secours de l’ordre bourgeois qu’elles sont envahies d’une sainte terreur dès que cet ordre est ébranlé un tant soit peu par en bas. Les crises sociales, même limitées comme celle en cours, qui perturbent le paisible ronron des institutions du parlementarisme bourgeois, se traduisent par des poussées vers les « extrêmes ». Pas seulement vers diverses forces de contestation ; mais aussi vers des forces politiques qui n’épousent la contestation que pour mieux offrir à la grande bourgeoisie une solution politique qui rompt avec le jeu ordinaire des partis déconsidérés. L’issue de l’affrontement se décide par la lutte entre ceux qui se soulèvent contre l’ordre capitaliste et ceux qui ont pour objectif de le préserver, fût-ce par la violence d’un régime autoritaire. Il y a des candidats à ce rôle. Faire croire, comme le font les réformistes de la gauche politique et des directions syndicales, que l’on peut rester neutres dans cette lutte, refuser de prendre parti en évoquant le bon vieux temps où la contestation se limitait aux débats parlementaires et aux cortèges syndicaux périodiques, c’est désarmer les masses populaires qui s’éveillent à la contestation.

C’est précisément cette incapacité des organisations réformistes à reprendre à leur compte la colère des couches les plus écrasées de la société, et à leur donner des objectifs, qui favorise les forces politiques les plus hostiles aux intérêts politiques des travailleurs, et elles surfent sur cette colère pour la retourner contre eux.
S’il se poursuit, le recul de la participation aux manifestations et aux blocages, laissera de plus en plus la place aux manœuvres entre forces politiques d’autant plus dangereuses pour l’avenir qu’elles diffusent les idées les plus réactionnaires, les plus abjectes, sous le couvert de l’apolitisme. Quelle que soit son évolution cependant, le mouvement des gilets jaunes n’aura pas été un épiphénomène, une saute d’humeur face à un gouvernement méprisant, mais une expression supplémentaire d’une profonde crise sociale.
La crise sociale qui l’a engendré n’est pas surmontée et ne peut pas l’être. Le gouvernement ne peut pas répondre aux inquiétudes des classes populaires devant la montée de la pauvreté car la grande bourgeoisie, le grand capital, ne lui en laissent pas les moyens. Tout dépend de la capacité de ce qui est le plus fort dans la classe ouvrière, les travailleurs des grandes entreprises de production, la distribution et les banques, à prendre la relève des premiers combattants de la classe exploitée, en s’attaquant aux intérêts matériels de la classe dirigeante, et pas seulement à son personnel politique. C’est l’entrée en lutte des gros contingents du prolétariat qui donnera un sens, et surtout, une perspective de lutte, à ceux qui ont eu le courage de se lancer les premiers dans la contestation.
Il faudrait aussi une véritable organisation qui permette aux masses exploitées d’aller plus loin. Les hommes politiques de la bourgeoisie et les commentateurs ont déploré l’absence d’une organisation et de leaders capables de représenter les gilets jaunes, mais en réalité susceptibles de trahir leurs intérêts, étouffer leur colère en la ramenant vers les institutions officielles de la démocratie bourgeoise : partis, syndicats, consultations électorales, défilés syndicaux bien encadrés, prévisibles et programmés. La question de l’organisation se pose cependant infiniment plus dans la perspective opposée : celle d’incarner la volonté des masses à imposer leur droit à une vie digne. La mobilisation des travailleurs de grandes entreprises en grève offrirait des possibilités d’organisation aussi fraternelles que celles que se sont données spontanément les participants à nombre de points de blocage, mais autrement plus efficaces et, surtout, plus ouvertes sur l’avenir. Les assemblées générales d’une entreprise en lutte, accueillant tout travailleur, chômeur ou retraité des alentours, serait un cadre naturel pour discuter collectivement des problèmes, pour forger l’unité du monde du travail par-delà toutes les divisions, pour dégager des objectifs. Et les comités de grève élus par ces assemblées pourraient et devraient devenir les embryons d’une direction de classe…


                                                                    (La suite et fin demain)

Haute administration : salaires qui n’ont rien à voir avec ceux des travailleurs de la fonction publique


Ça aussi, la population devrait pouvoir le contrôler

 
Et eux, c'est combien ?

Après la révélation des 14 000 euros mensuels que touche Chantal Jouanno pour présider une obscure commission du débat public, les politiciens au pouvoir ou d'opposition crient au scandale. Mais après coup.
Car, avant qu'éclate ce scandale, les gouvernements ont tous toléré et même multiplié ces niches dorées où le personnel politique de la bourgeoisie s'engraisse. Cela avant de passer à des postes encore mieux payés à la tête de grandes entreprises.
L'affaire Jouanno lève un coin du voile sur les revenus de la haute administration et rappelle que les hommes et femmes de cet appareil d'État de la bourgeoisie ne sont ni élus ni contrôlés par la population.